Les Danois disent non à plus d’Europe

Lars Lokke Rasmussen [Venstre/Flickr]

Immigration, terrorisme, l’actualité pousse les Danois à rejeter un renforcement de leur coopération avec l’UE pour les politiques de sécurité et de police.

Les Danois eurosceptiques ont dit non à plus d’Europe en rejetant très nettement jeudi par référendum un renforcement de leur coopération avec l’Union européenne en matière de police et de sécurité, de crainte de perdre leur souveraineté en matière d’immigration.

« C’est un non catégorique […]. Je respecte totalement la décision des Danois » qui « ont eu peur de perdre le contrôle » de leur destinée, a déclaré le Premier ministre danois Lars Lokke Rasmussen lors d’une conférence de presse au siège du gouvernement à Copenhague. Il a néanmoins déclaré qu’il tenterait de négocier un accord séparé pour la participation du pays à Europol.

Le non était défendu par l’extrême gauche et le Dansk Folkeparti (DF, Parti du peuple danois), qui soutiennent pourtant le gouvernement minoritaire au parlement, a obtenu 53,1 % des suffrages contre 46,9 % pour le oui, selon des résultats définitifs. Malgré une campagne au coude-à-coude pendant des mois, ce résultat avait été annoncé depuis quelques jours pas les sondages.

>> Lire : Les Danois se dirigent vers un « non » au référendum

Le président du groupe libéral Venstre (pro-européen), Soren Gade, a appelé à un « examen de conscience » dès lors « qu’une grande majorité de formations parlementaires prônent le oui et que les électeurs disent non ».

Le référendum, le huitième soumis aux électeurs du royaume scandinave depuis celui sur son adhésion à l’UE en 1972, confirme la défiance de l’opinion publique à l’égard du projet européen mais aussi la grande forme du Parti du peuple danois, porte-drapeau des eurosceptiques.

Cette formation anti-immigration, premier parti de droite, a fait campagne avec le slogan « Plus d’UE ? Non merci », séduisant une partie des nombreux électeurs indécis.

« La grande force du non a été de mettre en avant la question de la souveraineté […] Beaucoup de Danois demeurent très méfiants dès qu’il s’agit d’intégration européenne », a expliqué à l’AFP le politologue Kasper Moller Hansen.

Sortie d’Europol

Trois semaines après les attentats de Paris, l’enjeu était de taille puisque du résultat de la consultation dépendait l’appartenance pleine et entière du Danemark à Europol.

En vertu du traité de Lisbonne, l’agence intergouvernementale chargée de la lutte contre le crime organisé, les trafics et le terrorisme deviendra en 2016 un organisme supranational subordonné au conseil des ministres européens chargé des affaires de police et de justice.

Le non triomphant, le Danemark s’exclut du conseil et donc d’Europol, au moins jusqu’à négociation d’un accord séparé. Des experts estiment que cette négociation pourrait être longue et laborieuse et qu’un accord n’offrira pas le même degré de coopération.

Le Premier ministre recevra à cette fin dès lundi l’ensemble des partis représentés au parlement. « Il est important de prêter l’oreille à ce que disent les partisans du non », a-t-il déclaré.

« Dès demain le gouvernement peut faire savoir aux autres pays européens que le Danemark souhaite des négociations [sur sa participation à Europol] », a indiqué quant à lui le leader de DF, Kristian Thulesen Dahl.

Lars Lokke Rasmussen doit rencontrer la semaine prochaine à Bruxelles le président du Conseil européen, Donald Tusk, ainsi que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker.

Après le rejet du traité de Maastricht en juin 1992, Copenhague a obtenu des dérogations dans trois domaines régaliens: la monnaie unique (comme la Suède, le Danemark a conservé sa couronne), la défense et les affaires de justice et de police.

Ces exemptions avaient permis au gouvernement d’organiser un nouveau référendum un an plus tard, auquel les Danois avaient dit oui.

La peur du terrorisme

Prévu pour 2016 mais avancé afin d’éviter les interférences avec celui que le Royaume-Uni doit convoquer avant 2017 sur son appartenance à l’UE, le référendum danois proposait une coopération « à la carte » dans les domaines concernés, moyennant le maintien du pays dans Europol.

En cas de oui, Copenhague aurait adopté 22 textes européens sur la lutte contre le trafic d’êtres humains, la pédophilie, la cybercriminalité et la fraude.

Sur le papier, on pouvait penser que le contexte pèserait lourd dans les urnes avec les attentats du 13 novembre et la menace djihadiste. Théâtre en février d’attaques meurtrières commises par un jeune d’origine palestinienne, le Danemark a relevé après le 13 novembre son niveau d’alerte au deuxième cran le plus haut sur une échelle de cinq.

Les électeurs ont toutefois choisi de désavouer les partisans du oui accusés d’agiter l’épouvantail terroriste pour mieux faire passer la pilule européenne et ouvrir plus grand les frontières du pays.

Le Danemark, arguait DF, risque de se voir imposer des quotas obligatoires de réfugiés alors que le pays en a accueilli 10 fois moins que son voisin suédois cette année. Le Premier ministre s’était engagé à convoquer un nouveau référendum en cas de réforme appelant un transfert de souveraineté à Bruxelles dans les dossiers d’asile et d’immigration.

Contexte

La décision d'organiser un référendum le 3 décembre a été prise par l'ancienne première ministre, Helle Thorning-Schmidt après une attaque terroriste à Copenhague en février 2015, où 3 personnes ont perdu la vie. Helle Thorning-Schmidt a rappelé l'importance accrue de la participation du Danemark à la coopération policière transfrontalière.

Le référendum devait d'abord avoir lieu « avant avril 2016 », mais le nouveau premier ministre, Lars Løkke Rasmussen, l'a avancé à 2015. Il a ainsi voulu éloigner le vote du sommet européen qui se tiendra le 17 et 18 décembre à Bruxelles, où seront débattues les réformes demandées par la Grande-Bretagne.

>> Lire : Le Danemark déconseille les clauses d'exemption au Royaume-Uni

Lars Løkke Rasmussen craint que le débat britannique n'ait un impact négatif sur le référendum danois, où il espère voir le « oui » obtenir une majorité. Il espère que le premier ministre britannique, David Cameron, divulguera certains documents avant le sommet pour engager le débat et fixer l'ordre du jour.