EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

29/08/2016

Le Danemark réintroduit les contrôles aux frontières

Justice & Affaires intérieures

Le Danemark réintroduit les contrôles aux frontières

Le pont Øresund relie le Danemark et la Suède.

[European Roads/Flickr]

Alors que la Suède impose officiellement des contrôles d’identité sur le pont Øresund, qui relie le Danemark et la Suède, le Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen a déclaré le 14 décembre que son pays allait introduire des contrôles à ses frontières avec l’Allemagne. Les contrôles seront concrètement rétablis à partir du 4 janvier.

Afin de juguler l’afflux de demandeurs d’asile, la Suède a introduit des contrôles aux frontières sur le pont Øresund en novembre dernier. À partir de l’année prochaine, le pays scandinave veut aller encore plus loin en effectuant des contrôles d’identité, et en renvoyant les sans-papiers au Danemark.  

La ministre danoise de l’Immigration, Inger Støjberg, estime que huit demandeurs d’asile sur dix voulant se rendre en Suède devront rester sur le sol danois. Lars Løkke Rasmussen envisage donc d’imposer des contrôles aux frontières avec l’Allemagne pour décourager les demandeurs d’asile de se rendre au Danemark dès le début.

Ces derniers mois, des contrôles aux frontières ont été mis en place chez tous les voisins du Danemark : Norvège, Suède, et Allemagne.

>> Lire : L’Allemagne rétablit à son tour le contrôle aux frontières

Les contrôles aux frontières internes ne sont théoriquement pas autorisés en vertu de l’accord de Schengen, mais de nombreux États membres ont récemment introduit cette mesure de manière temporaire, invoquant l’urgence de la situation liée à la crise des réfugiés.

Lors d’une conférence de presse, le Premier ministre danois a déclaré que son pays devait « désormais faire face à la situation fâcheuse déclenchée par la Suède ».

« C’est une situation très triste. Les Suédois ont décidé d’ajouter aux contrôles aux frontières déjà mis en place un contrôle d’identité », a-t-il précisé.

En plus d’accroître le nombre de demandeurs d’asile au Danemark, les contrôles d’identité du côté suédois du pont Øresund vont aussi nuire à la coopération qu’ont construit les deux voisins dans la « région Øresund », qui inclut Copenhague, et la troisième plus grande ville de Suède, Malmö, selon Lars Løkke Rasmussen.

« Nous avons dépensé des milliards pour mettre en place l’infrastructure de la région Øresund et promouvoir la cohérence de cette zone. En introduisant des contrôles d’identité, les Suédois divise à nouveau cette région en deux moitiés », a ajouté Lars Løkke Rasmussen.

Environ 30 000 personnes traversent le pont Øresund chaque jour. Étant donné que les nouvelles mesures allongeront le temps de traversée du pont, le Premier ministre danois craint que le système du trafic routier s’effondre.

La Suède a fait volte-face dans sa politique étrangère en novembre, quand le gouvernement a annoncé qu’il n’accorderait plus que des cartes de séjour temporaires aux demandeurs d’asile et respecterait les normes minimales des lois européennes et internationales en matière de réfugiés.

>> Lire : La Suède durcit sa politique d’asile

Ce changement de politique est survenu après que l’Agence suédoise pour la migration a estimé que la Suède recevrait environ 200 000 demandes d’asile en 2015, donnant ainsi au pays le titre de destination privilégiée dans l’UE.

Ce tournant dans la politique suédoise a conduit 395 demandeurs d’asile à dépose une demande en Suède en octobre, un chiffre qui est passé à 627 en novembre.

De récentes données de l’Agence de l’ONU pour les réfugiés suggèrent que 50 % des réfugiés syriens qui arrivent en Grèce déclarent que l’Allemagne est le pays où ils préfèreraient se rendre. La Suède occupe la seconde place avec 13 %, suivie par le Danemark, avec 5 %.

Au Danemark, en Norvège et en Finlande, où les gouvernements sont en faveur de règles strictes concernant l’immigration, la Suède est accusée d’avoir attiré les réfugiés dans toute la région nordique. La région est maintenant celle qui accepte le plus grand nombre de demandeurs d’asile de toute l’UE.

En Suède, toutefois, le gouvernement accuse les pays européens, dont le Danemark, de ne pas avoir voulu prendre leurs responsabilités dans la crise des réfugiés.

>> Lire : Les libéraux ont mis en place un gouvernement fragile au Danemark

Contexte

Au grand dam de la Hongrie et d’autres anciennes républiques soviétiques, qui se sont opposées au plan, l’Union européenne a décidé de répartir 120 000 réfugiés parmi ses États membres. Cela ne représente qu’une faible partie des 700 000 réfugiés qui, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), devraient atteindre les frontières de l’Europe cette année, en provenance d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient.

L’UE courtise également la Turquie avec des promesses d’argent, d’exemption de visa et de nouveaux chapitres dans les négociations d’adhésion pour qu’Ankara essaye de juguler l’afflux de réfugiés sur son territoire

Prochaines étapes

  • 4 janvier 2016 : La Suède introduit des contrôles d’identité