EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

30/09/2016

Le mini-Schengen, solution de dernier recours pour les États membres

Justice & Affaires intérieures

Le mini-Schengen, solution de dernier recours pour les États membres

Les Pays-Bas ont lancé l'idée d'un mini-Schengen.

L’idée d’un « mini-Schengen » lancée par les Pays-Bas ne plait que moyennement aux États membres, qui admettent pourtant qu’il pourrait s’agir d’une solution de dernier recours.

En novembre 2015, La Haye a commencé à envisager la création d’un « mini-Schengen », une zone sans frontière plus restreinte composée des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg, de l’Allemagne et de l’Autriche. Selon le document néerlandais, les membres de ce nouvel espace Schengen collaboreraient étroitement et contrôleraient les frontières externes de manière plus efficace, ce aui permettrait de limiter le nombre de migrants.

La presse a ensuite rapporté que Berlin serait favorable à une version un peu agrandie de cet espace, qui inclurait alors la France.

>> Lire : L’enjeu migratoire met la présidence néerlandaise sous pression

Les pays qui ne se joindraient pas à ce club select sont donc les pays d’Europe centrale, pénalisés à cause de leur opposition au système de relocalisation des migrants, ainsi que l’Italie et la Grèce, jugées « coupables » de ne pas parvenir à rendre leurs frontières plus hermétiques ou à enregistrer plus d’arrivants.

Les pays scandinaves ne figurent pas non plus dans la liste. Si ceux-ci ont instauré entre eux un régime sans frontière bien plus ancien que celui du système Schengen, mis en place en 1985, les gouvernements suédois et danois sont en train de revenir sur cette tradition.

>> Lire : La Commission tente d’apaiser les tensions Suède-Danemark

Pourtant, les Pays-Bas ont accédé à la présidence tournante du Conseil de l’UE le 1er janvier et Mark Rutte, le Premier ministre, a déclaré qu’il ne faudrait pas s’attendre à des idées révolutionnaires durant les six mois à venir.

Si l’idée d’un mini-Schengen devait gagner du terrain, ce sera probablement en dehors des traités européens. Une telle initiative éroderait cependant la trame même de l’UE, alors même que la conservation d’un espace sans frontière apparait comme un impératif économique.

Pour l’Allemagne il n’en est pas (encore) question

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur a assuré à EurActiv Allemagne que le pays restait fixé sur son objectif de préserver « Schengen dans son entièreté ».

« La liberté de circulation au sein de l’espace Schengen est l’un des plus grands accomplissements des peuples d’Europe », a insisté Steffen Seibert, porte-parole du gouvernement il y a quelques semaines. « Nous voulons protéger un espace Schengen libre. » Le porte-parole a toutefois ajouté que ce système ne peut fonctionner que lorsque la gestion des frontières externes est garantie.

Josef Janning, directeur du bureau berlinois de l’European Council on Foreign Relations (ECFR), estime toutefois qu’un mini-Schengen est toujours un scénario réaliste. 1,1 million de migrants ont été accueillis en Allemagne en 2015 et il est impossible que le pays continue d’en accueillir autant, souligne-t-il, avant d’accuser Athènes de l’échec possible de l’espace Schengen.

Il estime donc qu’il faudrait faire sortir les États les moins coopératifs, comme la Grève ou la Hongrie, voire instaurer un mini-Schengen doté d’un budget, d’une police des frontières et d’un fonds pour les réfugiés communs. Il craint toutefois que l’instauration de ce nouvel espace ne soit contraire aux politiques d’intégration et n’ouvre une boîte de Pandore.

Un mini-Schengen serait toutefois avantageux pour l’Allemagne, qui se retrouverait à collaborer avec ses voisins, avec lesquels elle entretient de bonnes relations économiques et politiques et qui pourraient l’aider à supporter le fardeau de l’immigration.

Paris ne veut pas en entendre parler

Officiellement, la France ne veut pas entendre parler d’un mini-Schengen. Le 18 janvier, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur qui pourrait très bientôt remplacer Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a souligné que la coopération au sein du système Schengen devait être renforcée.

Le sujet est pourtant discuté par le principal parti d’opposition, Les Républicains. Nicolas Sarkozy a notamment jugé que « Schengen [était] mort » et qu’il était nécessaire de mettre en place une politique d’immigration commune avant de penser à ouvrir les frontières. Il n’est pour autant pas sûr que la droite soit favorable à un mini-Schengen, étant donné que les questions européennes sont de moins en moins proéminentes dans leur programme.

Sous couvert d’anonymat, un représentant a par ailleurs expliqué à EurActiv France que les Néerlandais n’avaient soulevé cette question que pour faire pression sur les autres États membres sur la crise des réfugiés. « À présent, il s’agit de mettre en application les décisions qui ont été prises, chaque État membre doit faire sa part et accepter un certain nombre de réfugiés », a-t-il conclu.

