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29/07/2016

L’UE veut lutter contre la propagande djihadiste sur le Net

Justice & Affaires intérieures

L’UE veut lutter contre la propagande djihadiste sur le Net

Djihadistes venus du monde entier, Mali, 2012.

[Magharebia/Flickr]

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissent à Bruxelles le 19 janvier. Les mesures qui pourraient être prises contre la rhétorique djihadiste inquiètent les défenseurs du droit à la vie privée.

Les ministres des Affaires étrangères discuteront d’une série de propositions anti-terroristes suite à l’attentat contre Charlie Hebdo. Le rôle d’Internet dans le mode de fonctionnement des cellules djihadistes devrait être un sujet clé de leur réunion.

« On sait bien que les assassins de Charlie Hebdo se sont radicalisés sur Internet », explique un fonctionnaire européen, qui ajoute qu’il existe des « inquiétudes croissantes quant à l’utilisation d’Internet, et spécialement des plateformes des médias sociaux qui sont utilisées par de jeunes Musulmans pour se radicaliser, faire de la propagande, récolter des financements et séduire de jeunes Musulmans influençables grâce à une rhétorique attrayante, bien qu’elle soit fausse ».

>> Lire : Réunion d’urgence des ministres européens contre le terrorisme à Paris

« Il y a des progrès à faire en matière de coopération dans l’application des lois et entre les services de renseignements, malgré le fait que ceux-ci relèvent des compétences des États membres », estime-t-il.

Les ministres des Affaires étrangères auront une « discussion franche et complète dans le contexte des récentes atrocités commises en France », confirme un diplomate de l’UE. Un de ses collègues assure qu’« un engagement [des États membres] à coopérer pour la gestion d’Internet devrait voir le jour à l’issue de la rencontre de lundi ». La discussion de mesures concrètes devrait suivre les 29 et 30 janvier, lors d’une réunion informelle des ministres de l’Intérieur et de la Justice dans la capitale lettone.

>> Lire : Le début de la présidence lettone marqué par l’attentat contre Charlie Hebdo

La surveillance des médias sociaux pose des problèmes liés au respect de la vie privée

Des propositions concrètes devraient être débattues par les chefs d’État et de gouvernement, qui se réunissent lors du sommet de printemps à Bruxelles le mois prochain (les 11 et 12 février).

« Nous devons contre- balancer la rhétorique des djihadistes. Nous avons besoin du discernement de la communauté musulmane, de ses arguments et de sa théologie, afin de déconstruire le mythe offert par les djihadistes, nous devons les priver de leur glamour illusoire », estime un fonctionnaire de l’UE.

>> Lire : Les jeunes djihadistes européens préoccupent Bruxelles

Les représentants de l’UE admettent que le débat sur les réseaux sociaux était difficile, parce qu’il soulève des questions sensibles en matière de vie privée. « Nous savons que certains contenus de sites de médias sociaux sont illégaux, mais jusqu’où pouvons-nous légiférer ? Nous devons en décider, et des discussions constructives sont déjà en cours avec les fournisseurs de services Internet et les plateformes de médias sociaux », assure un autre fonctionnaire.

La cybersécurité sera sans doute également abordée de façon prioritaire, alors que l’actualité tourne autour des attaques de Paris et du piratage des réseaux sociaux par des sympathisants au djihad aux États-Unis.

La nécessité de finaliser la proposition de directive sur la cybersécurité, en cours de négociations au Conseil des ministres, sera soulignée par les ministres des Affaires étrangères. La présidence italienne du Conseil souhaitait compléter cette directive, mais le processus avait été retardé par l’obligation de présenter un rapport pour toute directive européenne.

>> Lire : La lutte contre le terrorisme devient un volet de l’année européenne du développement

Obama aborde la cybersécurité lors du discours de l’état de l’Union

La directive proposée obligerait certaines entreprises, dont l’importance en terme d’infrastructure est cruciale, à déclarer les cyberattaques dont elles sont l’objet. À l’heure actuelle, c’est la définition des entreprises qui seraient sous le coup de cette mesure qui fait débat.

La semaine dernière, Barack Obama a présenté de nouvelles mesures relatives à la cybersécurité. « L’attaque de Sony et le piratage du compte twitter par des sympathisants au djihad hier montrent bien que nous devons fournir davantage d’efforts pour renforcer notre cybersécurité, tant au niveau public que privé », a déclaré le président américain lors d’un discours dans l’État de Virginie. La cybersécurité sera l’un des sujets principaux abordés par Barack Obama lors de son discours sur l’état de l’Union à Washington le 20 janvier.

Le premier ministre britannique, David Cameron, qui a rencontré Barack Obama le 17 janvier à Washington, lui a demandé de faire davantage pression sur les plateformes sociales, comme Facebook et Twitter, pour qu’elles coopèrent plus avec les services de renseignement.

Réactions

Michael Beckerman, président et PDG d'Internet Association, un groupe d'intérêt pour les réseaux sociaux, a déclaré que : « Tout comme les gouvernements ont le devoir de protéger le public des menaces, les services Internet ont le devoir de garantir la sécurité et la protection des données de leurs utilisateurs. C'est pour cette raison que les services Internet améliorent le cryptage de leurs données. »

Prochaines étapes

  • 19 janvier 2015 : Réunion des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles.
  • 29-30 janvier 2015 : Réunion informelle des ministres de l'Intérieur et de la Justice à Riga, en Lettonie.
  • 12-13 février 2015 : Réunion des chefs d'État et de gouvernement à Bruxelles.

Plus d'information

Commission européenne

Agence de l’Union européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information (ENISA)