L’UE démarre une opération militaire contre la « mafia de la mer »

L'opération EUNAVFOR MED est entrée dans sa phase 2

Les forces navales européennes vont patrouiller dans les eaux internationales de la Méditerranée afin d’arrêter les passeurs de migrants, après une phase d’observation entamée en juin.

L’opération navale de l’UE contre les passeurs de migrants en Méditerranée s’accélère. Après une première phase visant à compiler et analyser des informations sur les réseaux de trafiquants, EUNAVFOR MED est passée à l’offensive depuis le 7 octobre contre les trafiquants, que les forces européennes peuvent interpeler. 

Six navires se trouvent déjà dans les eaux internationales au large de la côte libyenne – le point de départ de nombreux bateaux de migrants. Parmi eux se trouvent un porte-avion italien, une frégate française et un navire britannique, un espagnol et deux allemands.

1318 militaires

Au moins trois autres bateaux, mis à disposition par les marines belge, britannique et slovène sont attendus avant fin octobre pour compléter ce dispositif, qui comprend également quatre avions et un total de 1 318 militaires.

À bord du Werra, l’un des deux navires allemands participant à l’opération, l’équipage de 100 personnes a déjà réalisé plusieurs exercices, dont une simulation d’attaque par des trafiquants, à laquelle ils ont répondu en ouvrant le feu.

>>Lire : L’UE prête pour une opération navale contre le trafic de migrants en Méditerranée

Pour cette mission, l’équipe comprend des marins entrainés à aborder des bateaux en hautes mers, a précisé Stefan Klatt, le capitaine du Werra, à l’AFP.

L’UE a donné son feu vert à cette opération en eaux internationales en septembre, mais les navires ne sont, pour l’instant, pas autorisés à poursuivre les passeurs dans les eaux libyennes.

« Nous allons suivre les trafiquants, les arrêter et saisir leurs bateaux », a expliqué le capitaine, ajoutant qu’il s’approcherait des eaux libyennes autant que possible.

Bateaux d’escorte

Ces dernières semaines, EUNAVFOR MED a identifié vingt bateaux « d’escorte ». C’est à bord de ces bateaux que les trafiquants entrainent les migrants en mer sur des bateaux de pêche ou des canots pneumatiques avant de les abandonner et de rentrer en Libye.

Les militaires auraient pu intervenir contre les 17 bateaux libyens et 3 bateaux égyptiens identifiés si la phase 2 avait déjà été lancée, a signalé Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne.

L’opération couvre dix zones de patrouille au large de la Libye : quatre le long des 12 milles délimitant la fin des eaux libyennes et le début des eaux internationales, les autres sont plus au large.

Toute la côte nord-ouest de la Libye, de la frontière tunisienne jusqu’à Syrte sera bloquée, sauf un couloir menant à Tripoli, laissé ouvert pour éviter un blocage maritime total.

Les passeurs qui espèrent contourner cette zone tomberont quand même sur EUNAVFOR MED lorsqu’ils entreront dans les eaux internationales.

Feu vert de l’ONU et de la Libye

Pour avancer vers les eaux libyennes, l’opération doit attendre le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU et des autorités libyennes – ce qui pourrait prendre un certain temps.

Cela n’empêchera pas le Werra et les autres navires de s’approcher le plus possible de la limite, surtout de nuit, pour recueillir des informations, surveiller la zone et écouter le trafic maritime et les fréquences radio utilisées par les passeurs.

>>Lire : L’UE tâtonne dans la lutte contre le drame des migrants en Méditerrané

Malgré tous les préparatifs minutieux précédant le lancement, « nous manquons clairement d’hommes proches du réseau » de trafiquants pour le briser, a estimé un responsable, sous couvert d’anonymat.