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06/12/2016

La Hongrie annonce un référendum sur les quotas de migrants

Justice & Affaires intérieures

La Hongrie annonce un référendum sur les quotas de migrants

Des réfugiés dorment à la frontière serbo-hongroise.

[Mario Fornasari/Flickr]

En plein choc du Brexit, Viktor Orbán provoque de nouveau l’Union européenne avec l’organisation en octobre d’un référendum sur le plan européen de répartition des réfugiés combattu depuis des mois par le Premier ministre hongrois.

Viktor Orbán, qui tient un discours antimigrants virulent, avait annoncé en février cette consultation sur le plan de relocalisation, à travers les 28 États membres, de 160 000 demandeurs d’asile se trouvant en Grèce ou en Italie, portes d’entrée de l’UE.

Le scrutin sera organisé le 2 octobre, a annoncé mardi la présidence hongroise, alors que Bruxelles et Londres devraient être en train d’engager leur douloureux divorce.

Le référendum hongrois marquera une nouvelle étape dans les rapports tendus du gouvernement Orbán avec les institutions européennes qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2010, lui ont régulièrement reproché de porter atteinte à l’État de droit et à l’équilibre des pouvoirs dans son pays.

Quelque 8 millions de Hongrois devront répondre à la question posée par leur gouvernement : « Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois ? »

Cette formulation « appelle à se prononcer sur une politique du gouvernement qui est déjà à l’œuvre », a constaté mardi la chancelière allemande Angela Merkel.

Pour cette raison, elle ne s’attend à « aucun changement » après ce scrutin, qui ne sera valable qu’avec une participation de la moitié du corps électoral au moins.

Budapest estime que les quotas obligatoires de migrants, adoptés en septembre, violent sa souveraineté.

>> Lire : Le groupe de Visegrád rejette les quotas de migrants

Le Brexit et « l’exode » des réfugiés

Le gouvernement hongrois a déjà commencé sa campagne pour le non, agitant notamment le spectre de « terroristes » parmi les réfugiés. Des affiches appellent les électeurs à « envoyer un message à Bruxelles ».

Viktor Orbán ne plaide pas pour une sortie de la Hongrie de l’UE, mais, à l’instar d’autres pays de l’Est comme la Slovaquie et la Pologne, pour un retour à la compétence des Etats nationaux ainsi qu’une politique migratoire plus ferme.

>> Lire : La Hongrie qualifie la crise des réfugiés d’« exode massif »

Après le vote des Britanniques en faveur d’une sortie de l’UE, le Premier ministre hongrois avait estimé que la question des migrants avait été un élément clé du référendum et que « les Britanniques voulaient trouver un moyen de résister à cet exode des temps modernes ».

L’opposition socialiste a accusé mardi le gouvernement hongrois de « vouloir faire quitter l’Union européenne à la Hongrie » et d’utiliser « les mensonges les plus éhontés ».

La Commission européenne avait rappelé que la relocalisation a été décidé lors « d’un processus de décision sur lequel se sont accordés tous les États membres », et que ce plan était juridiquement contraignant. La Hongrie a porté plainte en décembre devant la justice européenne, tout comme la Slovaquie, dans l’espoir de se dégager de cette obligation.

En pratique, la relocalisation des réfugiés avance à petits pas. Sur les 160 000 demandeurs d’asile à répartir, seuls 2 783 l’avaient été au 1er juillet dans 19 pays de l’Union ainsi que la Suisse, selon les chiffres de la Commission européenne. La Hongrie, censée accueillir 1 294 réfugiés, fait partie des quelques pays n’ayant proposé aucune place d’accueil.

>> Lire : Bruxelles demande des explications à Budapest sur sa gestion des migrants

Les migrants condamnés

Quelques 400 000 migrants remontant la route des Balkans depuis la Grèce avaient traversé ce pays l’été dernier avant que le gouvernement de Vikor Orbán ne verrouille ses frontières, notamment au moyen de clôtures barbelées.

De nombreux demandeurs d’asile continuent néanmoins chaque jour d’essayer de franchir la clôture entre Serbie et Hongrie. Les auteurs de franchissement illégal sont poursuivis et condamnés. Plus de 4 000 condamnations ont été prononcées depuis l’été dernier.

Une nouvelle loi entrée en vigueur mardi autorise à reconduire à la frontière les migrants arrêtés dans un rayon de huit kilomètres sur le territoire hongrois.

Cette mesure risque de conduire à « l’expulsion forcée, sans respect des procédures légales » des migrants interpellés, a critiqué Rupert Colville, un porte-parole du Haut-Commissariat aux Réfugiés à Genève.

Compte-tenu « des centaines de personnes attendant déjà sur la bande de terre » entre Serbie et Hongrie, il craint une nouvelle dégradation de conditions « inhumaines » à cette frontière.

>> Lire aussi : L’Europe ne peut pas imposer à la Hongrie sa composition ethnique