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23/01/2017

La Grèce tergiverse sur le projet de gardes-frontières européens

Justice & Affaires intérieures

La Grèce tergiverse sur le projet de gardes-frontières européens

Bootsflüchtlinge in der Ägäis.

]Hellenic Coast Guard]

Le gouvernement grec a soulevé deux points cruciaux dans le projet de la Commission de créer une nouvelle force européenne aux frontières, qui sera débattu lors du sommet européen débute aujourd’hui (17 décembre). Un article d’EurActiv Grèce.

Le 15 décembre, la Commission a dévoilé son projet pour un nouveau corps de gardes-frontières qui pourra intervenir sans le consentement préalable du pays dans lequel il agit, et ce, afin de rétablir la sécurité de l’espace Schengen, menacée par la crise de la migration.

La nouvelle agence sera dotée d’une force d’intervention rapide de 1 500 gardes-frontières et aura le « droit d’intervenir » dans les pays de l’UE qui sont submergés par la vague des réfugiés ou qui ne parviennent pas à sécuriser leurs frontières. Une visée géographique qui place la Grèce mais aussi l’Italie et la Hongrie au premier rang des pays concernés. 

Deux points de discorde

Le gouvernement grec, mené par Syriza,  se montre globalement positif vis-à-vis de la proposition de la Commission européenne, mais conteste « deux points », a affirmé une source haut placée du gouvernement à EurActiv.

À Athènes, la presse rapportait le 16 décembre que le gouvernement grec était en train d’examiner un scénario de veto si sa demande de modification était rejetée, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas.

« Nous avons soulevé deux points, mais nous ne sommes pas opposés [à l’ensemble du texte] », a insisté la source, soulignant qu’en principe, le plan de la Commission s’orientait dans la bonne direction et aidait la Grèce dans la gestion difficile de ses frontières maritimes.

Selon la source proche du gouvernement, un des points soulevés par la Grèce est le droit du nouveau corps de gardes-frontières d’intervenir sans le consentement du pays hôte.

« Le consentement des États membres est nécessaire », a expliqué la source, tout en ajoutant qu’Athènes n’était pas seule à penser cela. L’Espagne, la Hongrie et la Pologne, par exemple, et beaucoup d’autres pays s’y opposent également, même s’ils ne l’ont pas encore fait savoir.

>> Lire : Le Danemark réintroduit les contrôles aux frontières

En ce qui concerne les pays tiers en dehors de l’UE, la demande d’Athènes est d’intégrer dans le texte final la notion de « coopération commune » plutôt qu’« entreprise commune », a précisé la source proche du gouvernement.

« Ce sont des suggestions, et Athènes n’a pas envisagé la possibilité d’opposer son veto », a-t-elle cependant conclu.

Réactions

« La Commission européenne vient de faire des propositions pour améliorer la protection de nos frontières extérieures. Pour le Groupe PPE, c’est de cette manière que nous protégerons l’espace Schengen et la liberté de circulation en Europe. Nous soutenons donc fermement la voie ambitieuse proposée par la Commission » a déclaré Manfred Weber, le président du Groupe PPE, lors du débat en séance plénière du Parlement européen consacré au Conseil européen des 17 et 18 décembre. « L’agence Frontex doit donc être adaptée pour devenir un véritable garde-côtes et garde-frontières européen » a –t-il ajouté.

« Il faut trouver un équilibre entre la nécessité de soutenir l’accord de Schengen et le respect de la souveraineté des États membres. […] Il faut revoir le règlement de Dublin II afin d’obtenir un partage équilibré entre les États membres, basé sur la population et les données économiques, et ne pas placer tout le fardeau sur les épaules des pays européens qui se trouvent être la porte d’entrée de l’UE », a déclaré Costas Chrysogonos, un eurodéputé Syriza, tout en ajoutant qu’Athènes demandait depuis des années la création d’une telle force et qu’elle accueillait dont la proposition de la Commission.

« La nouvelle proposition de la Commission est en ligne avec notre objectif premier : faire du contrôle de nos frontières externes une problématique européenne », a déclaré Gianni Pittella, président du groupe S&D. « Néanmoins, ces propositions doivent être accompagnées de deux autres points majeurs. La révision légale du système de Dublin, ainsi qu’un système permanent et obligatoire de relocalisation des réfugiés, basé sur une véritable solidarité et un partage du fardeau entre les États membres », a-t-il ajouté.

Contexte

La nouvelle agence sera composée de 1 000 membres permanents, comparé aux 400 membres de Frontex, et doté du double du budget de cette dernière. Par ailleurs, un nouveau bureau des retours sera chargé de renvoyer dans leur pays d’origine ceux dont la demande d’asile a été rejetée.

La nouvelle agence pourra aussi compter sur une force d’intervention rapide de 1 500 membres, capables de se déployer en quelques jours. 

Prochaines étapes

  • 17-18 décembre : le rôle du nouveau corps de gardes-frontières sera débattu lors du sommet européen.