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24/01/2017

Les attentats de Paris renforcent le sentiment anti-réfugiés

Justice & Affaires intérieures

Les attentats de Paris renforcent le sentiment anti-réfugiés

Gilles de Kerchove [European Council]

Le passeport syrien de l’un des assaillants morts lors des attentats du 13 novembre pourrait bien changer l’attitude des Européens face aux réfugiés. Un article du réseau EurActiv.

Les populistes ne manquent pas de capitaliser sur le passeport syrien de l’un des assaillants des attentats de Paris. Plusieurs responsables politiques, dont le chef du contre-terrorisme européen, Gilles De Kerchove, avaient assuré ces derniers mois qu’il était très improbable que Daesh envoie des terroristes vers l’Europe parmi les réfugiés, qui ne sont pas toujours contrôlés à leur arrivée.

 >> Lire : « Daesh ou Al-Qaïda n’ont pas besoin de faire passer des terroristes parmi les réfugiés »

En Allemagne, lors d’un entretien avec Funke-Mediengrupperight, Hans-Georg Maasen, le président du bureau fédéral de protection de la Constitution, avait déclaré qu’il était possible que des terroristes se trouvent parmi les réfugiés. Il avait néanmoins jugé cette possibilité « très improbable ».

Les autorités grecques ont annoncé samedi 14 novembre que le porteur du passeport syrien retrouvé près du Stade de France était entré en Europe via la Grèce en octobre. Cette information a cependant été plus tard démentie. Aux dernières nouvelles, il pourrait s’agir d’un faux.

Après les attentats sanglants de Paris, les populistes de toute l’Europe se sont empressés d’exiger que la vague des migrants originaires du Moyen-Orient et d’Afrique soit endiguée.

En France, les autorités ont établi des contrôles aux frontières, une mesure qui devrait se prolonger pendant un mois. Marine Le Pen, qui dirige le Front national, a déjà estimé que ces contrôles devraient être rendus permanents.

Alain Juppé, personnalité de centre-droite pressentie comme candidat aux présidentielles de 2017, a salué la manière dont le gouvernement français a réagi, mais ajouté que le système de suppression des frontières en Europe, l’espace Schengen, est un échec. Pour Nicolas Sarkozy, « Schengen est mort ».

Merkel sur la sellette

En Allemagne, les attentats de Paris ont entrainé un débat sur une révision des politiques d’asile. La politique « portes ouvertes » défendue par la chancelière, Angela Merkel, est évidemment au centre du débat.

D’un côté, les personnalités politiques conservatrices de plusieurs provinces appellent à une attitude plus stricte vis-à-vis des migrants. De l’autre, le gouvernement martèle que la lutte contre le terrorisme de passera pas par le sacrifice des réfugiés qui recherchent la protection de Berlin.

Le Premier ministre de l’État de Bavière, Horst Seehofer (Union socialiste chrétienne) juge qu’un « contrôle renforcé des frontières européennes et nationales » est l’une des mesures de sécurité supplémentaires aujourd’hui nécessaires. « [Berlin] doit savoir qui arrive dans le pays », assure-t-il. Il y a quelques jours, un trafiquant d’armes monténégrin a été arrêté en Bavière. Il pourrait avoir été lié aux attaquants de Paris.

Markus Söder, ministre des Finances bavarois, a estimé que si l’Europe n’était pas en mesure de protéger ses frontières, Berlin devrait envisager de fermer les siennes. « L’époque de l’immigration incontrôlée et illégale doit être révolue. Les événements de Paris changent tout », a-t-il déclaré lors d’une interview au Welt am Sonntag.

>> Lire : La Bavière durcit sa politique d’accueil des demandeurs d’asile des Balkans

Même son de cloche du côté de Stanislaw Tillich, Premier ministre de Saxe et membre du CDU, comme Angela Merkel, qui estime que l’Allemagne devait « cesser de laisser entrer des gens n’importe comment, surtout à la lumière des événements [du 13 novembre] ». Ces attentats prouvent que les mesures en place ne suffisent pas, a-t-il ajouté.

