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23/01/2017

La Bavière durcit sa politique d’accueil des demandeurs d’asile des Balkans

Justice & Affaires intérieures

La Bavière durcit sa politique d’accueil des demandeurs d’asile des Balkans

De plus en plus de municipalités et d'États allemands soutiennent la politique de Horst Seehofer en matière de migration.

[Campact/Flickr]

Les demandeurs d’asile originaires des Balkans, qui représentent 40% des demandes, sont presque systématiquement refusés. Une situation qui pousse les collectivités allemandes à vouloir durcir leur politique d’accueil. Un article d’EurActiv Allemagne

Le Premier ministre de Bavière, Horst Seehofer (CSU) a fait l’objet d’importantes critiques relatives à sa décision de placer les demandeurs d’asile originaires des Balkans dans des centres d’accueil séparés. Sa volonté de traiter leurs demandes grâce à une procédure accélérée s’est également heurtée à une opposition féroce.

« M. Seehofer devrait savoir que le harcèlement de réfugiés n’a pas lieu d’être dans un gouvernement du parti social-démocrate », a déclaré le président adjoint du SPD, Ralf Stegner. Ce dernier a accusé Horst Seehofer d’alimenter l’antipathie envers les migrants et d’être en partie responsable de la hausse considérable des attaques ciblant les centres de réfugiés.

« Les propos virulents comme ceux tenus par la Bavière pour accuser les réfugiés d’abus du droit d’asile font glisser le débat vers une voie irresponsable », a déclaré le ministre de la Justice, Heiko Maas, qui appartient aussi au SPD.

Katrin Göring-Eckardt, chef du groupe parlementaire des Verts, a accusé Horst Seehofer de « cynisme ». « Les demandeurs d’asile se font passer à tabac, leurs résidences sont brulées- en Bavière aussi. Deux jours plus tard, Horst Seehofer veut poursuivre une politique de dissuasion », a-t-elle déclaré au Stuttgarter Zeitung le 21 juillet.

Alléger le fardeau des municipalités

Les propositions de Horst Seehofer rallient de plus en plus le soutien des municipalités et des États allemands. « Cette démarche pourrait clairement alléger le fardeau que portent les municipalités », a déclaré le directeur de l’association allemande des villes et des municipalités, Gerd Landsberg.

Nous devons nous assurer que pour les demandeurs d’asile des Balkans, « l’attirance pour le système d’asile allemand soit aussi faible que possible », a estimé Gerd Landsberg.

Wolfgang Bosbach (CDU), président de la commission des affaires intérieures au Bundestag, a qualifié les propositions de la Bavière de « mesures nécessaires ».

Le gouvernement bavarois a décidé le 20 juillet de créer deux centres aussi près de la frontière que possible. Ils sont tous deux destinés à accueillir les demandeurs d’asile venant d’Albanie, du Kosovo, du Monténégro et de pays d’origine dits « sûrs », dont la Serbie, la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine.

>> Lire : Au Kosovo, la pauvreté entraîne un exode massif vers l’UE

« Les départs volontaires seront possibles et encouragés à tout moment », indique le rapport du gouvernement de Bavière. En règle générale, les demandeurs précédemment rejetés seront renvoyés après deux semaines.

Le plan vise à aider les demandeurs d’asile qui ont besoin de protection et à éviter les abus du droit d’asile, a déclaré Horst Seehofer le 20 juillet devant le parlement bavarois.

Soutien des dirigeants d’autres États allemands

Le Premier ministre de l’État de Bade-Wurtemberg, membre des Verts, s’est rangé du côté de la Bavière dans le débat sur le droit d’asile. Winfried Kretschmann s’est dit ouvert à l’idée de placer davantage de pays des Balkans dans la catégorie des « pays d’origine sûrs ».

« Si le gouvernement fédéral démontre que cela est utile et présente des avantages, je suis ouvert à cette idée », a-t-il assuré.

Le Premier ministre de Basse-Saxe, Stephan Weil (SPD), a quant à lui demandé que les demandes d’asile des réfugiés des Balkans soient traitées beaucoup plus rapidement.

>> Lire : L’Allemagne attend un nouveau système d’asile européen

« D’un côté nous avons un groupe dans lequel les demandes d’asile ont 99 % de chance d’être rejetées, et d’un autre, 99 % de chance d’être acceptées », a-t-il au Hannoversche Allgemeine Zeitung. « Pourtant, si les deux groupes attentent la décision pendant deux ans, c’est donc que le système est très mal fait », a-t-il affirmé.

