La vision des élus français et allemands diverge sur l’avenir de l’Europe

À quoi ressemblerait une Europe dirigée par le couple franco-allemand? [Martin Schulz/Flickr]

Une nouvelle étude a mis en lumière les lignes de fractures entre élus français et allemands sur la question européenne. La création d’euro-obligations demeure un des principaux sujets de divergence.

Le 28 septembre, le Centre pour la Recherche économique en Europe (ZEW) a publié les résultats d’une enquête menée auprès des parlementaires français et allemands.

Si les élus des deux pays sont favorables à une Europe plus forte dans les domaines de la défense et de l’immigration, ils divergent sur la question de l’intégration de la zone euro, et notamment sur celle de la mutualisation de la dette.

« Une volonté commune des chefs d’État et de gouvernement semble également émerger au sommet de Bratislava, sous l’impulsion du couple franco-allemand, dans les domaines de la défense, de l’immigration, d’un plan d’investissement qui font aujourd’hui l’objet d’un consensus large. Cette adhésion des deux côtés du Rhin ouvre ainsi un avenir au projet européen », explique Pierre Boyer, professeur d’économie à l’École polytechnique et co-auteur de l’étude.

En règle générale, les parlementaires français sont plus enclins à accorder davantage de compétences à l’UE que leurs collègues allemands. Ceux-ci souhaitent particulièrement conserver la mainmise nationale dans des secteurs comme l’impôt, la politique salariale et le droit du travail.

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Les différences d’opinions sont bien présentes entre les mêmes familles politiques de part et autre du Rhin. Ainsi, les membres du parti conservateur allemand sont clairement contre l’introduction d’euro-obligations, alors que leurs homologues français sont moins unanimes.

L’idée des euro-obligations a été lancée pour la première fois par l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors en 1993, afin de financer le budget européen. La crise des dettes publiques de 2008 a remis un coup de projecteur sur cette idée de mutualisation des dettes européennes.

Mais l’Allemagne, craignant de devoir payer davantage avec l’introduction d’euro-obligations, a toujours été opposée à cette idée.

Compétences de l’UE

De leur côté, les  Français sont plus enclins à promouvoir l’intégration fiscale, et ce n’est pas un hasard. « Compte tenu des conditions défavorables du marché du travail français ainsi que de la fragile situation fiscale française, les parlementaires français sont plus sensibles aux bénéfices de la mise en place de mesures de solidarité », constate le professeur Friedrich Heinemann, co-auteur de l’étude et directeur du département de recherche Corporate Taxation and Public Finance du ZEW.

De la même manière, le programme de rachat d’actifs de la Banque centrale européenne, entre autres politiques monétaires, est approuvée en France, mais pas en Allemagne.

L’enquête donne donc des indications claires sur le potentiel et les limites de nouvelles initiatives de réformes franco-allemandes dans une Union européenne post-Brexit.

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Ces tendances ont été identifiées grâce aux réponses des 232 membres du Bundestag allemand, de l’Assemblée nationale et du Sénat qui ont participé à l’enquête réalisée entre avril et juillet par le ZEW, en collaboration avec l’École polytechnique et l’Université de Mannheim.

 

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