Sigmar Gabriel, le vice-chancelier (social-démocrate) a quant à lui mis en garde contre l’intensification d’un sentiment anti-immigrants musulmans injuste. « De très nombreuses personnes tentent de trouver sécurité et protection en Europe. Nous ne devrions pas faire souffrir ceux qui fuient précisément les régions d’où vient le terrorisme islamique », a-t-il rappelé, ajoutant que le gouvernement continue à protéger les migrants. « Nous nous assurerons que ces personnes ne souffriront pas du fait que des assassins menacent l’Europe au nom de la religion », a-t-il assuré.

Si Thomas de Maizière, le ministre de l’Intérieur (CDU) a pourtant ordonné le renforcement des contrôles de sécurité dans les gares et aéroports allemands, il a également condamné le lien entre terrorisme et le débat sur les réfugiés, déjà très houleux.

Le nombre de centres d’accueil victimes d’incidents violents a en effet considérablement augmenté ces derniers mois. Le ministre de l’Intérieur a appelé « tout le monde » à prendre une minute pour penser « aux discours qu’ils tiennent et aux actes qu’ils mènent ». 

>> Lire : Les attaques se multiplient contre les centres de réfugiés en Allemagne

Fico légitimé

En Slovaquie, où le gouvernement est extrêmement hostile aux migrants, surtout à cause de leur religion, le Premier ministre, Robert Fico, a insisté que les événements de Paris donnaient raison à sa politique anti-réfugiés et que les autres dirigeants européens avaient tort.

« Nous disions déjà que l’immigration entrainait un grand risque sécuritaire. J’espère que [les attentats] ouvriront les yeux de certaines personnes », a-t-il déclaré aux journalistes à Bratislava après une réunion d’urgence des responsables de la sécurité.

Robert Fico a annoncé plus tôt cette année que la Slovaquie n’accueillerait que 200 réfugiés syriens, qui devront être chrétiens.

>> Lire : Le groupe de Visegrad dos au mur sur l’accueil des réfugiés

La Slovaquie surveille de près la communauté musulmane et les groupes extrémistes afin de détecter toute radicalisation, rappelle l’agence de presse SITA, qui indique que les mesures de sécurité des événements sportifs et culturels seraient renforcées. Même chose pour les structures sensibles, comme les centrales nucléaires et les bureaux de représentation étrangère.

Confusion en Pologne

En Pologne, la confusion règne depuis que Konrad Szyma?ski, le ministre délégué des Affaires européennes, a annoncé qu’il refuserait d’accueillir des réfugiés dans le cadre des quotas de répartition imposés par l’UE.

>> Lire : Nette victoire des eurosceptiques en Pologne

Si Ewa Kopacz, Première ministre sortante, a fait de son mieux pour exprimer la solidarité de la Pologne vis-à-vis de la France, un pays traditionnellement cher aux Polonais, la rhétorique anti-immigration de Konrad Szyma?ski et du nouveau ministre des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, a stupéfié l’Europe.

Ces derniers ont fait le lien entre la tragédie de Paris et la crise des réfugiés, nourrissant le radicalisme anti-immigration qui pourrait envahir dans le pays.

Face à la réaction internationale, la nouvelle Première ministre, Beata Szyd?o, qui a pris ses fonctions le 12 novembre, s’est distancée de ces déclarations, assurant que « ce n'[était] pas le moment de répondre à toutes ces questions ».

Witold Waszczykowski est alors revenu sur sa déclaration, mais a souligné que tout demandeur d’asile accueilli devrait être examiné de près, afin d’exclure toute menace terroriste. Le nouveau ministre des Affaires étrangères s’est récemment qualifié d’islamophobe.

Antoni Macierewicz, qui vient d’être nommé au poste de ministre de la Défense, devrait également avoir un rôle à jouer dans le débat sur les réfugiés.

Après les attentats de vendredi, cet homme politique connu pour son radicalisme inflexible a annoncé que la Pologne n’était pas prête à accueillir de grands groupes de musulmans.

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