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31/05/2016

La Grèce met en avant la défense des valeurs européennes en mer Egée

Justice & Affaires intérieures

La Grèce met en avant la défense des valeurs européennes en mer Egée

Centre pour réfugiés d'Eleonas. Athènes, septembre 2015.

[Martin Leveneur/Flickr]

Contrairement au Danemark, qui saisit les objets de valeur des réfugiés, la Grèce tente d’appliquer les valeurs européennes à la lettre, assure l’eurodéputé Stelios Kouloglou. Un article d’EurActiv Grèce.

Lors d’un entretien avec la BBC, l’eurodéputé Syriza Stelios Kouloglou a dénoncé l’attitude de l’UE et des États membres, qui font de la Grèce un bouc émissaire dans la crise des réfugiés.

« [Nos partenaires européens] se plaignent de la situation aux frontières exterieures. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Quand un canot pneumatique avec 60 personnes arrive, que faites-vous ? Vous les éliminez ? Ce n’est pas possible ! », s’indigne l’eurodéputé.

Le 27 janvier, la Commission européenne a durement réprimandé Athènes, qu’elle accuse de mal gérer la crise des réfugiés et d’avoir « gravement négligé » son devoir de protection de la frontière externe du bloc.

Le rapport publié par la Commission, qui envisage également le rétablissement de frontières au sein de Schengen, a entrainé des réactions fortes à Athènes, où le gouvernement l’a qualifié de « politisé ».

>> Lire : Malgré la crise, Tsipras promet un effort de la Grèce en faveur des réfugiés

Suffocation économique

« Le gouvernement grec réitère que la crise des réfugiés ne peut être résolue par une Union européenne divisée et des membres qui s’accusent entre eux. La Grèce ne produit pas la crise des réfugiés, elle la subit », a déclaré Nikos Xydakis, ministre adjoint des Affaires étrangères. « La solution la plus sûre est l’application des décisions du Conseil. Malheureusement, très peu de mesures ont été prises à ce jour. »

Ces mesures incluent notamment la relocalisation de migrants, un système auquel s’opposent certains pays membres, particulièrement en Europe centrale et occidentale. Nikos Xydakis répète que s’accuser les uns les autres ne résoudra pas ce problème, aux dimensions historiques.

>> Lire : L’UE adopte la répartition des réfugiés sans l’accord de l’Est

« La Grèce fait tout ce qu’elle peut pour remplir ses obligations, alors même que le pays est dans un état de suffocation financière depuis six ans, à cause des mécanismes européens, et fait face à une récession et un chômage constant. La Grèce se surpasse. Nous nous attendons à la même chose de la part de nos partenaires », a-t-il conclu.

Athènes a par ailleurs fait appel au mécanisme de protection civile, établi en 2001 afin d’encourager la coopération entre les autorités de protection civile en Europe. Athènes a demandé 26 ambulances et 100 000 sacs de couchage. Pour l’instant, elle n’a reçu que 4 100 sacs de couchage.

Le ministère des Affaires étrangères grec a publié des statistiques le 27 janvier. Selon ces chiffres, 851 319 réfugiés et migrants sont arrivés dans le pays en 2015, soit une augmentation de près de 2 000 % par rapport à l’année précédente.

L’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) estime que 57 % de ces arrivants sont syriens, 24 % Afghans et 9 % Irakiens, souligne le ministère grec. La majorité d’entre eux sont donc en droit d’obtenir le statut de réfugiés et l’asile.

La Commission européenne semble pourtant s’appuyer sur d’autres chiffres. Le 26 janvier, la porte-parole Natasha Bertaud a ainsi cité les estimations de Frontex, selon lesquelles 60 % des personnes arrivées en décembre ne devraient pas obtenir l’asile.

Selon les estimations d’Athènes, l’État grec, exsangue après des années d’austérité, devrait débourser plus de 350 millions d’euros pour la gestion de la crise des réfugiés.

>> Lire : La Grèce ne peut pas faire face à plus d’austérité, selon un expert de l’ONU

Valeurs européennes

Stelios Kouloglou fait d’ailleurs remarquer que l’agence Frontex, chargée de la surveillance des frontières, était satisfaite des mesures prises par la Grèce, dont l’économie peine à se relever.

« La société grecque montre un élan de solidarité incroyable. Nous protégeons les valeurs humaines, contrairement au Danemark, où les possessions et bijoux des réfugiés sont saisis. Tout cela alors que nous traversons une crise économique », souligne l’eurodéputé de gauche.

Le 26 janvier, la grande majorité du parlement danois a en effet voté pour une série de réformes censées dissuader les migrants de demander l’asile dans le pays, notamment en retardant le regroupement familial.

 >> Lire : Le Danemark adopte une réforme critiquée du droit d’asile

Le parlement danois a également autorisé les autorités à saisir les objets de valeurs des réfugiés, une mesure qui a suscité une polémique dans toute l’Europe.

Nobel de la paix en mer Égée

Le ministre grec de l’Immigration, Giannis Mouzalas, a quant à lui indiqué qu’il y aurait « au moins deux candidatures grecques » pour le prix Nobel de la paix.

La presse grecque pressent que les candidats pourraient être une femme de 85 ans et un pêcheur de 40 ans, qui ont aidé à sauver des vies en mer Égée.

Panagiotis Kouroumplis, le ministre de l’Intérieur, a expliqué à EurActiv Grèce que le prix Nobel de la paix devrait aller à ceux qui le méritent réellement.

« L’attitude des îliens de la mer Égée, héritiers de 4 000 ans d’une civilisation créative, vis-à-vis des migrants prouve depuis des mois qu’ils sont dignes de cet important héritage », a-t-il déclaré. « Malgré l’attitude impitoyable de l’Europe, les habitants des îles de la mer Égée ont agi conformément aux valeurs grecques et européennes, élevant encore les valeurs de l’humanité. »

>> Lire aussi : La Grèce accusée de maltraiter les réfugiés