Pas de chance de rester

Dans le même temps, le ministre des Affaires intérieures de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Ralf Jäger, espère « qu’il est clair [pour les demandeurs d’asile des Balkans] qu’ils n’ont aucune chance de rester ici ». On peut « adopter une position claire sans pour autant faire fuir les réfugiés », a indiqué un porte-parole à Düsseldorf.

>> Lire : L’Europe frappée par le nombre de demandeurs d’asile en provenance des pays des Balkans occidentaux

La Bavière essaye d’inclure l’Albanie, le Kosovo et le Monténégro dans cette catégorie depuis un certain temps déjà. Environ 40 % des demandeurs d’asile en Allemagne viennent des six États du sud de l’Europe qui n’appartiennent pas à l’UE.

Ces dernières années, leurs demandes ont presque toujours été rejetées par les autorités allemandes. Le processus prend presque neuf mois et les centres d’accueil et les autorités traitant les demandes sont submergés dans de nombreuses parties de l’Allemagne. Il faudra encore un an avant d’obtenir du répit, lorsque les autorités compétentes pourront employer plus de personnes et que le retard dans les demandes sera rattrapé.

Pro Asyl appelle à plus de droits pour les réfugiés des Balkans

D’un autre côté, Pro Asyl, l’organisation pour les droits des réfugiés, a déclaré que les propositions de la Bavière étaient inconstitutionnelles et incompatibles avec la loi européenne. Pour l’organisation, le taux élevé de rejet des demandes d’asile des réfugiés en provenance des Balkans occidentaux est injustifié.

« Ceux qui disent que ces gens viennent généralement de pays sûrs ont tort », a déclaré le directeur adjoint de Pro Asyl, Bernd Mesovic à l’AFP le 22 juillet.

« Même si des mauvaises conditions économiques ne sont pas un motif légal d’asile, une partie de la population de ces pays sont exposés à de graves injustices », a continué Bernd Mesovic.

Une part considérable des demandeurs d’asile originaires des Balkans sont des Roms. En mars dernier, sur les 690 personnes originaires de Bosnie Herzégovine qui ont demandé l’asile en Allemagne, 407 étaient roms. Sur les 2833 migrants en provenance de Serbie, 2525 étaient Roms. Quant aux 1186 Macédoniens demandeurs d’asile, 644 étaient Roms.

>> Lire : Infographie: les demandeurs d’asile en Europe, en chiffres

De nombreuses personnes des Balkans occidentaux ont de bonnes raisons de quitter leur pays d’origine, a souligné Bernd Mesovic. Dans d’autres pays européens, le taux d’acceptation des demandeurs d’asile du Kosovo, a-t-il expliqué, est d’environ 40 % (en Suisse et en Finlande) et 37 % des candidats serbes sont acceptés (en Suisse).

Sur les demandeurs d’asile bosniaques, 20 % sont acceptés en France et en Belgique et 18 % des Albanais reçoivent le droit d’asile au Royaume-Uni. 

Contexte

Selon l'agence Frontex, un nombre record de 12 000 tentatives d'immigration clandestine a été enregistré à la frontière entre la Serbie et la Hongrie en décembre 2014. 40 % des personnes impliquées étaient des Kosovars. Cette tendance pourrait être liée aux rumeurs selon lesquelles la France a rayé le Kosovo de la liste des pays d'origine sûrs, ce qui faciliterait l'obtention d'un permis de séjour.

L'indépendance du Kosovo a été déclarée en février 2008. À ce jour, 22 États membres de l'UE ont reconnu son indépendance. Le pays compte deux millions d'habitants, la plupart appartient à l'ethnie albanaise, mais il existe également une forte minorité serbe.

En octobre 2013, l'Union européenne a débuté la négociation d'un accord de stabilisation et d'association avec le Kosovo. Cet accord, signé en juillet 2014, doit encore être accepté par le Conseil européen.

En mai 2012, Bruxelles avait déjà entamé un dialogue structurel avec Priština sur l'État de droit, quelques mois après le dialogue sur la libéralisation des visas, débuté en janvier 2012.

L'Union européenne dispose toujours d'une mission policière et judiciaire au Kosovo, EULEX.