La Belgique souhaite des frontières plus efficaces

Si Bruxelles tient également à l’espace Schengen, une des plus belles réussites de l’UE, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a indiqué à EurActiv que la Belgique souhaitait que les contrôles aux frontières externes soient plus efficaces et que le système des « hotspots », qui permettrait d’enregistrer les migrants aux points d’arrivée, principalement en Italie et en Grèce, soit mis en place.

Espagne : coup de bluff du nord

Selon une source d’EurActiv Espagne au ministère des Affaires étrangères, Schengen est une priorité de Madrid, étant donné qu’il est au centre de l’union économique.

Pour Carmen González, spécialiste des affaires européennes pour le groupe de réflexion Elcano, l’idée d’un mini-Schengen est un « coup de bluff », une stratégie calculée de certains États du nord de l’Europe pour forcer les pays du sud à améliorer leurs mécanismes de contrôle des frontières.

« Cela ne veut pas dire que ce serait impossible », prévient-elle pourtant. « L’idée d’un mini-Schengen a un objectif clair : les frontières grecques et italiennes doivent être beaucoup mieux gardées, afin que le système fonctionne, contrairement à son état actuel. » Si le système des « hotspots » continue à ne pas donner de résultats et si les États membres n’envoient pas plus de personnel pour renforcer Frontex, un mini-Schengen pourrait devenir nécessaire aux yeux de certains pays.

La Pologne comprend pourquoi certains pays veulent suspendre Schengen

Comme les autres membres du groupe de Visegrad, la Pologne rechigne à accueillir des réfugiés et insiste sur le renforcement des frontières externes de l’UE.

Les représentants de Varsovie estiment également qu’il ne « faut pas mélanger deux problèmes qui ne sont pas liés : l’avenir de l’espace Schengen et la législation sur l’immigration ».

Le gouvernement estime cependant que si tous les États ne remplissent pas leurs engagements et ne parviennent pas à sécuriser les frontières externes, l’espace Schengen pourra être suspendu.

L’opposition ne partage cependant pas ces positions. Grzegorz Schetyna, ancien ministre des Affaires étrangères, personnalité importante de Plateforme civique et président de la commission parlementaire sur les affaires étrangères, insiste que la libre circulation est le fondement même de l’Union européenne.

>> Lire : La Pologne prend prétexte des attentats de Paris pour suspendre l’accueil de réfugiés

La République tchèque voudrait mettre la Grèce à la porte

Si le gouvernement tchèque ne soutient pas l’idée du mini-Schengen, il estime qu’il devrait y avoir un « système B » pour les frontières, si le système Schengen ne parvient pas à sécuriser suffisamment les frontières.

Son idée ? Redessiner les frontières externes afin que l’espace Schengen n’inclue plus la Grèce, ce qui reviendrait plus ou moins à chasser Athènes de l’Europe, selon Radko Hokovský, analyste pour le groupe de réflexion European Values.

« Ce serait la mesure la plus polémique jamais prise dans le contexte de la crise des réfugiés et serait dramatique pour le pays », estime-t-il. La Grèce pourrait survivre grâce à l’aide humanitaire, mais celle solution n’en vaut vraiment pas la peine, puisque les routes de l’immigration ne feraient que se modifier pour passer par l’Italie et la Bulgarie, via la mer Noire, assure le spécialiste.

La Roumanie n’y croit pas

L’idée n’est pas passée inaperçue en Roumanie, qui ne fait pas encore partie de l’espace Schengen et s’efforce d’y entrer depuis plusieurs années, comme l’a encore confirmé Dacian Ciolo? , le Premier ministre, le 21 janvier.

>> Lire : La Roumanie veut bien accueillir des réfugiés si elle entre dans Schengen

Pour Ciprian Ciucu, qui dirige un groupe de réflexion spécialisé dans les politiques européennes, l’idée d’un mini-Schengen « augmentera encore davantage l’écart Vieille Europe/Nouvelle Europe ». Il doute en outre qu’un tel système fonctionne.

« Les pays de destination resteront un objectif des migrants et les grands pays de Schengen n’auront aucune raison d’appliquer les politiques anti-immigration tant que leurs citoyens ne bénéficient pas d’une libre circulation totale. Ils s’intéresseront plus à des solutions égocentriques qui facilitent l’accès des migrants aux pays de destination.

Le spécialiste fait également remarquer que les pays de ce mini-Schengen n’ont que très peu d’expérience dans la gestion des frontières. Pour lui, la seule solution est la coopération et la mise en commun d’expérience, de ressources et de responsabilité.