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23/01/2017

Le gouvernement allemand refuse de s’occuper du racisme institutionnel

Justice & Affaires intérieures

Le gouvernement allemand refuse de s’occuper du racisme institutionnel

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[Eoghan OLionnain/Flickr]

Le gouvernement allemand ne voit aucune raison de prendre au sérieux les accusations de racisme institutionnel formulées à l’encontre des agences publiques et des forces de police. Les défenseurs des droits de l’Homme sont de plus en plus inquiets. Un article du Tagesspiegel.

Le gouvernement allemand assure que le racisme n’existe pas dans les agences gouvernementales et institutions d’État. Les cas dont il a été fait état « ne constituent pas de base pour la détection d’un problème structurel », a indiqué le gouvernement en réponse à une question du groupe du parti de gauche au parlement national.

Ils se réfèrent tous « à des mesures policières qui ont été subjectivement qualifiées d’injustifiées », ajoute le gouvernement. L’identité des personnes impliquées dans « des cas spécifiques » pourrait porter à croire « à tort » que ces personnes n’ont attiré l’attention de la police qu’à cause de leur couleur de peau ou d’autres caractéristiques physiques, estime le gouvernement.

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Critiques de l’ONU sur le cas Sarrazin

L’Allemagne a été accusée de ne pas lutter efficacement contre le racisme à de multiples reprises par la commission de l’ONU sur le racisme. Ce fut notamment le cas lorsque Thilo Sarrazin, politicien socialiste (SPD), économiste et banquier, fut contraint de quitter son poste à la Banque fédérale d’Allemagne en 2010, suite à la parution de son livre, dans lequel il critique l’immigration musulmane. Lors de sa comparution devant les tribunaux pour des remarques sur les Berlinois d’origine turque ou arabe, l’ONU avait déjà critiqué l’absence d’un cadre législatif permettant de poursuivre les actes racistes en Allemagne.

Plus récemment, la commission des Nations unies sur l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a publié une communication soulignant son inquiétude. Cette communication se réfère au cas des meurtres en série du NSU (national socialist underground), lors desquels un trio néo-fasciste allemand a assassiné une dizaine d’immigrants, principalement d’origine turque. « Les autorités publiques [négligent] toujours de reconnaitre leurs propres incompétences systématiques, ainsi que les motivations racistes des crimes », déplore l’ONU. « Derrière cet échec se cache peut-être un racisme institutionnel. »  « Même le rapport de la commission d’enquête parlementaire chargée de se pencher sur les manquements de l’État ne mentionne spécifiquement ni la discrimination raciale ni les motivations racistes des meurtres commis. D’une manière globale, tous les éléments semblent indiquer que la cause réelle de ces problèmes est une discrimination structurelle », jugent les spécialistes de l’ONU.

Le gouvernement défend son rapport sur le NSU

Dans sa réponse à l’enquête de l’ONU, le gouvernement affirme qu’il n’y a pas lieu de prendre des mesures et se justifie en citant le rapport de la commission parlementaire, celui-là même qui s’est attiré les critiques des Nations unies. « En ce qui concerne l’évaluation des manquements dans l’enquête sur les actions du National Socialist Underground (NSU), le gouvernement allemand se positionne sur la base des résultats de la commission d’enquête. Dans une évaluation conjointe (qui compte 47 recommandations), la commission n’a pas trouvé de trace de racisme structurel/institutionnel au sein des autorités menant l’enquête », souligne le gouvernement.

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Augmentation des plaintes pour profilage racial

En ce qui concerne les mesures et comportements racistes non liés au NSU, les individus concernés, comme le gouvernement les appelle, ne sont plus uniquement « subjectivement » convaincus que cette discrimination existe puisque, dans de nombreux cas de profilage racial, les tribunaux ont tranché en leur faveur. La police fédérale fait d’ailleurs actuellement recours à un jugement en faveur d’un couple à la peau sombre de Mainz. Lors d’un contrôle dans un train, les policiers n’ont abordé qu’eux. Ce genre de contrôle fondé sur des caractéristiques physiques, par la police, mais aussi par d’autres représentants de l’État, constitue une discrimination officielle à l’encontre des habitants à la peau sombre.

Cette situation a été à nouveau projetée sous les feux de la rampe lors d’un procès intenté par Derege Wevelsiep, un ingénieur de Francfort, qui a été frappé à plusieurs reprises lors d’une vérification de billets. Le député social-démocrate Karamba Diaby, de la ville de Halle, élu en 2013, est le premier parlementaire allemand noir. Il s’est récemment adressé au Parlement pour raconter son parcours, soulignant la honte et résignation qui dissuadent souvent les victimes de porter plainte contre le profilage racial.

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L’histoire allemande ne doit pas être oubliée

Sevim Dagdelen, député du parti de gauche, juge « catastrophique que le gouvernement ne soit pas disposé à combattre le racisme et le racisme institutionnel, étant donné la vague de violences racistes croissante en Allemagne ». « C’est extrêmement dangereux, surtout dans le contexte de l’histoire de l’Allemagne », estime-t-elle.

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Cet article est initialement paru sur le Tagesspiegel.

Contexte

Depuis plusieurs mois, les Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident, Pegida, selon l'acronyme allemand, manifestent contre l'« infiltration étrangère » de la société allemande causée par l'Islam.

Le mouvement fait également campagne contre les demandeurs d'asile, les politiques allemandes et européennes vis-à-vis de la Russie et les médias.

La plus grande manifestation organisée par Pegida a rassemblé 18 000 participants et s'est déroulée à Dresde à la fin du mois de décembre.

Les organisateurs et les sympathisants du mouvement le considèrent comme un « mouvement citoyen » et se distancient publiquement des groupes d'extrême droite. Ils revendiquent utiliser l'« idée chrétienne de l'homme », mais des personnalités de l'Église les ont accusés de « racisme déguisé en religion ».

Pegida surfe sur la peur du terrorisme islamiste pour diffuser un sentiment général défavorable aux réfugiés et aux étrangers. L'alliance qualifie toutefois ces descriptions de « campagne de diffamation ».

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