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01/10/2016

Le Front national désarçonné après les attentats en France

Justice & Affaires intérieures

Le Front national désarçonné après les attentats en France

Aymeric Chauprade, capture de vidéo du 15/01 au Parlement européen

Des analyses diamétralement opposées sont émises par les élus du parti d’extrême-droite, qui peine à prendre une posture sur le sujet du terrorisme. Le député européen Aymeric Chauprade a été limogé de son poste de conseiller de Marine Le Pen après avoir appelé à la « désislamisation de la France ».

Les attentats terroristes ont modifié la perception de l’exécutif des Français : la cote popularité de François Hollande a grimpé de 19 à 40 %, celle de Manuel Valls de 45 % à 61 %. Le chef de l’État a regagné en crédibilité après être apparu en tant que chef des armées, et rassembleur de ténors politiques lors de la marche du 11 janvier aux côtés d’une cinquantaine de chefs d’État.

En revanche, l’extrême-droite apparaît désarçonnée. Le Front national qui avait obtenu en mai dernier le score le plus important du scrutin, avec 25 % des suffrages, peine à se positionner sur le sujet de la menace terroriste.

La diffusion, le 9 janvier à 17 h, alors même que les forces de l’ordre prenaient d’assaut à la fois les deux assassins de Charlie Hebdo retranchés en province et un preneur d’otage dans une épicerie casher à Paris, d’un slogan de Marine Le Pen « Keep calm & Vote Le Pen », est mal passée.

La participation du parti à la marche en hommage à Charlie Hebdo le 11 janvier a aussi fait polémique. Marine Le Pen a tenté de se poser en victime en prétendant n’avoir pas été « invitée », avant d’organiser sa propre marche dans le Sud de la France, à Beaucaire dans le Gard. Un échec patent.

«On sent que le Front national n’est pas à l’aise, il n’a pas su trouver une posture. L’exécutif a trouvé les mots tout de suite et a su poser des actes et discours forts, de même pour l’opposition qui a joué l’unité nationale à fond. En revanche, l’extrême-droite s’emmêle en tentant de se raccrocher à ses thèmes favoris comme le choc des civilisations » constate Bruno Cautres, spécialiste de la vie politique française au Cevipof.

Un député européen désavoué après un appel à la lutte pour la désislamisation de la France

Et le 20 janvier, nouvel accroc avec la décision de Marine Le Pen d’évincer le député européen Aymeric Chauprade de son poste de « conseiller aux Affaires internationales ». Le député européen avait mis en ligne, le 15 janvier, une vidéo (photo) intitulée « La France est en guerre », tournée au Parlement européen durant la session parlementaire, dans laquelle il affirme que « les racines de la violence et du totalitarisme se trouvent dans l’islam même ».

« Nous devons engager la lutte pour la désislamisation de la France » indique-t-il dans cette vidéo tandis que les députés européens de tout bord passent derrière lui. Reprenant la thèse du choc des civilisations, il y développe l’idée qu’entre 15 % et 25 % des musulmans seraient tentés par les thèses radicales « soit près d’un million en France ».

Le député s’était déjà fait remarquer au travers d’un texte publié cet été dans lequel il appelait à éliminer les candidats au djihad.

>>Lire : Un eurodéputé appelle à éliminer les djihadistes français

Des analyses diamétralement opposées au sein du FN

Dans le même temps, Marine Le Pen a tenté de prendre une position diamétralement opposée. Dans une tribune publiée par le New-York Times et dans une interview au Wall Street Journal le 20 janvier, elle affiche un discours modéré, appelant à faire la différence entre islam et islamisme – une analyse exactement inverse, qui s’inscrit dans le souhait de normalisation de la dirigeante du parti. 

Loin de renier la position de son collègue limogé, la seule députée FN de l’Assemblée nationale, Marion Maréchal-Le Pen, a au contraire recommandé le lien vers sa vidéo le mardi 21 janvier à ses 49.000 abonnés sur Twitter.

« La France est en guerre », l’analyse d’@a_chauprade sur les attaques terroristes : http://t.co/dmoDqZBdFk

Marion Le Pen (@Marion_M_Le_Pen) 20 Janvier 2015

La réponse de l’UE au terrorisme, une clé à moyen terme

Mais les couacs de court terme pourraient ne pas durer. « A moyen terme, l’inquiétude face au terrorisme pourrait bénéficier au FN si la France et l’UE ne proposent pas de réponse, si les États et le Parlement européen continuent de se renvoyer la balle sur le PNR par exemple » estime Bruno Cautrès. Les informations sur les passagers des compagnies aériennes font l’objet d’un vif débat entre Etats et Parlement depuis plusieurs années.

>>Lire aussi : Donald Tusk presse le Parlement d’accepter un PNR européen

Contexte

Né dans les années 1970 à partir d'une myriade de courants d'extrême-droite rassemblés autour de Jean-Marie Le Pen, le Front national a toujours connu des courants très distincts en son sein. La stratégie de normalisation entreprise par Marine Le Pen depuis qu'elle a pris la présidence du pari s'inscrit dans celle des autres parti européens d'extrême-droite, qui plaident pour un "welfare chauvin", soit un Etat protecteur, mais seulement pour une partie de la population. Marine Le Pen tente de s'éloigner des thèses ou propos racistes émises par d'autres partis européens ou à l'intérieur de son propre parti, notamment dans la perspective des élections présidentielles de 2017 en France.