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26/09/2016

La République tchèque appelée à la solidarité face aux flux migratoires

Justice & Affaires intérieures

La République tchèque appelée à la solidarité face aux flux migratoires

Satire de l'hystérie anti-immigration

[Tjebbe van Tijen/Flickr]

Les appels se multiplient pour que la République tchèque prenne en charge sa part du problème de la migration, même si le pays n’est en première ligne face aux demandes d’asile. Un article d’EurActiv République tchèque.

Les conflits armés et l’instabilité politique de certains pays proches ont placé l’UE dans une situation nouvelle. Dans un contexte où des millions de migrants ne rentreront sans doute jamais chez eux, les pays qui accueillent les migrants sont débordés. Les frontières externes de l’UE devraient être confrontées à une pression migratoire croissante dans un futur proche.

Les Syriens sont dans la situation la plus critique. Il y aurait en effet environ 3 millions de réfugiés syriens dans les pays voisins, le Liban, la Jordanie, la Turquie, l’Irak, l’Égypte et les pays nord-africains. Nombre d’entre eux tentent d’atteindre l’Europe.

« Tous les États membres doivent se sentir concernés par l’immigration illégale dans l’UE, surtout ceux qui font partie de l’espace Schengen. Le problème est devenu européen, puisque nous avons accepté d’ouvrir nos frontières », rappelait à EurActiv République tchèque Rachida Dati, eurodéputée (PPE) et ancienne ministre de la justice en France.

La République tchèque a rejoint l’UE en 2004 et l’espace Schengen en 2007.

Certains États membres, comme l’Allemagne, pays qui reçoit le plus de demandeurs d’asile en Europe, appellent à plus de solidarité au sein de l’Union. Les États qui n’ont pas de frontières extérieures (à l’exception de leurs aéroports) ne sont pas préparés et craignent d’avoir à accueillir le flux de milliers de réfugiés. De fait, le sujet n’a pas encore fait l’objet d’un réel débat public au sein de la société tchèque, ce qui rend la situation incertaine.

>> Lire : L’Allemagne, destination de choix pour les migrants

Les personnalités politiques ne se sentent pas concernées

Bien que l’intégration d’étrangers (qui représentaient 4,1 % de la population en 2013) ait été une expérience positive pour le pays, les personnalités politiques ne s’intéressent pas à la crise de l’immigration actuelle. « Nous avons l’impression de ne pas être concernés parce que notre situation n’est pas la même que celle des Italiens, qui voient de leurs propres yeux des bateaux de migrants accoster les côtes tous les jours », dénonce l’eurodéputée tchèque Dita Charanzová (ALDE).

« Les personnalités politiques essaient d’éviter le sujet parce qu’elles ne savent tout simplement pas comment gérer la situation », estime quant à lui Radko Hokovský, directeur du groupe de réflexion European Values. Les événements récents nous montrent bien que cette situation n’est pas tenable au long terme.

« Tous les États membres doivent s’impliquer dans la gestion de la migration illégale en Europe », selon Rachida Dati. Les pays qui ne sont pas confrontés à des problèmes graves liés à la pression migratoire aujourd’hui ne seront pas pour autant épargnés à l’avenir, insiste l’eurodéputée. « En adhérant à Schengen, nous avons accepté tous ces avantages, à présent, nous devons aussi accepter les responsabilités qui y sont associées. Il serait injuste que seuls certains États doivent faire face aux faiblesses engendrées par le traité de Schengen », continue-t-elle.

La question de l’accueil des réfugiés syriens dans certains États européens pose aussi problème. La collaboration avec le programme de réinstallation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés n’est pas systématique. Le ministre tchèque de l’intérieur, Milan Chovanec, doute ouvertement de l’efficacité de ce programme. La semaine passée, il a déclaré que le pays n’était pas prêt à accueillir plus d’immigrés et n’accepterait pas de quota obligatoire. Le gouvernement préfère apporter une aide directe au Moyen-Orient, sous forme d’aide financière et de ressources, a-t-il expliqué.

>> Lire : La Commission va proposer aux Etats membres de répartir les migrants par quotas

Le fait que la République tchèque n’ait accueilli aucun réfugié syrien pour le moment est une honte, estimait l’eurodéputée verte allemande Ska Keller, au micro d’EurActiv. « La République tchèque devrait aussi aider les pays du sud de l’Europe, comme l’Italie et Malte, et accueillir des réfugiés. »

Ouverture d’un dialogue national

L’eurodéputé tchèque Tomáš Zdechovský (PPE) est persuadé que le pays devrait changer sa position sur la question. « L’immigration est un problème mondial. C’est une des priorités principales de l’UE pour les trois ans à venir. Nous faisons partie de l’Union, nous devons commencer à agir », affirme-t-il, avant d’ajouter qu’il n’était pas seulement question de quotas.

En République tchèque, on commence toutefois à aborder le sujet. La migration était par exemple l’un des thèmes principaux débattu par la Convention nationale, une réunion à laquelle participaient des acteurs nationaux clés organisée par le premier ministre Bohuslav Sobotka, dans le but de discuter des politiques à adopter en ce qui concerne l’UE.

La Convention Nationale a préparé une recommandation adressée au gouvernement au sujet de la gestion de l’immigration dans le futur.

« Si nous voulons nous considérer comme un membre à part entière de l’UE, un État égal et responsable, nous devons accepter que nous sommes concernés par la migration. Ne pas participer à sa gestion serait contraire au fondement de l’Europe », déclarait le secrétaire d’État aux affaires européennes, Tomáš Prouza, à EurActiv République tchèque.

« Nos priorités sont de coopérer avec des pays tiers, d’aider les réfugiés et de protéger les frontières extérieures », ajoute-t-il. L’accès à la libre circulation dans l’UE est aussi l’une des priorités à long terme du gouvernement tchèque. « La restriction de notre liberté à cet égard est inacceptable », rappelle Tomáš Prouza.

>> Lire : La Suède plaide en faveur d’un système européen d’asile