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30/09/2016

La Commission envisage un plan Juncker pour ses voisins méridionaux

Justice & Affaires intérieures

La Commission envisage un plan Juncker pour ses voisins méridionaux

Frans Timmermans [European Commission]

Exclusif. La Commission européenne envisage de mettre en place un plan Juncker pour aider les pays d’Afrique et du Moyen Orient, dans l’espoir de réduire le nombre de réfugiés arrivant en Europe, a expliqué Frans Timmermans à EurActiv.

Lors du Forum économique mondial de Davos, Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission européenne, a expliqué qu’il était « absolument clair que l’UE a[vait] une grande responsabilité en ce qui concerne la stabilisation de sa région ». Cela inclut non seulement la Syrie et l’Irak, mais aussi le Moyen Orient en général et l’Afrique. Et « cela a un prix », a-t-il ajouté.

Il a donc annoncé que le collège des commissaires discutait de la mise en place d’une structure « similaire au plan Juncker », qui se sert de garanties publiques pour attirer des investissements privés dans certains secteurs-clés.

« Je pense que cela serait une bonne idée », a assuré Frans Timmermans, étant donné que le concept a été une « réussite » en Europe, avec plus de 50 milliards mobilisés l’an dernier.

>> Lire : La France en tête dans la chasse aux financements du plan Juncker

Environ 1,5 million de personnes sont arrivées en Europe depuis le début de l’année 2015. Cet afflux de réfugiés a mis à mal l’espace Schengen et renforcé les positions des forces populistes qui luttent contre le multiculturalisme et l’immigration au sein de l’UE.

Créer un avenir économique

Le premier vice-président de la Commission estime cependant que 60 % des personnes qui entrent dans l’UE via la Turquie ne sont pas des réfugiés fuyant un conflit, mais des immigrants cherchant un meilleur avenir économique. L’idée de ce plan Juncker bis serait donc d’attirer l’investissement dans leurs pays d’origine, afin d’y créer de l’emploi et de meilleurs opportunités.

« Nous devons comprendre que c’est un investissement très important et très sage. La création d’un plan Juncker hors-UE, qui est notamment soutenue par la Commission européenne, est une approche intelligente », a-t-il plaidé.

Il n’a pas précisé quand la Commission comptait présenter sa proposition, mais a souligné qu’il ne serait pas responsable du projet, malgré sa position importante dans la gestion de la crise des migrants.

« Nous devons aider le Maghreb à se développer, nous devons aider l’Égypte à trouver un avenir stable, nous devons mettre un terme à la guerre en Syrie. Toutes ces choses doivent être faites, afin que les habitants de ces régions ne se sentent plus obligés de partir », assure-t-il.

>>Lire : L’UE et la Turquie trouvent un accord sur la crise des réfugiés

Ces derniers jours, la nécessité d’une réaction économique à la stratégie de gestion de la crise des réfugiés était sur toutes les lèvres. Le 21 janvier, toujours au forum de Davos, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a appelé à l’instauration d’un « plan Marshall » pour les régions au sud de l’UE.

Investissement de milliards d’euros

« Je ne veux pas utiliser ce terme, mais nous aurions besoin de quelque chose de similaire », a-t-il estimé, prévenant ses homologues européens qu’ils devront se préparer à mettre la main au portefeuille. « Nous devront investir des milliards dans les pays d’où viennent les réfugiés », a-t-il prédit.

Frans Timmermans a également appelé l’Europe a faire face à ses problèmes, tout comme le Premier ministre français, Manuel Valls, qui a averti qu’elle pourrait bientôt « se disloquer » si les États membres ne se montraient pas à la hauteur des défis qui les attendent, et particulièrement de la crise des réfugiés et de la menace sécuritaire.

« L’Europe peut sortir de l’histoire, peut se disloquer. Le projet européen peut mourir, et pas dans quelques décennies, très vite, si nous ne sommes pas capables de répondre aux défis de la sécurité, et des moyens que nous mettons en commun pour lutter contre le terrorisme », a mis en garde le Premier ministre français.

Pour Frans Timmermans, la crise des réfugiés constitue la priorité absolue. « Si nous pouvons montrer au public européen que nous pouvons faire face collectivement à cette crise, la confiance dans l’UE augmentera », assure-t-il. « Mais si nous n’en sommes pas capables, si l’aléa moral entre les États membre entraîne un manque de résultat sur la crise des réfugiés, alors évidemment l’UE sera de moins en moins soutenue par ses citoyens. »

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