L’UE lance une opération navale en Méditerranée

Les services de Federica Mogherini accueilleront le groupe de travail. [Reuters]

L’UE a lancé une opération navale contre les passeurs de la Méditerranée. Surnommé « EUNAVFOR Med », cette opération devra identifier, capturer et éliminer les bateaux utilisés pour transporter illégalement les réfugiés vers l’Europe.

Selon le communiqué officiel, l’opération EUNAVFOR Med sera menée en trois phases, conformément au droit international, et notamment aux droits de l’Homme et au droit humanitaire et des réfugiés. La première phase est axée sur la surveillance et l’évaluation des réseaux de trafiquants d’êtres humains dans le sud de la Méditerranée centrale, soit principalement au large de la Libye.

La deuxième phase de l’opération comprendra la recherche et, si nécessaire, la capture des embarcations suspectes. Enfin, l’élimination des bateaux et des actifs des trafiquants, ainsi que l’arrestation de ces derniers constitueront la troisième phase.

Le Conseil décidera de clôturer la première phase conformément à un mandat de l’ONU, qui doit encore être adopté, et avec l’accord des États concernés. Idem pour les phases suivantes.

La Haute Représentant de l’UE, Federica Mogherini, a expliqué que les moyens militaires de l’opération seront fournis par les pays de l’UE.

« C’est probablement la première fois que l’UE envisage la question de l’immigration aussi sérieusement, aussi rapidement et avec autant d’unanimité et d’unité », a-t-elle déclaré.

Il y a moins de deux mois, a rappelé Federica Mogherini, les dirigeants de l’UE ont demandé à la Commission de préparer une opération en Méditerranée afin de sauver des vies et de contrer les trafiquants (voir Contexte ci-dessous). L’opération est lancée aujourd’hui (le 22 juin), a-t-elle déclaré, insistant sur le fait que ces mesures ne visent pas les migrants mais les passeurs, qui s’enrichissent sur le dos de personnes désespérées, qui le payent « trop souvent de leur vie ».

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« Grâce à cette opération, nous prenons pour cible le modèle d’entreprise de ceux qui profite de la misère des migrants. L’opération fait aussi partie d’une stratégie plus large comprenant notre coopération avec nos partenaires en Afrique, en particulier dans la région du Sahel, et notre travail avec l’Organisation internationale pour les migrations et le HCR [Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés]. L’UE est déterminée à contribuer à sauver des vies, à démanteler les réseaux des passeurs et à s’attaquer aux causes du problème de l’immigration », a assuré Federica Mogherini.

La Haute Représentante a expliqué que la première phase d’EUNAVFOR Med couvrait la collecte d’informations et la surveillance en haute mer, afin de détecter et de surveiller les réseaux des trafiquants.

Le quartier général des opérations d’EUNAVFOR Med se trouve à Rome. Le contre-amiral Enrico Credendino a été nommé commandant des opérations et sera assisté en mer par le commandant de la force de l’UE pour EUNAVFOR Med, le contre-amiral Andrea Gueglio. La phase de lancement de deux mois et les 12 mois du mandat initial devraient coûter 11,82 millions d’euros.

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Federica Mogherini a toutefois assuré que cette initiative s’inscrivait dans un effort plus global de s’attaquer aux raisons qui poussent les migrants à entreprendre un si périlleux voyage. C’est pourquoi, a-t-elle continué, elle a rencontré les ministres des Affaires étrangères des pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) la semaine passée. Cette collaboration devrait se poursuivre plus tard dans l’année avec un sommet spécial sur l’immigration à Malte, qui réunira l’UE et les pays de l’Union africaine, entre autres. Elle assure en outre que la coopération de l’UE avec ces pays africains concerne le développement économique, les opportunités d’emploi pour les jeunes et le contrôle des frontières.

« Cette opération navale fait partie d’une stratégie plus large sur l’immigration. La partie externe de notre travail ne sera efficace que si elle est accompagnée d’une stratégie interne efficace, parce que quand ces personnes désespérées frappent à notre porte, nous ne pourrons pas éviter la question de leur accueil ici en Europe », a rappelé la Haute Représentante.

Elle a ajouté que la question ne devrait pas être seulement abordée par les ministres des Affaires étrangères, mais aussi lors du sommet européen de cette semaine.

>> Lire : Les États membres rejettent les quotas de migrants

Contexte

Lors d'une réunion extraordinaire du Conseil sur l'immigration le 23 avril 2015, les dirigeants de l'UE avait porté un coup dur à Jean-Claude Juncker. Premièrement, les chefs d'État et de gouvernement n'avaient pas soutenu sa proposition visant à favoriser l'immigration légale. Jean-Claude Juncker avait ensuite essayé de convaincre les dirigeants européens que l'UE devrait réinstaller 10 000 réfugiés. Suite à leur refus, ile président de la Commission a dû se rabattre sur un premier projet pilote de réinstallation d'immigrants qui doivent être protégés.

>> Lire : Le Conseil européen rejette les conseils de Juncker sur l'immigration

Les dirigeants européens s'étaient contentés de tripler le budget annuel de Triton, une opération de contrôle des frontières au large de l'Italie, qui atteint donc 120 millions d'euros par an, soit le même financement que sa prédécesseuse, Marie Nostrum.

Dans un communiqué listant 17 propositions, les chefs d'État et de gouvernement ont notamment expliqué vouloir « entreprendre des efforts systématiques en vue d'identifier, de capturer et de détruire les embarcations avant qu'elles ne soient utilisées par les trafiquants ». La manière dont cet objectif serait atteint n'est pas précisée, et plusieurs États estiment qu'en l'absence d'un gouvernement Libyen effectif, un mandat de l'ONU serait nécessaire à toute action en ce sens.

La chancelière allemande, Angela Merkel, est en faveur d'un nouveau système de gestion des demandes d'asile au niveau européen, afin que les demandeurs soient répartis plus équitablement dans l'UE. L'Allemagne et la Suède font partie des pays accueillant le plus de migrants.

L'UE a déjà demandé l'approbation du Conseil de sécurité des Nations unies afin de capturer des bateaux utilisé par les passeurs. La Russie a cependant fait savoir qu'elle n'autoriserait pas la destruction de ces embarcations.

>> Lire : Les pays en développement opposés à la destruction de bateaux de passeurs en Méditerranée

Prochaines étapes

  • 22 juin, à partir de 19h : sommet extraordinaire de la zone euro à Bruxelles.
  • 25-26 juin : sommet de l'UE à Bruxelles.
  • 30 juin : expiration du programme de renflouement actuel et échéance de remboursement de dette pour la Grèce.

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