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24/01/2017

La crise des réfugiés met au défi les politiques d’intégrations de l’Europe

Justice & Affaires intérieures

La crise des réfugiés met au défi les politiques d’intégrations de l’Europe

Marianne Thyssen souligne qu'il est dans l'intérêt de tous d'accueillir les réfugiés. [Friends of Europe]

Si l’’UE n’a jamais été préparée à l’afflux actuel de réfugiés, les difficultés d’intégration n’augmentant pas en fonction du nombre de migrants au sein de la population, selon l’OCDE.

Avant le début de la crise des réfugiés, les décideurs politiques européens tentaient de faire baisser les taux élevés de chômage et de pauvreté, conséquences de la crise de la dette. Un chantier qui doit maintenant compter avec l’arrivée de centaines de milliers de demandeurs d’asile en Europe.

« Je suis sure que nous parviendrons à créer une société inclusive, qui accueille aussi les demandeurs d’asile qui demandent notre protection, en mettant en place une bonne politique d’asile et d’immigration, en collaborant et en étant solidaire au niveau européen et en utilisant les fonds de l’UE disponibles pour aider les États membres », a souligné Marianne Thyssen, commissaire à l’emploi et aux affaires sociales.

Guntram Wolff, directeur du groupe de réflexion bruxellois Bruegel, partage cet avis. « Aujourd’hui, l’intégration doit être au centre [des efforts], bien qu’il n’y ait pas de discussion à ce sujet au niveau européen », explique-t-il. Yves Pascouau, directeur des politiques liées à l’immigration et à la mobilité au Centre politique européen, estime également que l’intégration est le prochain gros défi qui attend les sociétés européennes.

« On n’est jamais préparé »

L’UE n’a pas les compétences nécessaires pour gérer l’intégration dans ses pays membres, mais offre un soutien financier via certains fonds, notamment le Fonds « Asile, migration et intégration » (AMIF) et le Fonds social européen (FSE). L’an dernier, l’AMIF a versé jusqu’à 3,1 milliards d’euros à des initiatives partout en Europe. Par ailleurs, 20 % du FSE, soit 21 milliards d’euros pour la période 2014-2020, devrait être alloué à l’inclusion sociale.

« On n’est jamais préparé à des arrivées aussi massives, mais il faut faire avec », souligne Marianne Thyssen.

Si certains Européens s’inquiètent que l’arrivée des réfugiés ne détruise les politiques d’intégration européennes, une récente étude de l’OCDE note que « les difficultés de l’intégration n’augmentent pas proportionnellement au nombre d’immigrants au sein de la population ». Au contraire, « les pays accueillant un grand nombre de migrants ont en général de meilleurs résultats en termes d’intégration », insistent les auteurs de l’étude.

 

Yves Pascouau et les représentants de l’UE soulignent que la reconnaissance des qualifications professionnelles et l’organisation de cours de langues devaient être les priorités des États, afin de faciliter l’intégration des nouveaux venus dans le marché du travail. Ces priorités ne sont pas seulement la meilleure manière d’assurer l’intégration des immigrants, mais pourrait aussi contribuer au renouvellement du capital humain dans une Europe vieillissante.

« Les États membres, les employeurs et les syndicats veulent tous aider. C’est pourquoi nous devons collaborer, tous ensemble», explique Marianne Thyssen.

Une population vieillissante

Les études de l’OCDE et de la Commission européenne prévoient un déclin de 2,2 % de la population en âge de travailler (15-64 ans) en Europe, soit 7,5 millions de personnes, entre 2013 et 2020, alors même que cette population devrait augmenter d’autant dans l’ensemble des pays de l’OCDE.

L’organisation souligne qu’en général, les immigrants trouvent du travail dans des secteurs qui se développent rapidement, où les employeurs peinent parfois à trouver de la main d’œuvre. Leur contribution au budget de l’État via les taxes est en outre plus importante que les coûts sociaux qu’ils génèrent. Au Royaume-Uni, en Belgique, en France, en Suède et au Luxembourg, par exemple, les conséquences économiques de l’arrivée d’immigrants ont été positives.

Lors de son discours sur l’état de l’union, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a estimé que les gouvernements nationaux devaient « réévaluer » leurs politiques d’intégration. Il s’est également déclaré « très favorable à ce que les demandeurs d’asile soient autorisés à travailler et à gagner de l’argent en attendant que leur demande soit traitée ».

Les États membres se concentrent quant à eux sur la gestion des flux de réfugiés qui arrivent sur le sol européen. Si, lors du sommet du 23 septembre, les chefs d’États et de gouvernement de l’UE ont fini par accepter la relocalisation de 160 000 réfugiés, ils ont également décidé de limiter leur réponse à la création de centre d’enregistrement et de traitement des demandes d’asile, les « hotspots ».

>> Lire : Les dirigeants européens s’accordent pour freiner l’afflux de réfugiés

Si ce sommet constituait une occasion de chercher des solutions aux difficultés qui toucheront l’Europe aux long et moyen termes, le sujet d’une stratégie d’intégration complète en a pourtant été complètement absent. Les dirigeants européens se sont limités à accepter d’augmenter les financements de l’AMIF et du fonds de sécurité intérieure pour les frontières. En mai dernier, la Commission avait déjà demandé une augmentation de 36 % de ces fonds pour le budget de l’année prochaine.

L’UE ne peut contribuer à la politique d’intégration qu’en offrant des fonds et des conseils. En 2003, les capitales européennes s’étaient accordées sur une série de principes de base sur l’intégration.

Cette approche non interventionniste a généré d’énormes différences dans les politiques nationales au sein de l’UE. Une fois encore, l’Allemagne ouvre la voie. Si la directive sur les qualifications professionnelles prévoit la reconnaissance mutuelle des diplômes pour les citoyens européens, Berlin a décidé d’aller plus loin en reconnaissant également les diplômes des citoyens d’autres pays.

Alors que les autres États se demandent toujours combien l’accueil des migrants va leur couter, l’Allemagne montre l’exemple en montrant comment tirer profit des talents et compétences de ce tout nouveau capital humain.

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