Le groupe de Visegrad oppose un refus sans appel aux quotas de réfugiés

Réunion du Conseil européen [Conseil]

Pologne, Hongrie, Slovaquie, et Tchèque République ont encore rejeté l’idée d’un système de répartition obligatoire des réfugiés. Un refus qui réduit encore les chances de trouver un accord européen lors du Sommet du 23 septembre. 

La décision du groupe de Visegrad, réuni à Prague le 21 septembre, de rejeter le système de quotas de la Commission est un coup dur à la veille du sommet extraordinaire (le 23 septembre), qui risque, encore une fois, de donner au monde l’image d’une UE désunie depuis que des réfugiés ont commencé à arriver en masse en Europe au début du printemps.

La réunion ministérielle à Prague est une initiative de Jean Asselborn, le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, pays qui détient actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE.

Le 4 septembre, les dirigeants des pays de Visegrad s’étaient rencontrés à Prague. Dans une déclaration commune, ils ont appelé à « préserver le caractère volontaire des mesures de solidarité de l’UE » et affirmé que « toute proposition menant à l’introduction de quotas permanents et obligatoires par mesure de solidarité serait inacceptables ».

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S’adressant à Bruxelles, le gouvernement tchèque a soutenu que les quotas obligatoires étaient illégaux et qu’il porterait l’affaire devant la Cour européenne de justice au Luxembourg.

La Roumanie a adopté un point de vue semblable à celui du groupe de Visegrad. Les pays d’Europe centrale et orientale prétendent que les quotas attireront plus de migrants en Europe et bouleverseront leurs sociétés – ces anciens pays communistes n’étant pas habitués à l’immigration de masse, ni au multiculturalisme dans un contexte post Seconde Guerre mondiale.

Jean Asselborn a reconnu que les négociations de Prague avaient échoué et a ajouté que les États membres avaient encore 20 heures avant le sommet pour parvenir à un accord.

Le ministre du Luxembourg est très peu apprécié en Hongrie depuis qu’il a déclaré que l’Europe devait « avoir honte » du Premier ministre hongrois, Viktor Orban, et de façon de gérer la crise des réfugiés.

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Le parlement hongrois a adopté une loi le 21 septembre qui autorise le gouvernement à déployer son armée aux frontières et à utiliser des armes non létales, telles que des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes, contre les réfugiés.

La présidence du Luxembourg tente d’aider le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre du Luxembourg, qui persiste à vouloir instaurer un système de quotas pour partager le fardeau de la crise des réfugiés.

Il est toutefois peu probable que sa proposition de redistribuer 160 000 migrants actuellement en Grèce, en Italie et en Hongrie dans le reste de l’UE, soit acceptée au niveau européen. Un projet similaire de redistribution de 40 000 migrants ne s’était pas concrétisé et a été transformé en un système volontaire, dont l’objectif n’a même pas été atteint.

Frontex, l’agence de gestion des frontières extérieures de l’UE, a affirmé que 500 000 personnes étaient sur le point de quitter la Turquie pour se rendre dans l’Union européenne. Un chiffre qui paraît gigantesque à côté du niveau d’ambition de la Commission de relocaliser 160 000 migrants.

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Par ailleurs, même si les États membres acceptent d’accueillir des réfugiés sur une base volontaire, reste à savoir comment les faire rester dans des pays comme les pays baltes ou la Bulgarie quand on sait que les migrants veulent à tout prix s’installer en Allemagne, en Suède ou en Norvège.

Le sommet aura pour objectif de discuter de la création d’une liste « de pays d’origine sûrs », qui permettra aux pays européens de renvoyer les migrants économiques dans leur pays d’origine. Les dirigeants européens devraient aussi parler d’une aide aux Balkans occidentaux, pour empêcher les immigrants de traverser les frontières de l’UE, ce qu’ils ont fait jusqu’à présent.

Dans son discours sur l’état de l’Union du 9 septembre, Jean-Claude Juncker a menacé les Balkans occidentaux de la perte de leur statut de candidat à l’UE s’ils ne jouaient pas le jeu et n’assumait pas leurs responsabilités en tant que « pays sûrs ».

Théoriquement, les immigrants devraient être placés dans des centres où ils demanderaient l’asile et attendraient d’être relocalisés, dans des pays candidats à l’UE ou même en Afrique du Nord. En pratique, il est toutefois difficile d’imaginer jusqu’à quand ce processus continuera, surtout quand le nombre de nouveaux arrivants dépassera de loin celui des personnes pouvant être relocalisées. 

Réactions

Le 21 septembre, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon a demandé aux dirigeants européens de s’assurer que les réfugiés et migrants étaient traités correctement, puisque nombreux sont ceux qui ont enduré des voyages pénibles pour fuir la persécution, le conflit ou les abus des droits humains.

« Le secrétaire général s’inquiète de plus en plus de la fermeture de certaines frontières en Europe, du manque de centres d’accueil adéquats et de la criminalisation des migrants et demandeurs d’asile en situation irrégulière », a déclaré le porte-parole de Ban Ki Moon, Stephane Dujarric.

Ban Ki Moon encourage tous les dirigeants européens à faire preuve de leadership et de compassion, a souligné le porte-parole. Le secrétaire général de l’ONU organisera une réunion le 30 septembre pour discuter des défis que représente la crise des réfugiés. 

Prochaines étapes

  • 23 septembre : les dirigeants européens se réunissent à Bruxelles pour un sommet extraordinaire sur la crise des réfugiés.