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30/09/2016

Le débat sur le burkini ravit l’extrême-droite européenne

Justice & Affaires intérieures

Le débat sur le burkini ravit l’extrême-droite européenne

La mairie de Cannes a interdit le port du burkini sur les plages.

[Taco Ekkel/Flickr]

La polémique burkini ne prend pas hors de l’hexagone, si ce n’est à l’extrême-droite.

La plupart des capitales européennes, Londres en tête, se gardent bien de commenter le débat français entourant le burkini. Même les candidats du parti de droite UKIP, dirigé par Nigel Farage, ont assuré ne pas être en faveur de l’interdiction du maillot couvrant, de peur d’être taxés de populisme et de racisme. L’utilisation du burkini reste en effet trop marginale en Europe pour que les personnalités politiques risquent un débat sur la liberté de religion.

Quelques centaines de personnes ont néanmoins exprimé leur intention de participer à une manifestation organisée par un groupe contre le racisme, et se rejoindront devant l’ambassade française à Londre le 26 août pour protester contre l’interdiction de porter le burkini.

Le 25 août, le maire de Londres, Sadiq Khan, s’est déclaré opposé à l’interdiction de porter le burkini, à quelques heures de sa rencontre avec son homologue parisienne, Anne Hidalgo. « J’estime que personne ne peut dire aux femmes ce qu’elles peuvent et ne peuvent pas porter. C’est aussi simple que cela. », a-t-il déclaré.

Les extrêmes à la charge

Toujours au diapason du Front National, Geert Wilders, du Parti pour la liberté néerlandais, qui s’est associé avec l’extrême droite française au Parlement européen, s’est quant à lui félicité de l’interdiction du port du burkini et de son application sur les plages françaises, qu’il trouve « fantastique ». Lors d’une interview, le dirigeant du parti antimusulman a également comparé le port de ce maillot couvrant le corps à l’affichage d’un svastika nazi.

Le gouvernement néerlandais a pourtant d’ores et déjà écarté la possibilité de copier l’interdiction française, qu’il qualifie de « bizarre ».

En Allemagne, le débat fait également rage depuis que certaines villes a ont proscrit le burkini dans les piscines publiques, arguant qu’il s’agissait d’une question d’hygiène et de confort pour les autres nageurs.

L’utilisation du burkini y a pourtant été entérinée par le tribunal de Francfort en 2013, comme la meilleure option pour les jeunes musulmanes devant suivre un cours de natation. L’Union chrétienne-démocrate, au pouvoir, a par ailleurs proposé l’interdiction, au niveau national, de tout vêtement qui couvre le visage – une proposition qui ne concerne donc pas le burkini, qui ne couvre pas le visage, les mains et les pieds.

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C’est en Italie que le débat approche le plus celui qui secoue la France. Plusieurs municipalités côtières y ont également proscrit le fameux burkini, et la controverse y alimente la presse depuis quelques semaines.

Sans surprise, la polémique française suscitée par les arrêtés interdisant « le vêtements religieux » (entendez « burkinis ») est alimentée par les personnalités habituelles de la droite et de l’extrême droite, qui sont cependant reprises par le PS. Au grand dam des détracteurs de l’interdiction, qui invoquent le droit des femmes à disposer librement de leur corps et dénoncent l’obligation de se dévêtir en public.

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Ainsi, le Premier ministre, Manuel Valls, a dénoncé une « vision archaïque » de la femme et de son statut dans l’espace public, avant d’assurer que « la République d[evait] se défendre » contre ces « provocations » de la part des extrémistes. Une formulation qui n’est pas sans rappeler le tweet de Marion Maréchal-Le Pen.

Alors que le port du burkini est encore extrêmement marginal, en France et ailleurs, son interdiction et l’agressivité ceux qui se disent défenseurs de la laïcité doivent cependant être considérés dans le cadre de la crise migratoire, des attentats terroristes en France et d’une montée en puissance des extrêmes en Europe.

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Le burkini de plus en plus en vogue

Le terme « burkini » a été inventé par Aheda Zanetti, une citoyenne australienne d’origine libanaise, qui a produit le vêtement pour assurer aux musulmanes la possibilité d’aller à la plage et de nager, comme tout le monde. « J’ai créé le burkini pour donner davantage de liberté aux femmes, pas pour les en priver », assure-t-elle aujourd’hui, un peu secouée par la controverse française.

Contrairement à la burqa, le burkini ne couvre pas le visage. Porter un burkini revient donc à être habillée et à porter un hijab, un voile qui ne couvre que les cheveux.

Si ce maillot de bain couvrant a été imaginé pour les musulmanes pratiquantes, elles ne sont pas les seules à s’en vêtir. Aheda Zanetti reçoit en effet beaucoup de commandes de femmes qui souhaitent avant tout se protéger du soleil. Les ventes n’ont jamais été aussi bonnes que depuis la médiatisation de la polémique.

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