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05/12/2016

La Commission tente d’apaiser les tensions Suède-Danemark

Justice & Affaires intérieures

La Commission tente d’apaiser les tensions Suède-Danemark

Morgan Johansson, ministre de l'Immigration suédois.

[Socialdemokraterna/Flickr]

Les ministres de l’Immigration danois et suédois se sont rencontrés à Bruxelles le 6 janvier pour tenter de calmer les tensions engendrées par les contrôles aux frontières introduits cette semaine par les deux pays face à la crise des réfugiés.

Le 4 janvier, la Suède a instauré des contrôles d’identité le long de sa frontière avec le Danemark, dans l’espoir de limiter le nombre de demandeurs d’asile arrivant dans le pays. Cette mesure a poussé Copenhague à prendre des dispositions similaires pour sa frontière avec l’Allemagne.

Ces décisions ont créé des tensions sans précédent entre les deux pays, qui avaient jusqu’ici de très bonnes relations. Depuis les années 1950, les citoyens danois et suédois pouvaient traverser la frontière sans passeport.

>> Lire : Le Danemark réintroduit les contrôles aux frontières

Lors d’une réunion de crise, le ministre suédois de l’Immigration, Morgan Johansson, et son homologue danois, Inger Støjberg, se sont enfin rencontrés pour discuter de la question. Cette réunion avait été organisée à Bruxelles par le commissaire européen à la migration, Dimitris Avramopoulos, et le Secrétaire d’État parlementaire du ministère de l’Intérieur allemand, Ole Schröder.

Après la réunion, Dimitris Avramopolous s’est adressé à la presse, assurant que les trois pays avaient fait preuve de « solidarité, hospitalité et [défense de la] libre circulation » en Europe.

« La libre circulation et [l’espace] Schengen doivent être protégés », a-t-il déclaré. « Des mesures exceptionnelles ont été prises. Nous avons tous décidé que la situation retournerait à la normale le plus rapidement possible. »

>> Lire : Schengen menacé par la démultiplication des contrôles aux frontières

Depuis des mois, les questions de migration occupent la première place dans les pays scandinaves, réputés pour leur politique accueillante et où des centaines de milliers de demandeurs d’asile sont arrivés après avoir traversé l’Europe. Les pays du nord de l’Europe sont ceux qui ont accueilli le plus de migrants proportionnellement au nombre d’habitants, mais l’opinion publique a changé quand ces arrivées massives ont commencé à poser des problèmes de logement, notamment, et à coûter cher au gouvernement.

Des tensions sont alors apparues entre les deux pays scandinaves et le Danemark a pointé Stockholm du doigt pour avoir invité les réfugiés syriens à venir s’installer dans le pays.

Stockholm a réagi en accusant son voisin de rediriger ouvertement les demandeurs d’asile vers la Suède, sans respecter le règlement de Dublin qui prévoit le prélèvement des empreintes digitales des migrants ou leur renvoi vers leur point d’arrivée en Europe.

Quand la Suède a fait une brusque volte-face sur sa politique d’asile au mois de novembre et décidé de durcir les règles d’immigration et d’introduire des contrôles aux frontières, la communication entre Copenhague et Stockholm n’était pas optimale.

>> Lire : La Suède durcit sa politique d’asile

Inger Støjberg a souligné que, contrairement à la Suède, le Danemark n’avait pas encore demandé aux transporteurs de son voisin du sud de procéder à des contrôles d’identité, contrairement à la Suède, qui s’attend à ce que les compagnies de transport danoises vérifient la validité des pièces d’identité des voyageurs en route vers la Suède.

« Mais, bien sûr, nous surveillerons la situation de très près, heure par heure. Si nécessaire, nous introduirons nous même cette mesure très rapidement. Nous ne voulons pas être la destination finale des demandeurs d’asile », a-t-elle néanmoins déclaré.

« On ne peut pas tout faire »

Comme Dimitris Avramopoulos, Morgan Johansson a assuré que les nouvelles mesures ne devraient pas durer « plus longtemps que ce qui est nécessaire », mais qu’il était important de comprendre que la Suède, l’Allemagne et le Danemark avaient accueilli plus de demandeurs d’asile que les autres pays en 2014 et 2015. « Nous ne pouvons pas tout faire », plaide-t-il.

Les données officielles publiées ce matin montrent que la Suède a reçu quelque 163 000 demandes d’asile en 2015, et le Danemark environ 18 000. Les deux pays comptent respectivement 9,6 et 5,6 millions d’habitants. Ces chiffres ont explosé, puisqu’en 2014, la Suède avait reçu 81 300 demandes et le Danemark 14 000.

Ole Schröder a pour sa part assuré que l’instauration des contrôles n’avait pas encore créé de gros problème en Allemagne. Selon lui, s’il y a eu un échange d’informations « transparent » entre les trois pays, les solutions européennes ne sont toujours pas mises en place.

>> Lire : Juncker veut relocaliser d’urgence 160 000 réfugiés

« Le problème, c’est que les contrôles à la frontière entre l’UE et la Turquie ne fonctionnent pas comme ils le devraient et que les règles d’asile ne sont pas respectées. Les solutions imaginées au niveau européen ne sont donc pas appliquées. Quand nous ne pouvons bénéficier des solutions de l’Europe, chaque État membre met en place ses propres outils et solutions. »

Une autre réunion entre Morgan Johansson et Inger Støjberg est prévue dans le courant du mois à Copenhague.

>> Lire : 26 000 enfants non accompagnés sont arrivés en Suède depuis août

Contexte

Au grand dam de la Hongrie et d'autres anciennes républiques soviétiques, qui se sont opposées au plan, l'Union européenne a décidé de répartir 120 000 réfugiés parmi ses États membres. Cela ne représente qu'une petite portion des 700 000 réfugiés qui, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), devraient atteindre les frontières de l'Europe cette année, en provenance d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient.

L'UE courtise également la Turquie avec des promesses d'argent, d'exemption de visa et de nouveaux chapitres dans les négociations d'adhésion pour qu'Ankara essaye de juguler l'afflux de réfugiés sur son territoire.

Prochaines étapes

  • Janvier 2016 : Morgan Johansson et Inger Støjberg se rencontreront à Copenhague pour discuter de Schengen et de l'immigration.
  • 13 janvier 2016 : Le Danemark décidera si les contrôles aux frontières doivent être maintenus.