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25/09/2016

La Grèce accuse la Commission de vouloir l’isoler

Justice & Affaires intérieures

La Grèce accuse la Commission de vouloir l’isoler

Centre de réfugiés d'Eleonas; Athènes. Septembre 2015.

[Martin Leveneur/Flickr]

Le gouvernement grec a accusé la Commission européenne d’essayer d’isoler le pays grevé de dettes et prétend que le rapport évaluant le respect des règles de Schengen par la Grèce est « politisé ».

Le 27 janvier, le collègue des commissaires a examiné un rapport d’évaluation de Schengen concernant la Grèce.

>> Lire : La droite européenne avance l’idée de suspendre la Grèce de Schengen

L’exécutif fustige Athènes pour sa gestion de la crise des réfugiés, affirmant que le pays a « sérieusement négligé » son devoir de protéger les frontières de l’UE. La Commission évoque aussi la possibilité de contrôles frontaliers avec le reste de la zone Schengen.

Le rapport de la Commission européenne a déclenché de vives réactions à Athènes, et le gouvernement de gauche mené par Syriza l’a accusé d’essayer d’isoler le pays.

« Nous pensons que la tentative d’isoler un État membre avec un rapport n’est pas du tout constructive », a déclaré le ministre des Affaires européennes, Nikos Xydakis, à EurActiv.

« Le gouvernement grec a insisté sur le fait que la crise des réfugiés ne pouvait pas être résolue dans une UE divisée et avec des partenaires européens qui se critiquent les uns les autres. La Grèce n’est pas à l’origine de la crise, elle la subit », a-t-il ajouté.

>> Lire : La Grèce en première ligne face à un nombre record de migrants

« Le chemin le plus sûr à emprunter est la mise en œuvre des décisions du Conseil européen. Malheureusement, presque rien n’a été fait », a-t-il expliqué.

Selon Nikos Xydakis, blâmer les autres ne permettra pas de résoudre un problème aux dimensions historiques.

« La Grèce travaille dur pour remplir ses obligations, alors que le pays est étouffé par le régime financier imposé par l’UE, par la récession et par le chômage. La Grèce se surpasse. Nous demandons à tous nos partenaires de faire de même », a-t-il insisté.

Problèmes politiques et juridiques

Selon une source haut placée du gouvernement grec, le rapport est le fruit d’un processus d’évaluation d’urgence du 10 au 13 novembre. Les délégués de la Commission avaient pour cela examiné les zones d’Évros, d’Orestiada, de Chios, et de Samos.

« À Évros et Orestiada, l’afflux est minimal […] mais la situation sur le terrain a totalement changé depuis le rapport », a affirmé le responsable grec.

Selon la source, la première version du rapport date du 9 décembre, et les autorités grecques ont eu le temps de commenter les résultats, ce qui n’était pas le cas pour la deuxième version.

« Le gouvernement grec n’a été averti de la seconde et dernière version du 12 janvier, qu’après son examen par le collègue des commissaires le 27 janvier ».

« Entre les deux textes, qui s’appuient sur le même rapport d’évaluation, la phraséologie diffère », a insisté le représentant du gouvernement.

Athènes riposte à coups de données

Le 27 janvier, le ministère grec des Affaires étrangères a publié des statistiques sur la situation de la crise des réfugiés.

Les données montrent qu’en 2015, 851 319 réfugiés et migrants sont entrés dans le pays, alors qu’en 2014, ils étaient seulement 41 074, ce qui représente une hausse de 1972 %.

À titre d’exemple, en décembre 2014, 2056 réfugiés et de migrants sont arrivés en Grèce, alors qu’en décembre 2015, ils étaient 103 338 a entré dans l’État hellénique.

>> Lire : Malgré la crise, Tsipras promet un effort de la Grèce en faveur des réfugiés

Concernant l’origine des nouveaux arrivants en 2015, le ministère reprend des données du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) selon lesquelles 57 % étaient Syriens, 24 % Afghans, et 9 % d’origine irakienne. La majorité d’entre eux sont considérés comme des réfugiés et sont donc éligibles à l’asile.

La Commission semble quant à elle travailler avec des données différentes. Le 26 janvier, Natasha Bertaud, porte-parole de la Commission, a fait référence à des données de Frontex, affirmant qu’en décembre 2015, « la part de migrants a priori non éligibles à l’asile est beaucoup plus élevée que sur le reste de l’année […] et représente environ 60 % ». Toutefois, les chiffres ne sont pas encore officiels, a-t-elle rappelé.

Dans une récente interview avec Euractiv, Nikos Xydakis a déclaré qu’Athènes avait identifié de nouvelles routes et avait exhorté la Turquie à contrôler les personnes entrant sur son territoire sans visa.

« Le parcours que nous avons identifié est le suivant : les Marocains et les Algériens peuvent voyager sans visa depuis les pays du Maghreb, en prenant un vol très peu cher de Turkish Airlines. Ils arrivent directement à Istanbul et peuvent ensuite facilement atteindre la côte et se rendre de l’autre côté [côté grec] », a observé le ministre.

Quant aux personnes qui ont perdu la vie en essayant de traverser la Méditerranée en 2015, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime que sur les 851 319 arrivants en Grèce, 805 sont décédés. En Italie, 135 052 migrants sont arrivés, et 2 892 sont morts, et en Espagne, sur 3 845 arrivées, 74 personnes sont mortes.

En ce qui concerne le système de relocalisation décidé par le Conseil européen le 23 septembre 2015, seuls 414 migrants, sur les 160 000 initialement prévus, ont été transférés dans un autre pays que la Grèce ou l’Italie.

Peu de réactions du mécanisme de protection civile

Les données du ministère soulignent également le manque de réponses du mécanisme de protection civile de l’Union aux demandes du gouvernement grec.

« Nous avons déposé nos demandes aujourd’hui, car il y a quelques mois, nous n’étions pas en position d’évaluer nos besoins spécifiques », a expliqué Yiannis Mouzalas, ministre délégué à l’Immigration, le 28 janvier.

Le mécanisme de protection civile a été établi en 2001 afin de favoriser la coopération entre les autorités de protection civile nationales à travers l’Europe.

Athènes a demandé 26 ambulances, et n’a rien reçu pour l’instant. Sur les 100 000 sacs de couchage que la Grèce a demandé, seuls 4 100 ont été livrés.

« Nous sommes tout à fait conscients de tous les efforts que fait la Grèce pour améliorer la situation dans la mer Égée. […] Je veux simplement rappeler que c’est la Commission qui a invité la Grèce à activer ce mécanisme », a précisé Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission.

Selon Natasha Bertaud, autre porte-parole, des efforts ont été réalisés, mais il y a encore beaucoup à faire. « Ils ont par exemple demandé 80 000 couvertures, et ont eu 80 000 couvertures. Bien sûr, toutes les demandes n’ont pas été entendues, mais nous continuons de solliciter et faire pression pour que les autres États membres répondent à cet appel », a-t-elle estimé.

Coût insoutenable

Athènes a également analysé les frais engendrés par la crise des réfugiés et payés par l’État. Le coût total est estimé à 350 648 475 euros.

Selon la capitale, 146 564 680 euros sont nécessaires simplement pour la recherche, le sauvetage et le transport des îles jusqu’au continent, et l’ouverture de centres d’accueil nécessiterait 195 902 800.