Actualités & débats européens dans votre langue

24/05/2016

Le renvoi des réfugiés secourus en mer vers la Turquie fait débat en Allemagne

Justice & Affaires intérieures

Le renvoi des réfugiés secourus en mer vers la Turquie fait débat en Allemagne

L'opération anti-trafiquant de l’OTAN a déjà suscité l'inquiétude des défenseurs des droits de l'Homme.

[Defence Images/Flick]

Les réfugiés secourus en Méditerranée par Frontex et l’OTAN sont systématiquement amenés en Europe, en accord avec la législation de l’UE. En Allemagne, certains réclament une reconduite en Turquie. Un article d’EurActiv Allemagne.

Le nombre de personnes bravant la mer pour se rendre en Europe demeure alarmant. Plus de 100 000 réfugiés ont déjà traversé la mer Méditerranée depuis le début de l’année, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ce chiffre a déjà dépassé le total des six derniers mois de 2015.

Le directeur exécutif de Frontex, Fabrice Leggeri, a confirmé le 23 février que le nombre de réfugiés arrivant en Grèce en janvier était 600 % plus élevé qu’il y a 12 mois. Un chiffre fait encore plus froid dans le dos : 413 personnes sont déjà mortes depuis le début de l’année durant la traversée.

>> Lire : Les dirigeants européens craignent une accélération de la crise migratoire en 2016

Afin de contrôler le nombre de personnes arrivant de la Turquie, les 28 États membres ont autorisé le déploiement des navires de l’OTAN dans la mer Égée, dans le cadre d’une opération conjointe avec Frontex.

Toutefois, cette opération a déjà suscité des inquiétudes au sein des groupes de défenses des droits de l’Homme. Le problème est de savoir que faire avec les personnes qui sont secourues : doivent-elles être renvoyées d’où elles viennent ou être mises en sécurité en UE ?

Selon l’article 10 d’un règlement adopté en juillet 2014, les personnes secourues par les navires de Frontex ne peuvent pas être renvoyées en Turquie et doivent être envoyées dans un État membre puisque la Turquie n’est pas considérée comme un État « sûr ».

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, et d’autres politiques allemands considèrent quant à eux que la Turquie est un pays « sûr ». La ministre pense donc que les navires de l’OTAN devraient être autorisés à renvoyer des migrants en Turquie. Son ministère estime aussi que les réfugiés ne devraient pas être montés à bord contre leur volonté.

>> Lire : L’OTAN part à la chasse aux trafics en mer Egée

Hans-Peter Friedrich (CSU), a appelé Frontex à cesser d’emmener des migrants illégaux sur le territoire européen. Il a ajouté que le droit maritime international stipulait que les personnes secourues devaient être envoyées dans un endroit sûr, et que cela pouvait être la Turquie, selon Frontex. Il a demandé à ce que la règlementation de l’UE soit modifiée le plus vite possible.

« Nous n’avons jamais débarqué de migrants en Turquie », a rappelé Ewa Moncure, porte-parole de l’agence, à EurActiv Allemagne. Contrairement à de récentes déclarations, Frontex n’a jamais classé la Turquie dans les pays « sûrs », et ce n’est pas près de changer.

« Envoyer en Turquie des réfugiés secourus dans la mer Égée reviendrait à sonner le glas du droit d’asile », a déclaré Karl Kopp, de l’organisation d’aide humanitaire Pro Asyl. « Le projet du ministère de la Défense serait une violation claire du droit international ». Les réfugiés secourus ont le droit de déposer une demande de protection et de la faire évaluer dans un État membre de l’UE.

« L’OTAN ne peut pas jouer le rôle de gestionnaire de la crise des réfugiés », a estimé le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (SPD).