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30/09/2016

La droite européenne avance l’idée de suspendre la Grèce de Schengen

Justice & Affaires intérieures

La droite européenne avance l’idée de suspendre la Grèce de Schengen

Les États membres qui ne parviennent pas à réduire le nombre d’arrivants devraient être temporairement suspendus de l’espace Schengen, a assuré à EurActiv le président du Parti populaire européen, Joseph Daul.

Joseph Daul reproche à la Grèce de ne pas enregistrer les réfugiés qui arrivent de la Turquie et de n’avoir installé qu’un des cinq « hotspots » prévus pour le territoire grec.

L’escalade de la crise grecque a provoqué des tensions entre les États membres de l’UE, soulignant les différentes approches préconisées par les formations politiques de centre droit et de centre gauche. Les membres du Parti populaire européen (PPE) ont ainsi tendance à adopter une ligne dure, alors que les socialistes préfèrent une approche plus modérée.

Le 23 janvier, lors d’une interview pour Die Welt, la ministre autrichienne de l’Intérieur, Johanna Mikl-Leiner, a menacé la Grèce d’une expulsion temporaire de l’espace Schengen si elle ne parvient pas à freiner le flux des migrants qui passent pas ses îles pour rejoindre l’UE.

« Si le gouvernement d’Athènes ne fait pas enfin plus d’efforts pour sécuriser davantage notre frontière externe, nous devrons discuter ouvertement de la possibilité d’expulser temporairement la Grèce de l’espace Schengen », a déclaré la ministre, membre du parti populaire autrichien, affilié au PPE. C’est une légende que la frontière gréco-turque ne peut pas être sécurisée. »

Ces remarques cinglantes ont entrainé une réaction du ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (SPD), qui a dénoncé les déclarations de Johanna Mikl-Lein qui propose selon lui une « fausse solution ».

« Il n’y aura aucune solution à la crise des réfugiés si la solidarité disparait », a-t-il assuré. « Au contraire, nous devons œuvrer ensemble et concentrer nos efforts pour lutter contre les raisons qui poussent les réfugiés à fuir, pour renforcer les frontières externes de l’UE et pour redistribuer équitablement [les demandeurs d’asile] en Europe. »

Knut Fleckenstein, vice-président du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) au Parlement européen, partage l’avis du ministre allemand. « Nous devons créer des hotspots afin d’enregistrer les réfugiés et de quotas de redistribution de ces réfugiés parmi les États membres. Nous pourrons ainsi mieux contrôler les frontières externes et partager le fardeau plus équitablement. Il faut faire des efforts sur ces deux lignes de front », a-t-il assuré à EurActiv.

Le PPE avertit Athènes

« Nous devons nous concentrer sur l’application des législations actuelles, comme les premier et deuxième programmes européens sur l’immigration, qui aborde une les problèmes urgents : une procédure d’asile rapide, un mécanisme de retour efficace et de meilleures conditions de réception des demandeurs d’asile », explique Joseph Daul.

« Les États membres ont la responsabilité de mettre en place les législations existantes. Les pays qui ne respectent pas leurs engagements devraient être temporairement exclus de l’espace Schengen », ajoute-t-il, dans un message fort adressé au gouvernement Syriza en Grèce.

Le chef de file du PPE a également appelé à une réforme complète du système d’asile européen et souhaite que les demandes soient traitées « aux frontières externes de l’UE ou, de préférence, hors de l’UE ». Ce système permettrait à l’UE d’aider les personnes fuyant les zones de conflit tout en renvoyant rapidement ceux qui ne remplissent pas les conditions de l’octroi du statut de demandeur d’asile.

« Je suis aussi convaincu que nous avons besoin d’un plan d’urgence pour les réfugiés arrivant dans l’UE, conformément à la Convention de Genève », poursuit-il.

Le président du PPE annonce aussi que son parti propose la création de « zones sûres » dans des pays tiers, afin que l’aide « puisse être fournie le plus près possible, voire dans, les pays d’origine ».

La Grèce isolée

Le 22 janvier, le Financial Times a assuré que les dirigeants européens préparaient un plan afin de stopper l’arrivée de demandeurs d’asile en leur barrant la route en Macédoine. Ces allégations ont suscité de vives réactions à Athènes, qui craint d’être isolée.

Yannis Mouzalas, vice-ministre chargé de l’immigration, a assuré que l’article du Financial Times contenait des informations « fausses et déformées ».

Nikos Kotzias, le ministre des Affaires étrangères, a pour sa part fait remarquer que l’Allemagne n’avait jamais soulevé cette question et que l’objectif de la Grèce était « d’empêcher toute idée fausse d’être transformée en recommandation politique ». « Une telle initiative passerait totalement à côté de la manière dont l’espace Schengen fonctionne et de son importance », a-t-il renchéri.

« [L’exclusion de la Grèce] n’est absolument pas prévue », a également martelé Dimitris Avramopoulos, commissaire européen à la migration, aux affaires intérieures et à la citoyenneté, le 24 janvier. « Nous ne sommes pas d’accord avec les rumeurs sur Schengen et de possibles exclusions », a-t-il assuré, ajoutant que la crise des réfugiés ne « rouvrira pas la discussion du Grexit ».

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, conseille pour sa part à la Bulgarie et aux pays de l’ex-Yougoslavie d’ériger des barrières à leurs frontières avec la Grèce. Jusqu’ici, la Bulgarie s’est limitée à construire un mur le long de sa frontière avec la Turquie. Sofia n’a jamais prévu de renforcer sa frontière avec la Grèce, qui a pour vocation de devenir une frontière interne lorsque la Bulgarie adhérera à l’espace Schengen.

>> Lire : Le mini-Schengen, c’est pas pour tout de suite

Selon une source d’EurActiv, lors d’un sommet il y a quelques mois, Viktor Orbán aurait demandé ouvertement à ses homologues ce qu’ils voulaient qu’ils fassent : défendre les frontières externes de l’UE, son devoir, selon le traité de Schengen, ou laisser tous les migrants traverser la Hongrie et atteindre leur destination de choix.

Pas de patrouilles communes

Nikos Kotzias a écarté toute possibilité de former des patrouilles de garde-côtes gréco-turques pour surveiller la frontière. Il a au contraire assuré que Frontex devrait s’occuper du rapatriement vers la Turquie des migrants qui ne reçoivent pas le droit à l’asile.

« Frontex pourrait faciliter la réadmission de ceux qui n’ont pas droit à l’asile. Il existe des accords de réadmission, à la fois entre l’UE et Ankara et entre la Grèce et Ankara. Nous voulons développer un corps de garde-côtes européens, mais nous refusons de sacrifier des pans de notre souveraineté », a-t-il poursuivi.

Réactions

« J’espère réellement que nous trouverons un terrain d‘entente pour la coopération entre la France et la Turquie, afin de limiter les flux de réfugiés et afin que la Grèce ne soit pas à au bord d’un problème humanitaire énorme », a déclaré le chef de file de Nouvelle Démocratie, Kyriakos Mitsotakis, le 25 janvier. « Malheureusement, ce que nous avons vu jusqu’ici de la part de la Turquie n’est pas encourageant. »

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