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24/01/2017

La Suède durcit sa politique d’asile

Justice & Affaires intérieures

La Suède durcit sa politique d’asile

Nouveaux arrivants à Waija. Vasternorrland, octobre 2015.

[atranswe/Flickr]

Face à la crise des réfugiés, Stockholm veut réduire drastiquement le nombre de demandeurs d’asile qui arrivent dans le pays et a donc décidé de modifier sa fameuse politique d’accueil très ouverte.

« Il est regrettable que la Suède ne puisse plus recevoir les demandeurs d’asile selon les standards élevés que nous avons appliqué jusqu’à présent », a assuré Stefan Löfven, le Premier ministre, lors d’une conférence de presse.

Il estime cependant que le nombre de demandeurs d’asile arrivant en Suède est insoutenable. Le gouvernement de gauche, une coalition comprenant les sociaux-démocrates et les écolos (Miljöpartiet), a décidé de changer les règles qui s’appliquent aux demandeurs d’asile, afin de ne respecter que les normes les plus basses imposées par l’UE.

>> Lire : La Suède plaide en faveur d’un système d’asile européen

Les autorités ne délivreront plus que des permis de résidence temporaire, par exemple, sauf pour les réfugiés accueillis dans le contexte des quotas européens. Le gouvernement souhaite également modifier les règles liées à la réunification familiale et aux aides sociales. Des exceptions seront faites pour les enfants et familles ayant déjà été enregistrés en Suède.

Des contrôles d’identité seront à présent menés dans les bus et les trains arrivant du Danemark. Le but de ces mesures est de forcer les autres États européens à faire plus d’efforts pour résoudre la crise des réfugiés, a déclaré le Premier ministre. Il a toutefois refusé de dire combien de demandeurs d’asile le pays pensait accueillir dans les prochaines années.

« Plus de personnes doivent faire une demande et être protégées dans d’autres pays », a-t-il assuré.

190 000 demandeurs d’asile

Pour l’ensemble de 2015, la Suède accueillera sans doute jusqu’à 190 000 demandeurs d’asile. C’est le pays d’Europe qui accueille le plus de migrants par habitant, et Stockholm a expliqué plusieurs fois que le pays ne pouvait plus garantir de logement pour tous les demandeurs. Malgré les changements de gouvernement, le pays n’a pas modifié sa politique généreuse d’accueil des réfugiés et migrants depuis des décennies.

Åsa Romson, la vice-Première ministre, du Miljöpartiet, était également présente lors de la conférence de presse. C’est en pleurant qu’elle a rappelé que son parti était connu pour son engagement auprès des réfugiés.

« Pour être franche, nous avons eu quelques discussions très houleuses au sein du parti à ce sujet. Ces deux dernières semaines, je me suis rendu compte que la meilleure façon d’aider mes collègues des municipalités était de prendre une mesure de ce type », a-t-elle expliqué.

 >> Lire : La Suède s’apprête à dissimuler ses centres de réfugiés

Les partis de droite ne devraient pas manquer d’apporter leur soutien à cette décision du gouvernement. Anna Kinberg Batra, qui dirige le Parti du rassemblement modéré, principale force de l’opposition, appelait déjà à une modification des politiques d’immigration. Elle estime également que l’UE devrait réduire la contribution suédoise au budget afin de compenser le coût de la crise des réfugiés en Suède.

Vers une fermeture des frontières ?

Le 11 novembre, la Suède, pourtant membre de l’espace Schengen, a réintroduit des contrôles temporaires aux frontières.

L’annonce des nouvelles règles sur l’asile en Suède a immédiatement entrainé une réaction en Norvège, également membre de Schengen. Le pays a décidé de mener également des contrôles sur tous les ferrys arrivant de la Suède, du Danemark et de l’Allemagne à partir du 26 novembre.

« Cette décision de la Suède aura des conséquences immédiates pour la Norvège », a expliqué Erna Solberg, la Première ministre norvégienne. « J’ai donc demandé au ministre de la Justice de prendre les mesures nécessaires. »

Au Danemark, Inger Støjberg, la ministre à l’Immigration, s’est dite particulièrement inquiète des contrôles d’identité dans les trains et les bus, puisque toute personne sans papiers sera renvoyée au Danemark.

>> Lire : Des systèmes d’asile toujours très inégaux en Europe

« Je peux garantir que je vais garder un œil sur la situation, afin de limiter le nombre de demandeurs d’asile au Danemark », a-t-elle déclaré.

Contexte

À l'exception de la Hongrie et d'autres anciennes républiques soviétiques, qui se sont opposées au plan, l'Union européenne a décidé de répartir 120 000 réfugiés parmi ses États membres. Une petite proportion par rapport aux 700 000 réfugiés qui, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), devraient atteindre les frontières de l'Europe cette année, en provenance d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient.

L'UE courtise également la Turquie avec des promesses d'argent, d'exemption de visa et de nouveaux chapitres dans les négociations d'adhésion pour qu'Ankara essaye de juguler l'afflux de réfugiés sur son territoire.

Prochaines étapes

  • 29 novembre : Rencontre entre l'UE et la Turquie sur le contrôle de la vague de migrants.