La corruption des politiques a décuplé la crise en Grèce

La corruption politique a joué un rôle clé dans la crise économique grecque. Le gouvernement refuse de prendre des mesures concrètes pour s’y attaquer. Un article d’EURACTIV Grèce.

Un nouveau rapport du Groupe d’États contre la corruption (GRECO) du Conseil de l’Europe, qui se concentre sur le parlement, les juges et les procureurs, appelle la Grèce à édicter des règles pour que les procédures juridiques et politiques soient plus transparentes.

Le rapport souligne que la corruption est un des principaux problèmes à l’origine de la crise économique grecque et que malgré cela, les gouvernements successifs ont pris très peu de mesures pour s’attaquer à ce fléau, très présent chez les parlementaires.

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La lutte contre la corruption dans ce pays grevé de dette est la priorité de chaque gouvernement grec avant d’arriver au pouvoir.

Elle faisait par exemple partie des priorités de campagne de Syriza et Alexis Tsipras avait promis de prendre des mesures drastiques pour y remédier.

Presque un an plus tard, la donne n’a pourtant pas changé. Et, selon le rapport, la corruption est encore très élevée « une grande partie de la population considère encore que les responsables politiques à échelle nationale et régionale/locale sont particulièrement touchés par certaines formes de corruption ».

Immunité

Le Conseil de l’Europe a regretté que la Grèce n’ait pas de règles pour l’intégrité des parlementaires, notamment pour ceux qui sont ministres.

« Il n’existe pas de code de conduite et des règles manquent dans de nombreux domaines […] comme lorsque les politiques acceptent des cadeaux, des chambres d’hôtel et d’autres bénéfices ou lors des prises de contact avec des tierces parties ou des lobbyistes », commente le rapport.

Selon les chiffres mentionnés dans ce dernier, entre 2001 et 2014, 274 demandes de levées de l’immunité ont été faites. 137 concernaient des ministres et 137 des députés, mais elles n’ont pas donné de grands résultats.

Seules 15 demandes ont été acceptées, qui concernent toutes des députés. Durant cette période, le pays était gouverné par le parti conservateur Nouvelle démocratie et le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK).

« Le GRECO recommande que des mesures déterminées soient prises pour que les procédures de levée de l’immunité des parlementaires n’empêchent ou ne freinent les procédures pénales à l’encontre de membres du parlement suspectés d’avoir commis des infractions de corruption, notamment en définissant des règles et critères clairs en la matière », conclut le rapport à ce sujet.

Le lobby « invisible »

L’équipe du GRECO souligne aussi qu’il n’existe aucun cadre réglementaire pour les contacts des députés avec des tierces parties qui pourraient essayer d’influencer une décision politique et des procédures parlementaires.

« L’absence de cadre réglementaire sur cette question peut engendrer des risques importants pour l’intégrité des parlementaires », insiste le rapport.

Les parlementaires eux-mêmes ont reconnu que le sujet était « tabou » en Grèce, alors que des représentants des milieux économiques ont confirmé aux auteurs du rapport que la pratique du lobbying dans le pays était une réalité.

« Il est donc important que la Grèce protège davantage le travail parlementaire contre les influences extérieures et les risques d’utilisation abusive, et qu’elle prévoit une couverture aussi large que possible des activités parlementaires à l’avenir, pas seulement celles liées à l’adoption de la législation », recommande le GRECO.

Un système judiciaire plus transparent

En ce qui concerne le système judiciaire grec, le Conseil de l’Europe encourage Athènes à le rendre plus transparent et responsable.

Le rapport souligne que les juges et les procureurs sont suffisamment protégés contre les ingérences injustifiées, mais que la situation des hauts magistrats, notamment la manière dont ils sont choisis ou la durée de leur mandat, créait une dépendance vis-à-vis de l’exécutif.

Par ailleurs, la justice souffre de retards importants dans les affaires, ce qui peut générer des risques d’ingérence indue, peut-on lire dans le rapport. « Des garanties suffisantes contre les retards au début de la procédure sont donc nécessaires. »

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Selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur la performance du système judiciaire de tous les pays, la Grèce se plaçait à la 155ème place du classement, avec une durée moyenne du traitement des affaires de 4,5 ans.

EURACTIV Grèce a contacté le secrétariat général pour la lutte contre la corruption à Athènes, mais n’a reçu aucune réponse au moment de la publication de cet article.