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02/12/2016

Le Conseil de l’Europe s’inquiète de l’accès à l’avortement en Italie

Justice & Affaires intérieures

Le Conseil de l’Europe s’inquiète de l’accès à l’avortement en Italie

Manifestation pour le droit à l'IVG, Milan.

[Madamepsychosis/Flickr]

L’Italie est à nouveau épinglée sur l’accès à l’interruption volontaire de grossesse par le Conseil de l’Europe. Un article d’EurActiv Italie.

Pour la deuxième fois, le Conseil de l’Europe a épinglé l’Italie sur la mauvaise application de la loi 194 de 1978, qui autorise l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Le comité des droits sociaux de l’organisation européenne a en effet jugé que les femmes italiennes souhaitant un avortement faisaient encore face à trop d’obstacles.

Conformément à la loi, les membres du personnel médical qui souhaitent ne pas participer à des IVG pour des raisons philosophiques ne sont pas obligés de le faire. Malheureusement, étant donné le nombre élevé de ces objecteurs de conscience, les structures médicales ne parviennent pas toujours à trouver assez de personnel pour assurer l’accès à l’IVG. En outre, les médecins qui pratiquent les avortements sont désavantagés « en termes de charge de travail, d’obtention de poste et d’opportunités professionnelles ».

Selon le dernier rapport annuel sur l’application de la loi 194, écrit en 2013, sept médecins sur dix sont objecteurs de conscience, avec une proportion de plus de 80 % chez les gynécologues de huit régions. Une tendance répartie dans tout le pays, puisque les gynécologues acceptant de pratiquer les IVG sont  seulement 6,7 % en Molise, 12,4 % en Sicile, 19,3 % dans le Lazio (région de Rome) et 7,1 % dans la province autonome de Bolzano. La loi sur l’IVG n’est donc applicable que dans 6 % des centres médicaux du pays.

Le comité des droits sociaux fait remarquer que le gouvernement italien n’a en outre « fourni pratiquement aucune indication contredisant les allégations du syndicat » qui avait démarré la procédure auprès du Conseil de l’Europe, le CGIL. La ministre de la Santé, Beatrice Lorenzin, s’est cependant déclarée ébahie des conclusions du Conseil de l’Europe et prête à approfondir le sujet grâce à des données récentes. « Il n’y a aucune violation du droit à la santé », assure-t-elle.

« C’est un verdict important, parce qu’il rappelle que la loi 194 doit être appliquée et ne peut pas rester qu’une mesure théorique », estime pour sa part Susanna Camusso, secrétaire générale de la CGIL. « Le système de santé national doit pouvoir garantir un service médical égal partout dans le pays, afin que les besoins légitimes des femmes soient respectés. Cette décision du Conseil de l’Europe confirme à nouveau que l’État doit être le garant du droit à l’interruption volontaire de grossesse libre et gratuite, pour que les femmes puissent choisir librement et sans discrimination de devenir mères ou non, en fonction des circonstances personnelles de chacune. »

L’IVG en danger en Europe

Le même problème se pose dans d’autres pays européens où l’avortement est légal, comme le Portugal, où il est en réalité presque impossible de se faire avorter.

En Pologne, des associations anti-avortement, appuyées par l’Église, ont proposé au parlement de durcir les règles d’accès à l’avortement, déjà très restreintes. Selon leur proposition, l’IVG serait interdite également en cas de viol ou de malformation du fœtus ; elle serait uniquement autorisée pour préserver la vie de la mère. Le texte porterait aussi la peine maximale pour la personne qui pratique l’avortement à 5 ans de prison, contre 2 ans actuellement.

>> Lire : L’Église catholique veut interdire l’avortement en Pologne

Le chef du parti conservateur au pouvoir PiS, Jaroslaw Kaczynski, et la Première ministre, Beata Szydlo, ont déjà exprimé leur soutien à ce projet qui, pour être débattu au Parlement, doit réunir encore 100 000 signatures.

Des milliers de Polonais se sont rassemblés à Varsovie le 9 avril pour manifester contre ce projet de loi. À l’étranger, des Polonais ont également été déposer des cintres, jadis utilisés pour pratiquer les avortement clandestins, devant les ambassades polonaises. Les militants ont également décidé de lancer leur propre collecte de 100 000 signatures, pour déposer une proposition de loi en sens inverse, libéralisant l’avortement jusqu’au troisième mois de la grossesse. Ils ont été rejoints par les épouses de trois anciens présidents polonais, Danuta Walesa, Jolanta Kwasniewska et Anna Komorowska, qui ont dénoncé le projet de loi dans une lettre ouverte rendue publique mardi.

>> Lire aussi : Des fonds européens financent une campagne anti-avortement en Hongrie (2011)