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24/07/2016

Le Danemark défend sa loi critiquée sur les objets de valeurs des réfugiés

Justice & Affaires intérieures

Le Danemark défend sa loi critiquée sur les objets de valeurs des réfugiés

Lars Løkke Rasmussen

[Venstre/Flickr]

Le 12 janvier, le Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen, a défendu la loi en cours de préparation, qui permettra aux autorités de confisquer aux réfugiés leurs objets de valeur pour payer les séjours dans les centres d’accueil.

La loi donne à la police danoise le droit de saisir l’argent ou les objets de valeur des demandeurs d’asile, si leurs biens dépassent 10 000 couronnes danoises, soit 1 340 euros. Les objets ayant une valeur sentimentale, tels que les bagues de fiançailles, ne seront pas saisis.

Durant une conférence de presse, Lars Løkke Rasmussen a déclaré que la loi était « la plus incomprise de l’histoire danoise », après la polémique qui a suivi l’annonce de la proposition.

La loi devrait être adoptée par le parlement danois le 26 janvier, puisque les libéraux au pouvoir ont le soutien du Parti conservateur, de l’alliance libérale, du parti populaire danois d’extrême droite, et des sociaux-démocrates.

« Quand vous écoutez le débat, vous avez presque l’impression qu’au moment de traverser la frontière, les gens seront pris par les pieds pour faire tomber les dernières pièces de leurs poches. C’est une image complètement déformée et fausse », a-t-il déclaré.

>> Lire : Le Danemark envisage de confisquer les biens des réfugiés

Le Premier ministre s’en est aussi pris aux médias étrangers en décembre, surtout aux Américains, qui ont comparé le Danemark à l’Allemagne nazie. Selon le chef du gouvernement, les Américains ne comprennent pas la société danoise. Aux États-Unis, les réfugiés sont livrés à eux-mêmes dès le premier jour, alors qu’au Danemark, les demandeurs d’asile reçoivent gratuitement un logement, de la nourriture, des soins de santé, une éducation et de l’argent de poche, a-t-il rappelé.

Certaines municipalités danoises disent dépenser plus de 100 000 couronnes danoises par demandeur d’asile chaque année. En 2015, le Danemark a reçu près de 18 000 demandes d’asile, principalement de la part de Syriens, et devrait en recevoir entre 20 000 et 25 000 en 2016.

>> Lire : Le Danemark réintroduit les contrôles aux frontières

Pour la ministre de l’Immigration, Inger Støjberg, la nouvelle loi est « juste » puisqu’elle place les réfugiés sur le même pied d’égalité que les familles danoises qui ne peuvent pas subvenir à leurs propres besoins puisque leurs salaires et capitaux sont déduits de l’aide financière qui leur est octroyée.

« On ne peut vraiment pas comparer les gens qui bénéficient de ces aides aux réfugiés », s’est indigné Jens Rhode, eurodéputé danois qui a quitté les Libéraux pour rejoindre les rangs du parti social-libéral à Noël en signe d’opposition à cette loi. « Ce n’est pas digne du Danemark. Ce n’est pas digne des gens. Ce n’est pas digne des réfugiés, de prendre leurs objets de valeurs. »

« Si seulement nous avions pu éviter cette discussion », soupire Naser Khader, un homme politique conservateur d’origine syrienne. « Si un réfugiés a de l’argent, nous ne devrions pas payer pour lui. S’il n’en a pas, l’État le prendra en charge. »

Lars Løkke Rasmussen a défendu la proposition en expliquant que le pays avait adopté une position sévère sur l’immigration il y a déjà des années et introduira bientôt des mesures encore plus strictes.

« Nous sommes témoins de situations qui nous brisent le cœur, confrontés à des gens qui ont perdu des membres de leur famille lors des guerres. Certains ont également vécu des choses terribles en chemin vers le Danemark. Donc on se dit qu’on doit ouvrir notre porte et les aider. Mais si, année après année, nous devons accueillir un nombre aussi élevé de migrants, cela nous mettra en difficulté et changera notre société de matière permanente », a déclaré le Premier ministre à l’agence de presse Ritzau. « Nous devons donc gérer la situation d’une manière qui nous permette de respecter nos engagements internationaux et nos normes humanitaires propres. »

Le premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, a déjà annoncé que l’exécutif se pencherait très probablement sur la loi pour assurer qu’elle respecte le droit européen.

En France, la proposition de loi a également soulevé l’indignation du Parti socialiste, qui a dénoncé « une forme de racket officiel sur des populations démunies qui demandent aide et assistance ».

« Le Parti socialiste s’insurge de voir un tel projet de loi, fondamentalement contraire aux valeurs fondatrices de l’Union européenne, aujourd’hui débattu au sein du parlement d’un État membre » ont dénoncé Maurice Braud, secrétaire national à l’International et Philip Cordery, secrétaire national à l’Europe. Ils ont également appelé « les institutions de l’Union, particulièrement la Commission européenne, à la plus grande vigilance en ce domaine ».

>>Lire aussi : La Suède tente de décourager les candidats à l’émigration

Contexte

Au grand dam de la Hongrie et d'autres anciennes républiques soviétiques, qui se sont opposées au plan, l'Union européenne a décidé de répartir 120 000 réfugiés parmi ses États membres. Cela ne représente qu'une petite portion des 700 000 réfugiés qui, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), devraient atteindre les frontières de l'Europe cette année, en provenance d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient.

L'UE courtise également la Turquie avec des promesses d'argent, d'exemption de visa et de nouveaux chapitres dans les négociations d'adhésion pour qu'Ankara essaye de juguler l'afflux de réfugiés sur son territoire.

Prochaines étapes

  • 26 January: Danish parliament expected to approve controversial jewelry bill.

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