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26/09/2016

L’Italie milite en faveur d’un « Frontex Plus » pour gérer l’immigration

Justice & Affaires intérieures

L’Italie milite en faveur d’un « Frontex Plus » pour gérer l’immigration

Demandeurs d'asile africains. Turin, octobre 2011. [Joel Schalit]

Aux manettes de l’Union européenne pour les six mois à venir, la présidence italienne a placé la politique migratoire en haut de son calendrier politique. Un chantier sur lequel l’Italie a déjà obtenu le soutien de Paris.

« Nous ne pouvons pas laisser couler un bateau rempli de personnes, car nous ne savons pas qui a les compétences de les sauver », a déclaré Matteo Renzi, le premier ministre italien lors de cérémonie d’inauguration de la présidence italienne du Conseil de l’UE.

L’Italie a lancé l’opération Mare Nostrum pour gérer les situations de crise à la suite du drame de Lampedusa. Depuis lors, l’afflux de migrants n’a fait que croître : plus de 73 000 migrants ont franchi la frontière italienne depuis le début de l’opération en octobre 2013. La Grèce a également vu son nombre de réfugiés augmenter de 142 % au cours des quatre premiers mois de 2014 alors que les combats en Syrie s’intensifiaient.

Répartir les charges

La sécurité aux frontières relève de la compétence des États membres. Mais, quand ces derniers sont débordés, ils cherchent du soutien auprès de Frontex, l’agence européenne chargée du contrôle des frontières et non de la politique migratoire.

L’année dernière, l’institution située à Varsovie a dû se serrer la ceinture. Son budget est en effet passé de 93 à 89 millions d’euros.

Les opérations menées par l’Italie coûtent actuellement entre 6 et 9 milliards d’euros par mois. Elles ne peuvent pas être financées exclusivement par Rome, a indiqué le vice-amiral Filippo Maria Foffi, le commandant en chef de la marine italienne.

« Nous sommes l’aspirine, mais pas le médicament. La résolution de l’ONU visant à aider la Lybie est le remède », a-t-il ajouté.

Les problèmes d’immigration viennent de Lybie, a expliqué Matteo Renzi. Il a d’ailleurs expliqué que 96 % des personnes qui traversent la Méditerranée viennent de la Corne de l’Afrique et de la Syrie en transitant par la Lybie.

L’Italie s’est engagée à renforcer les pouvoirs de l’agence de contrôle des frontières en mettant en place « Frontex Plus ». Le premier ministre italien a maintenant obtenu le soutien du gouvernement français. Paris a plaidé en faveur d’une sécurité renforcée aux frontières lors des élections européennes en mai. Cette décision s’inscrit d’ailleurs dans le cadre d’un projet du gouvernement français pour les objectifs de la prochaine Commission.

>> Lire : Paris milite pour un corps européen de gardes-frontières

Le problème de l’immigration en Méditerranée ne concerne pas seulement un pays, mais l’UE dans son ensemble, a déclaré pour sa part José Manuel Barroso, le président de la Commission. « Il faut mettre plus de moyens à disposition de Frontex. Il s’agit d’une responsabilité partagée qui nécessite les efforts de tous les États membres de l’UE », a-t-il assuré.

La réticence envers une action concertée et le partage des charges ne vient pas de Bruxelles, mais plutôt des gouvernements nationaux. Les partenaires de l’Italie affirment que, proportionnellement, ils traitent beaucoup plus de demandeurs d’asile qu’en Italie. Lors du dernier trimestre de 2013, l’Allemagne a par exemple reçu trois fois plus de demandes que l’Italie, toutes proportions gardées. Cependant, personne ne s’occupe de la crise humanitaire qui a déclenché le début d’une opération maritime comparable à Mare Nostrum.

Même si Frontex Plus pourrait améliorer la situation et renforcer la sécurité aux frontières européennes, le problème de l’immigration ne peut être géré qu’en collaboration avec des pays tiers. « Nous devons trouver une manière d’aider les autorités libyennes », a insisté Matteo Renzi.

Selon les autorités libyennes, parmi les trois millions d’ « immigrants illégaux » présents sur le territoire national, bon nombre d’entre eux viennent d’autres régions en Afrique. Tripoli a toutefois souligné qu’il ne s’agissait aucunement de réfugiés.

Les réfugiés et les demandeurs d’asile vivent dans les limbes juridiques, peu importe leur besoin de protection. La Libye n’a pas signé la Convention de l’ONU relative au statut des réfugiés et n’a mis en place aucun système d’asile.

« Si vous analysez la situation en Libye, ce n’est pas aisé de savoir à qui parler afin d’augmenter le contrôle sur la situation. C’est la raison pour laquelle nous devons collaborer avec l’Union africaine, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Nous devons faire en sorte que les personnes ne vivent pas de voyages difficiles et dangereux » a indiqué à EurActiv, le représentant permanent de l’Italie auprès de l’UE, Stefano Sannino.

Les Italiens veulent également plaider en faveur de l’introduction d’une politique migratoire européenne qui serait capable de contribuer au programme de croissance européenne et qui corresponde à une stratégie visant à augmenter la croissance économique dans les pays d’origine des immigrants.

>> Lire : L’ambassadeur italien auprès de l’UE : « la croissance est indissociable de la création d’emploi »

Contexte

La Grèce a déjà déclaré qu'elle insisterait pour obtenir un système unique d'asile et une gestion plus coordonnée entre les États membres de l'immigration illégale pendant son mandat à la tête du Conseil de l'UE.

Ces derniers mois, des centaines de migrants ont péri en essayant d'atteindre les côtes européennes. En octobre 2013, 356 migrants africains sont morts noyés après que leur embarcation a chaviré au large de la petite île italienne de Lampedusa.

>> Lire : Le drame de Lampedusa décrédibilise Frontex et Eurosur

Selon les experts, ce problème ne relève pas que de la question humanitaire. Il a également trait aux questions économique et politique.