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30/09/2016

L’UE et la Turquie trouvent un accord sur la crise des réfugiés

Justice & Affaires intérieures

L’UE et la Turquie trouvent un accord sur la crise des réfugiés

Ahmet Davuto?lu, Donald Tusk and Jean-Claude Juncker lors de la conférence de presse. [Conseil européen]

L’UE et la Turquie sont parvenues à un accord le 29 novembre pour juguler l’afflux de réfugiés en Europe assorti d’un  programme d’aide initial de 3 milliards d’euros. Mais l’origine des fonds n’est pas arrêtée.

Confrontés à un afflux de demandeurs d’asile sans précédent, les dirigeants de l’UE se sont rencontrés à Bruxelles pour une sixième réunion sur l’immigration, cette fois-ci sous la forme d’un sommet UE-Turquie.

Contrairement aux sommets précédents, qui se sont terminés après minuit, cette rencontre s’est achevée à 20h, pour que les chefs d’État aient le temps de quitter la capitale belge. Le niveau de menace terroriste a été abaissé à 3, le jeudi 26 novembre, mais les services de sécurité belges ont conseillé aux dirigeants européens de ne pas passer la nuit à Bruxelles.

Le président du Conseil, Donald Tusk, hôte de la réunion, a déclaré qu’environ 1,5 million de personnes étaient entrées de manière illégale dans l’UE en 2015, via la Turquie pour la plupart.

>> Lire : Erdo?an mène la danse au Conseil européen

La Turquie était représentée par Ahmet Davuto?lu, récemment nommé Premier ministre. Il prononcera un discours au parlement turc le 1er décembre pour obtenir un vote de confiance de son nouveau gouvernement.

Entre le président Recep Tayyip Erdo?an et le Premier ministre Ahmet Davuto?lu, les diplomates européens préfèrent ce dernier, qui serait plus prévisible et chercherait moins la confrontation.

Une des questions qui se posaient avant le sommet était de savoir si la Turquie accepterait l’offre de 3 milliards d’euros ou demanderait plus. La proposition initiale de l’UE était de débloquer 3 milliards d’euros sur deux ans, alors qu’Ankara aurait apparemment demandé 3,5 milliards d’euros par an.

Le communiqué qui entérine l’accord indique : « L’UE est résolue à fournir une première enveloppe de ressources supplémentaires de 3 milliards d’euros. La nécessité et la nature de ce financement seront réexaminées en fonction de l’évolution de la situation. »

Provenance des 3 milliards

Reste à savoir d’où proviendra cet argent. D’après la proposition initiale, la Commission devrait fournir 0,5 milliard d’euros et les États membres les 2,5 milliards restants, selon les critères de répartition habituels, basés sur le RNB national.

Des sources proches du dossier ont néanmoins affirmé à EurActiv que de nombreux États membres avaient demandé à la Commission de fournir la plus grande partie de l’aide. D’autres, en revanche, craignent que cet argent soit tiré du fonds de cohésion ou d’autres programmes dont ils sont bénéficiaires.

Des diplomates ont déclaré que la Commission règlerait cette question plus tard et qu’il était inapproprié de discuter de tels détails en présence du Premier ministre turc.

>> Lire : L’UE déroule le tapis rouge pour Erdo?an à La Valette

Par ailleurs, l’UE a accepté de mettre en place un dialogue de haut niveau avec la Turquie, avec deux sommets annuels et des réunions régulières sur la politique étrangère et de sécurité et sur des questions thématiques telles que l’énergie.

L’UE a annoncé la possibilité pour les Turcs de voyager dans l’espace Schengen sans visa à partir d’octobre 2016, à condition qu’entre temps Ankara remplisse les conditions nécessaires et commence à mettre pleinement en œuvre l’accord de réadmission UE-Turquie, à compter de juin l’année prochaine.

Le 14 décembre, l’UE et la Turquie ouvriront le chapitre 17 des négociations d’adhésion du pays (économie & politique monétaire). La Commission est également chargée de préparer des propositions pour l’ouverture de nouveaux chapitres.

Des sources européennes ont expliqué à EurActiv qu’il s’agissait des chapitres 23 (Justice & Droits fondamentaux), 24 (Justice, Liberté & Sécurité), 30 (Relations extérieures), 15 (Énergie), et 26 (Éducation et Culture).

Bonnes perspectives pour la réunification de Chypre

Chypre a bloqué plusieurs chapitres de négociations à cause de l’occupation par la Turquie de la partie nord de son île. Toutefois, il semblerait que le président Nikos Anastasias n’ait pas exercé son veto. Lorsqu’il s’est adressé à la presse, Ahmet Davuto?lu a déclaré qu’il espérait trouver une solution au problème chypriote dans les mois à venir.

Comme l’a rappelé Donald Tusk, la première raison pour laquelle se sont réunis les dirigeants européens était toutefois la migration.

« Nous n’attendons de personne de garder nos frontières à notre place. Cela peut et doit être fait pas les Européens », a affirmé Donald Tusk, tout en ajoutant que d’un autre côté, l’UE voulait « changer les règles du jeu pour endiguer le flux migratoire qui arrive dans l’UE via la Turquie ».

Personne ne sait toutefois comment la Turquie compte décourager les réfugiés de venir en Europe. Il semblerait qu’une partie des fonds européens seraient destinés à créer des emplois pour les Syriens déplacés vivant en Turquie. Néanmoins, comme l’expérience l’a montré, les réfugiés disent vouloir se rendre en Allemagne et sont plus tentés par des pays européens ayant un PIB beaucoup plus élevé que la Turquie.

Quand quelqu’un lui a demandé comment il pouvait s’assurer que le flux de réfugiés arrivant en Europe depuis la Turquie diminuerait, Ahmet Davuto?lu a affirmé que quand le plan d’action commun serait mis en place, il y aurait beaucoup plus d’immigration régulière qu’irrégulière.

Donald Tusk a quant à lui assuré qu’un groupe de travail surveillerait l’évolution, mais a ajouté qu’il ne s’agissait pas d’un simple échange d’argent contre réfugiés.

« Ce qui serait impossible et immoral. J’espère que vous voyez ce que je veux dire », a-t-il déclaré.

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