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17/01/2017

La crise migratoire fait les affaires de la droite populiste en Suisse

Justice & Affaires intérieures

La crise migratoire fait les affaires de la droite populiste en Suisse

Roger Koeppel, nouvel élu de l'UDC.

[REUTERS/Arnd Wiegmann]

Le parti anti-immigration suisse a remporté la majorité des voix au terme d’une campagne dominée par la crise des réfugiés, à l’issue des élections fédérales du 18 octobre. 

L’Union démocratique du centre (UDC), parti de la droite anti-immigration, a remporté les élections fédérales de dimanche 18 octobre en Suisse, confortant sa place de premier parti politique du pays.

Selon un décompte définitif diffusé par la Radio Télévision Suisse (RTS), l’UDC a remporté 29,4 % des suffrages, soit plus que ce que prédisaient les sondages. Lors des dernières élections, l’UDC avait déjà récolté 26,6 % des voix.

Après l’avancée de l’UDC, couplé à celle du Parti libéral-radical (PLR), favorable aux milieux d’affaires, les commentateurs évoquaient lundi matin un « Rechtsrutsch », un glissement vers la droite du paysage politique suisse.

La campagne électorale a été dominée par le thème de l’immigration en Europe face à l’afflux de réfugiés en provenance du Proche-Orient et d’Afrique du Nord. « Le vote a été clair », a déclaré le président de l’UDC Toni Brunner à la télévision. « Les gens s’inquiètent de l’immigration de masse en Europe ».

Selon la RTS, l’UDC gagnerait onze sièges pour totaliser 65 élus au Conseil national, la chambre basse du Parlement qui compte 200 élus. Le Parti socialiste finit deuxième avec une légère hausse de 0,1 point de son pourcentage de voix (18,9 %), mais perdrait trois sièges, à 43. Le PLR, troisième parti du pays derrière le Parti socialiste, en gagnerait trois, avec 33 élus.

>> Lire : La Suisse illustre la tentation xénophobe en voulant refermer ses frontières

Les Suisses changeraient-ils d’avis sur l’immigration européenne ?

Le système de démocratie directe, qui permet aux Suisses de se prononcer lors de « votations » (référendums populaires) sur les grandes questions politiques, quelle que soit la composition de l’Assemblée fédérale (parlement), tend cependant à réduire l’importance du scrutin.

Il y a vingt mois, en février 2014, les électeurs suisses ont voté à une courte majorité une « initiative » soutenue par l’UDC en faveur de la réintroduction de quotas d’immigration avec l’Union européenne. Ce résultat oblige le gouvernement à transformer cette initiative en loi dans un délai de trois ans.

Le parti de droite ne compte à l’heure actuelle qu’un ministre au sein du Conseil fédéral, le gouvernement helvétique, celui de la Défense, de la Protection de la population et des Sports, Ueli Maurer. L’UDC aimerait y avoir un deuxième représentant.

« Je demande solennellement que les trois plus grands partis aient chacun deux sièges et que le quatrième en ait un », a déclaré Toni Brunner.

Malgré sa victoire annoncée, les spécialistes jugent peu probable que l’UDC soit en mesure de chasser du ministère des Finances Eveline Widmer-Schlumpf.

Au Conseil des Etats (chambre haute), qui compte 46 membres, un second tour aura lieu dans 19 circonscriptions. L’UDC, qui n’y est que la quatrième force, devrait se contenter de conserver ses cinq sièges. Le Parti socialiste devrait en perdre cinq pour tomber à six. L’Assemblée fédérale choisira en décembre les sept membres du Conseil fédéral.

>> Lire aussi : Les relations UE-Suisse se rafraichissent formellement

Contexte

Malgré la richesse et le succès économique de la Suisse, l'Union démocratique du centre (UDC), parti populiste et nationaliste, s'attaque depuis longtemps à la question de l'inflation des loyers, des transports publics bondés et de l'augmentation du taux de criminalité qui serait due à l'afflux d'étrangers sur le territoire.

La politique helvétique relative à l'immigration est fondée sur la libre circulation des personnes de l'UE. Elle autorise l'entrée d'un nombre restreint d'immigrés provenant de pays tiers.

Ce consensus a cependant été chamboulé en février 2014, quand le pays a voté pour l'introduction de quotas pour les citoyens européens à partir de 2017. En effet, les Croates devaient notamment accéder au marché de l'emploi suisse en juillet 2014, avant que les Suisses s'expriment contre cette idée lors d'un référendum populaire.

Le résultat de cette « votation » a engendré une réaction cinglante de la part de Bruxelles, qui a qualifié cette initiative d'incompatible avec l'accord bilatéral qui garantit la libre circulation des travailleurs entre l'UE et la Suisse.

>> Lire : L'UE lance les représailles après le référendum suisse sur l'immigration

Face aux menace de l'UE de suspendre les négociations sur des projets Erasmus+ et Horizon 2020, qui pèsent des milliards d'euros, Bern a alors fait marche arrière.

En plus d'ouvrir son marché national aux Croates, la Suisse reconnait à présent leurs qualifications et le gouvernement a annoncé 37 millions d'euros de contribution à l'élargissement, soit des aides censées réduire les disparités économiques et sociales lors de nouvelles adhésions à l'UE.

La Commission a pris note de cette mesure, tout en soulignant qu'elle n'offrait pas de solution à long terme sur la violation du principe de libre-circulation des personnes.

>> Lire : Les Suisses refusent de réduire l’immigration