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25/08/2016

La Suède tente de décourager les candidats à l’émigration

Justice & Affaires intérieures

La Suède tente de décourager les candidats à l’émigration

Des réfugiés de moins en moins bienvenus, Malmö.

[News Oresund/Flickr]

L’image accueillante de la Suède parmi les réfugiés risque d’en prendre un coup. Le pays a instauré des contrôles d’identité stricts pour les voyageurs arrivants du Danemark.

Les pays scandinaves s’efforcent de se débarrasser de leur réputation de paradis des réfugiés. Ainsi, à partir du 3 janvier à minuit et pour la première fois depuis les années 1950, les voyageurs arrivant en Suède depuis le Danemark par bus, train ou bateau devront présenter une pièce d’identité avec photo, comme un passeport. Les compagnies de voyage qui n’instaurent pas de contrôles stricts seront pénalisées et les voyageurs qui ne sont pas en possession de pièces d’identité valables ne pourront pas traverser la frontière.

>> Lire : La Suède durcit sa politique d’asile

« Le gouvernement considère que la situation actuelle, soit l’arrivée d’un grand nombre de personnes dans un laps de temps réduit, menace sérieusement l’ordre public et la sécurité nationale », lit-on dans un communiqué du gouvernement suédois publié lors de l’adoption des mesures de contrôles aux frontières.

Cette décision marque un tournant dans la politique de la coalition au pouvoir, formée par le Parti social-démocrate et les Verts, qui s’est toujours targuée d’accueillir les personnes qui fuient la guerre et les persécutions en Asie et dans le Moyen-Orient.

« Mon Europe accueille les réfugiés qui fuient la guerre, elle n’érige pas de murs », avait encore martelé Stefan Löfven, le Premier ministre, à Stockholm le 6 septembre. Trois mois et environ 80 000 demandeurs d’asile plus tard, le ministre de l’Immigration a cependant admis devant le parlement que « le système ne suit pas ».

Près de 163 000 personnes ont introduit des demandes d’asile en Suède en 2015. Proportionnellement à la population, la Suède est donc le pays d’Europe qui reçoit le plus de demandes. L’automne dernier, les autorités enregistraient environ 10 000 demandes par semaine. Un chiffre que Stockholm voudrait à présent diviser par dix pour 2016.

Des contrôles temporaires aux frontières ont tout d’abord été mis en place au mois de novembre, mais la législation qui vient d’être mise en place restera valable trois ans. En annonçant son volte-face politique en novembre, Stefan Löfven avait fondu en larmes.

« Les contrôles aux frontières sont déjà en place, mais ils n’auront de vraie influence que quand la rumeur circulera parmi les réfugiés que la Suède n’accueille plus les demandeurs d’asile », explique le professeur Pieter Bevelander, qui dirige l’institut de Malmö pour l’immigration, la diversité et la protection sociale.

Environ 40 % des demandeurs d’asile présentent un passeport ou une autre pièce d’identité lors de leur arrivée, selon les autorités de l’immigration. Ce chiffre varie cependant beaucoup en fonction des pays d’origine. Parmi certains groupes, comme chez les jeunes Afghans, par exemple, très peu d’individus ont des papiers, poursuit Pieter Bevelander.

Des mesures difficilement applicables

On ne sait pas encore comment les contrôles aux frontières suédois seront appliqués. « Il sera intéressant de voir comment les transporteurs jugeront de la validité d’une pièce d’identité en pachtou ou en dari, surtout que selon le calendrier utilisé en Afghanistan nous sommes actuellement en l’an 1394 », souligne Viktor Banke, avocat spécialisé dans les demandes d’asile à Stockholm interrogé par le Svenska Dagbladet.

Le parti de gauche suédois, qui soutient traditionnellement le gouvernement a toutefois dénoncé la politique adoptée par Stockholm sur les réfugiés. Christina Höj Larsen, députée du parti, estime ainsi que la Suède a de quoi être fière de ce qu’elle a accompli, mais qu’il reste bien des efforts à faire. Selon elle, la Suède pourrait suspendre sa cotisation annuelle à l’UE, de plus de 4,3 milliards d’euros, étant donné le piteux état du partage de responsabilité sur le dossier des réfugiés au sein de l’union. « Des mesures législatives fortes existent pour les États qui ne respectent pas le cadre économique européen, mais quand il s’agit d’accords sur les droits de l’Homme, il n’y a pas de sanction », regrette-t-elle.

Effet domino ?

Les critiques craignent que le durcissement des politiques d’accueil engendre un « effet domino » entre les pays qui sont en compétition pour se défaire de leur bonne réputation auprès des réfugiés.

« Traditionnellement, la Suède est associée à des valeurs humanitaires et nous avons peur que les messages envoyés par Stockholm ne contredisent cette image », explique Anna Carlstedt, présidente de la Croix-Rouge suédoise, dont les employés et bénévoles sont en contact direct avec les migrants lors de leur arrivée.

D’autres pays scandinaves ont récemment annoncé leur intention de réduire également le nombre de réfugiés qui arrivent sur leur territoire.

>> Lire : La politique d’asile plus stricte en Suède n’entame pas le succès de l’extrême droite

Même tendance au Danemark et en Norvège

Lors de son allocution de Nouvel An, Lars Løkke Rasmussen, le Premier ministre danois, de centre-droit, a assuré que le pays était prêt à instaurer des mesures similaires à sa frontière avec l’Allemagne si les contrôles suédois entrainaient une hausse du nombre de demandeurs d’asile au Danemark.

Quelques jours plus tôt, il avait appelé à un débat sur une modification de la Convention de Genève si l’Europe ne parvenait pas à réduire rapidement le nombre de demandeurs d’asile.

>> Lire : Le Danemark réintroduit les contrôles aux frontières

Au Danemark, environ 18 500 demandes d’asile ont été enregistrées l’an dernier. En décembre, le gouvernement a annoncé que la police devrait pouvoir confisquer les objets de valeurs des réfugiés, qui contribueraient alors à couvrir le coût de leur accueil. Cette mesure, qui fait partie de 34 propositions censées durcir la politique d’asile, a été accueillie par une vague de protestation.

La semaine dernière, le gouvernement de droite de Norvège a également proposé un paquet de mesures qui rendrait la politique d’asile du pays « l’une des plus strictes d’Europe ». Plus de 35 000 demandeurs d’asile sont arrivés en Norvège l’an dernier, comparés à 11 500 l’année précédente.