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28/08/2016

La corruption pointée du doigt en Espagne et en Hongrie

Justice & Affaires intérieures

La corruption pointée du doigt en Espagne et en Hongrie

Si le népotisme et le manque de transparence règnent en Espagne et en Hongrie, la Grèce, l’enfant à problème de l’UE, semble sur la bonne voie, selon un nouveau rapport de Transparency International. Un article d’EurActiv Allemagne.

Selon l’indice de perception de la corruption, publié par Transparency International, l’UE s’en sort plutôt bien surtout au Nord : les secteurs publics des pays scandinaves sont perçus comme les plus transparents et incorruptibles au monde.

La moitié des 20 meilleurs pays de l’indice sont des États de l’UE, comme le Danemark, la Suède, la Finlande et les Pays-Bas. L’ONG, basée à Berlin, note toutefois qu’une série de pays ont connu un « recul fatal ». L’Espagne a ainsi perdu deux points (tous les pays sont notés sur 100 points) depuis 2014 et chute donc à la 36e place.

« Les scandales de corruption en Espagne sont presque incessants », confirme Anne Koch, directrice de Transparency International Europe. Le parti conservateur de Mariano Rajoy a lui-même été entaché par plusieurs scandales de détournement de fonds publics, corruption et abus de pouvoir. Du côté de la famille royale, on notera également l’évasion fiscale et…la chasse à l’éléphant.

Il y a deux ans, le quotidien El País admettait déjà que le pays était « en ligue des champions de la corruption ». Le score de l’Espagne est en effet plus mauvais que ceux de pays comme l’Uruguay (21e), le Qatar (22e) et le Botswana (28e).

En 2022, le Qatar accueillera la Coupe du monde de football, malgré un taux de corruption et de fraude très élevé. La construction des infrastructures nécessaire à la compétition a déjà entrainé plus de 1 000 décès, souvent parmi les travailleurs émigrés qui vivent et travaillent dans des conditions très précaires.

Un « recul fatal » en Hongrie et en Pologne

L’indice analyse la situation dans 168 pays. Il évalue la corruption des institutions et personnalités politiques grâce à différentes études spécialisées.

La Pologne et la Hongrie ont également obtenu des résultats très décevants. Dans ces pays, « les hommes politiques et leurs acolytes ont de plus en plus de pouvoir sur les institutions d’États », dénonce le rapport.

La Hongrie est à la 50e place du classement, avec tout juste 50 points. Ici, ce ne sont pas seulement l’État et le pouvoir exécutif qui sont affectés, mais aussi la liberté de la presse, le système judiciaire et la société civile, regrette Anne Koch. « Le gouvernement hongrois est responsable d’un recul fatal et a affaibli les organes censés surveiller les politiques et lutter contre la corruption dans le secteur public », explique-t-elle.

 >> Lire : La Hongrie condamnée pour son programme de surveillance de masse

Situation similaire en Pologne, 30e du classement. Les récents aménagements législatifs dans les domaines des médias et du système judiciaire ne sont pas encore appliqués, leurs conséquences ne se reflètent donc pas dans l’étude de Transparency International. L’ONG avertit cependant que l’affaiblissement des organes de supervision pourrait encourager la corruption. « Les évolutions politiques du pays sont une triste nouvelle pour la Pologne. Les gouvernements précédents exploitaient déjà les médias, mais les nouvelles lois vont bien au-delà de cela », estime Anne Koch.

>> Lire : Quatre organisations de presse portent plainte contre la Pologne

La Bulgarie, reine de la corruption

Des pays de l’UE, c’est la Bulgarie, à la 69e place, qui récolte le plus mauvais score. Depuis 2014, le gouvernement et le parlement ont tous deux tenté de faire le ménage dans le système judiciaire, sans résultat. Si Sofia a mis en place des institutions entièrement dédiées à la lutte contre la corruption, Anne Koch estime qu’elles sont inefficaces en pratique.

BORKOR est par exemple une organisation censée analyser des ensembles de données et mettre en évidence les faiblesses des institutions étatiques enclines à la corruption.  À ce jour, elle n’a identifié aucune faiblesse. « C’est symptomatique de la Bulgarie et de la gestion de la corruption dans le pays », regrette Anne Koch. « On a entendu beaucoup de promesses et de grandes déclarations, mais il n’y a pour l’instant que peu de preuves de progrès. »

Les entreprises internationales se plaignent aussi. Elles dénoncent l’absence d’État de droit et envisagent de se déplacer.

La lueur d’espoir de cette nouvelle édition de l’indice est… la Grèce ! Longtemps considérée comme l’enfant à problème de l’Europe, la Grèce a été plusieurs fois derrière tous les autres États membres.

Cette année, elle fait toutefois un bond en avant surprenant, dépassant la Bulgarie et a Roumanie pour atteindre le 58e rang. Selon Transparency International, cette amélioration pourrait être le résultat de procédures juridiques en cours lancées par Athènes, particulièrement dans le secteur de la défense, concernant un total de 6,8 milliards d’euros de fonds détournés.

« Le gouvernement actuel, tout comme le précédent, est plus déterminé à lutter contre la corruption », se félicite Anne Koch, à propos des gouvernements menés par le parti de gauche, Syriza. Les spécialistes de l’ONG estiment que la surveillance des créanciers pourrait également avoir eu un impact sur la lutte contre la corruption.

L’Allemagne se hisse à la 10e place

L’Allemagne s’est aussi améliorée et a atteint la 10e place du classement cette année. La principale raison de cette amélioration est l’introduction d’une période de grâce pour les fonctionnaires quittant leur poste. Selon cette nouvelle mesure, les fonctionnaires souhaitant accepter un emploi hors du secteur public dans les 18 mois suivant leur démission doivent en informer le gouvernement par écrit.  Si Berlin décide que ce nouvel emploi constitue un conflit d’intérêts, elle peut empêcher l’embauche pendant une période pouvant aller jusqu’à un an.

Le gouvernement allemand a aussi adopté des règles plus strictes en matière de lutte contre la corruption dans le secteur de la santé. Les docteurs, pharmaciens, kinésithérapeutes et infirmières peuvent être condamnés à trois ans de prison s’ils acceptent des pots-de-vin.

Malgré ces avancées, l’Allemagne a encore du chemin à parcourir, surtout dans le secteur financier, selon Transparency. Il y a quelques mois, la Deutsche Bank a trempé dans un scandale de corruption, a rappelé Anne Koch. « Les Allemands attendent à juste titre que le gouvernement agisse davantage dans ce domaine », a-t-elle ajouté.