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17/01/2017

Les Danois se dirigent vers un « non » au référendum

Justice & Affaires intérieures

Les Danois se dirigent vers un « non » au référendum

C'est Helle Thorning-Schmidt, ancienne première ministre danoise qui a décidé d'organiser un référendum sur l'opt-out du pays, et le nouveau premier ministre, Lars Løkke Rasmussen, l'a avancé à 2015.

Le référendum sur la participation du Danemark à la politique européenne en matière de Justice et d’Affaires intérieures se tient le 3 décembre. Porté par les jeunes, le camp du « non » risque de l’emporter.

Depuis le début de la campagne électorale en août, lorsque le premier ministre Lars Løkke Rasmussen a fixé la date du référendum, les deux camps sont au coude à coude. Jusqu’à présent, le « oui » semblait prendre légèrement le dessus, bien qu’un quart des électeurs danois restent toujours indécis.

Cette semaine, tous les sondages d’opinion montrent cependant une avance du « non ».

Le dernier sondage en date, publiée dans le quotidien Jyllands-Posten le 2 décembre, confirme cette tendance : 41,1 % des Danois rejettent l’option de participation, alors que 37,4 % y sont favorables. Toujours plus d’un cinquième des électeurs (21,5 %) ne savent pas quoi voter au référendum, que beaucoup d’analystes politiques jugent trop compliqué et technique.

Clause de participation

Le référendum pourrait faire passer le pays scandinave d’une clause d’exemption à une clause de participation, comme cela est le cas au Royaume-Uni et en Irlande. Les Danois voteront sur 22 questions de loi, comme la cybercriminalité, la maltraitance des enfants, et le trafic d’êtres humains par exemple.  Depuis 1993, le Danemark bénéficie d’une dérogation non seulement en matière de police et de justice mais aussi en matière de sécurité et de défense, et de citoyenneté et d’affaires monétaires.

Si le pays scandinave ne vote pas pour une participation aux affaires judiciaires et intérieures, les partis pro-européens au Parlement danois craignent que le Danemark ne se fasse exclure d’Europol, l’organe de coopération policière de l’UE.

Exclusion d’Europol? 

Les partis eurosceptiques – Le Parti populaire danois, l’Alliance libérale, et l’Alliance rouge-verte semi communiste – aimeraient que le Danemark reste dans Europol, mais sans renoncer à plus de leur souveraineté au profit de l’UE. Le Parti populaire danois (DF), formation populiste de droite, craint notamment que le « oui » ne force le Danemark à rejoindre les politiques communes de l’UE en matière d’asile.

>> Lire : Les eurosceptiques deviennent la deuxième force politique au Danemark

Si les Danois votent « non », le DF encouragera le gouvernement à négocier un accord parallèle avec Europol et à organiser un référendum sur l’adhésion du Danemark dans l’organisation policière.

Selon une enquête réalisée par Epinion pour la chaine DR, les personnes âgées sont susceptibles de voter « oui » au référendum alors que les jeunes sont plus réticents à la coopération européenne. En effet, seuls 23 % des 18-34 ans soutiennent la clause de participation à la politique judiciaire de l’UE. A contrario, ils sont 38 % à vouloir voter contre.

Pour Derek Beach, professeur à l’université d’Aarhus, cela s’explique par le fait que l’ancienne génération se souvient des succès de l’UE dans les années 1980, avec l’abolition des contrôles aux frontières et la création du marché unique, alors que les plus jeunes baignent dans la crise de l’euro et des réfugiés.

« La jeune génération a une relation très ambigüe avec l’UE, et c’est une tendance nouvelle », a-t-il expliqué.

Finalement, la plupart des Danois ne se soucient pas vraiment de l’UE, sauf quand il s’agit des questions environnementales et climatiques, a ajouté Derek Beach. 

Contexte

La décision d'organiser un référendum le 3 décembre a été prise par l'ancienne première ministre, Helle Thorning-Schmidt après une attaque terroriste à Copenhague en février 2015, où 3 personnes ont perdu la vie. Helle Thorning-Schmidt a rappelé l'importance accrue de la participation du Danemark à la coopération policière transfrontalière.

Le référendum devait d'abord avoir lieu « avant avril 2016 », mais le nouveau premier ministre, Lars Løkke Rasmussen, l'a avancé à 2015. Il a ainsi voulu éloigner le vote du sommet européen qui se tiendra le 17 et 18 décembre à Bruxelles, où seront débattues les réformes demandées par la Grande-Bretagne.

>> Lire : Le Danemark déconseille les clauses d'exemption au Royaume-Uni

Lars Løkke Rasmussen craint que le débat britannique n'ait un impact négatif sur le référendum danois, où il espère voir le « oui » obtenir une majorité. Il espère que le premier ministre britannique, David Cameron, divulguera certains documents avant le sommet pour engager le débat et fixer l'ordre du jour. 

Prochaines étapes

  • 3 décembre : Référendum danois sur la participation du pays à la politique de justice et affaires intérieures de l'UE.