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27/09/2016

La politique d’asile de l’Allemagne se contracte après les agressions de Cologne

Justice & Affaires intérieures

La politique d’asile de l’Allemagne se contracte après les agressions de Cologne

Heiko Maas (r) sieht "derzeit keinen Bedarf" für ein europäisches Terror-Abwehrzentrum

[Tagesspiegel]

Suite aux attaques perpétrées contre des femmes lors de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne, le gouvernement allemand veut réagir rapidement et durcir sa politique d’asile. Pendant ce temps, des violences physiques et verbales contre des migrants se multiplient. Un article d’EurActiv Allemagne.

Les événements qui se sont déroulés devant la gare de Cologne le soir du Nouvel An ne sont pas encore parfaitement clairs, pourtant, les responsables politiques veulent d’ores et déjà renforcer la politique d’asile ainsi que les systèmes policier et judiciaire. « Nous ne pouvons plus nous permettre de simplement discuter du problème », a affirmé le ministre de l’Intérieur allemand, Thomas de Maizière, le 11 janvier.

Selon lui, une « application rigoureuse des lois existantes, qui offrent beaucoup de possibilités, et le renforcement des lois » sont indispensables.

La coalition au pouvoir a organisé des discussions au Bundestag le 11 janvier, concernant la modification des lois. Pour Thomas Strobl, du CSU, les événements de Cologne les obligent à « réagir rapidement ».

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À Mayence, ce week-end, la CDU a déclaré que si des réfugiés ou demandeurs d’asile étaient impliqués dans ces violences, ils devraient être dépourvus de leur statut de protection et renvoyés dans leur pays.

« Je dois consulter le ministre de l’Intérieur pour savoir si nous pouvons renvoyer les criminels », a déclaré Heiko Maas, le ministre allemand de la Justice. Selon lui, il serait de mise d’étendre la vidéosurveillance.

Thomas De Maizière a déclaré au journal Frankfurter Allgemeinen que tout devait être fait pour que ces attaques ne se reproduisent pas : « cela passe pas plus d’éducation et de prévention, plus de caméras de surveillance dans les lieux publics, une présence plus forte de la police dans la rue et des sanctions rapides et sévères. »

Dans sa « déclaration de Mayence », la CDU a appelé à plus de sanctions pour ceux qui s’en prennent à la police et à des accords contraignants en matière d’intégration. La déclaration remet aussi en question, une fois de plus, la politique d’ouverture de la chancelière Angela Merkel.

Opposition interne

Le vice-chancelier et chef de file du SPD, Sigmar Gabriel, soutient quant à lui, un durcissement de la loi en question, afin que les criminels étrangers puissent être identifiés et renvoyés vers leur pays d’origine plus rapidement, même si une demande d’asile est en cours. Il est néanmoins conscient qu’il existe des obstacles à éliminer et d’autres facteurs à prendre en compte pour envisager cela. « Nous ne pouvons pas remettre un voleur au bourreau de son pays d’origine », a déclaré Sigmar Gabriel.

Ralf Stegner, également du SPD, refuse de modifier la loi, qui vient juste d’être renforcée. « Si des demandeurs d’asile se trouvent parmi les auteurs des attaques à Cologne, alors selon toute probabilité, nous serons capables de les identifier », estime-t-il.

Sanctionner les attouchements

En plus de modifier la politique d’asile, la coalition souhaite modifier la loi qui punit les délits sexuels. Cette dernière concerne cependant principalement les actes indécents ou obscènes, et a été bloquée plusieurs mois par la chancellerie. Le harcèlement ou les attouchements pourraient donc à l’avenir être punis d’un minimum de six mois de prison, si la victime s’est trouvée dans « l’incapacité de se défendre ».

« Les personnes qui ont commis ces délits sont presque exclusivement des immigrés », a affirmé Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le 11 janvier. C’est du moins ce qui a été rapporté par les témoins, la police de Cologne et les descriptions fournies par la police fédérale. Les auteurs des attaques ont été signalés comme étant des personnes « d’Afrique du Nord et des pays arabes ». Selon les informations recueillies par la police, certains d’entre eux seraient des demandeurs d’asile.

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Ralf Jäger a critiqué la manière dont la police a réagi aux événements de la gare de Cologne le soir de la Saint-Sylvestre. « L’image donnée par la police est inacceptable », a-t-il déclaré devant le parlement régional de Düsseldorf. Pour Heiko Maas, ministre de la Justice, les agressions ont été organisées et coordonnées.

Les menaces et violences à l’encontre des migrants se multiplient

À Cologne, plusieurs groupes de personnes s’en sont pris à des Syriens et des Pakistanais le 11 janvier. Le dimanche 10 janvier au soir, la police signalait l’agression de six Pakistanais. Deux d’entre eux ont été sévèrement blessés et ont dû être hospitalisés. Plus tard, cinq autres personnes ont été agressées et un Syrien de 39 ans a été blessé. La police a mené des contrôles de sécurité et a jusqu’à présent interrogé une centaine de personnes, dont deux ont été placées en garde à vue pour refus de coopération.

La police cherche à savoir si ces agressions sont liées à des motivations raciales ou aux violences perpétrées à Cologne.

Selon le Cologne Express, un groupe de délinquants se serait organisé via Facebook afin de se rendre « dans le centre de Cologne pour une ‘chasse à l’homme’ ». Leur objectif était de « bien nettoyer » la ville après les événements du Nouvel An, selon les informations obtenues sur un groupe Facebook privé. Un lien formel entre ce groupe et les agressions de ces derniers jours n’a pas encore été établi.

La police avait déjà dispersé une émeute orchestrée par le mouvement anti-islam Pegida après avoir été attaquée à plusieurs reprises par un groupe de quelque 1 700 personnes qui avaient blessé plusieurs policiers.

>> Lire : L’AfD et les islamophobes de Pegida entament un rapprochement en Allemagne

Le conseil central des musulmans s’est d’ailleurs plaint d’une augmentation du nombre de coups de téléphone de menace et de l’hostilité vis-à-vis des musulmans en général. « Nous sommes témoins d’une nouvelle dimension de haine », assure son président, Aiman Mazyek, au Kölner Stadtanzeiger.

Le désarroi des migrants

Le 10 janvier, des réfugiés ont écrit une lettre ouverte à la chancelière allemande, Angela Merkel. Ils y expriment leur horreur face aux agressions du Nouvel An à Cologne et dans d’autres villes allemandes. « Pour nous, la dignité d’un homme ou d’une femme est intouchable. Il s’agit évidemment de faire respecter la loi du pays », écrivent-ils.

« Nous sommes des réfugiés ayant fui la guerre, la terreur, les bombes, la répression politique et les agressions sexuelles », écrivent ces quatre hommes, dont un Pakistanais et un Syrien. « Nous sommes très heureux d’avoir enfin trouvé la sécurité en Allemagne. »