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22/01/2017

Les dirigeants européens négligent le risque d’attentats chimiques par Daesh

Justice & Affaires intérieures

Les dirigeants européens négligent le risque d’attentats chimiques par Daesh

Les avertissements des spécialistes se multiplient.

[Quapan]

Malgré le risque croissant, le sujet d’un potentiel attentat aux armes non-conventionnelles, comme les armes chimiques, ne sera pas abordé lors du sommet européen qui doit s’achever le 18 décembre. 

Les chefs d’État et de gouvernement devraient bien sur souligner l’importance d’une plus grande coopération entre les services de sécurité des États membres, et notamment une « meilleure organisation des échanges d’informations, afin d’améliorer l’analyse de risque commune », selon une proposition de conclusions.

Des sources au sein des institutions européennes ont expliqué que le débat sur les armes non conventionnelles serait sans doute trop spécifique pour être lancé lors du sommet. Les propositions de la Commission, qui incluent notamment l’interdiction des armes semi-automatiques puissantes et la pleine application de la réglementation sur les substances explosives seront cependant mises sur la table.

Sonnette d’alarme

Pourtant, les spécialistes, la Commission, le Parlement et le gouvernement français tirent la sonnette d’alarme sur une menace bien plus dangereuse : un attentat utilisant des matériels chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires (CBRN). Les analystes estiment en effet que le prochain attentat lié à Daech pourrait tout à fait comprendre ce type d’armes.

Jusqu’ici, ce risque a été largement négligé par les dirigeants nationaux, mais aussi par le responsable du contre-terrorisme à l’UE, Gilles de Kerchove, qui n’a inclut aucune mention des armes CBRN dans son dernier rapport, publié le 30 novembre, ni dans aucun autre document ces derniers mois.

>> Lire : Gilles de Kerchove : « l’État islamique continue de recruter dans l’UE »

Premières étapes

La responsabilité de gérer le risque des CBRN relève principalement des États membres et certaines capitales ont donc décidé de redoubler d’effort dans ce domaine sans attendre une réaction européenne.

Suite aux attentats du 13 novembre à Paris, le Premier ministre français, Manuel Valls, a déclaré ne pas exclure le risque d’un attentat à l’arme chimique ou biologique. Les services secrets français craignent en effet que Daech puisse se servir d’armes non conventionnelles, comme le gaz sarin, selon les informations obtenues par EurActiv France, et ce malgré le fait que sa confection nécessite un laboratoire assez élaboré. En 1990, des attaques au gaz sarin a tué une douzaine de personnes dans le métro de Tokyo.

Le gouvernement français a donc décidé de fournir des doses d’antidote aux services d’urgence, afin qu’ils puissent réagir rapidement. La sécurité entourant les centrales nucléaires a également été renforcée depuis la mi-novembre. Le contrôle de l’identité du personnel des centrales a par exemple été rendu plus strict.

L’Allemagne n’a quant à elle fourni aucune information spécifique sur des possibles attentats aux armes CBRN sur son territoire. Le centre commun de contre-terrorisme (GTAZ), constitué de représentants de toutes les agences de sécurité fédérales allemandes, surveillent les échanges sur Internet, mais aucune information n’a été rendue publique à ce jour.

Andy Neumann, de l’union de la police allemande, a déclaré que le pays était prêt à faire face à des attaques impliquant des armes CBRN. En coopération avec toutes les autorités concernées aux niveaux fédéral et des États, l’unité de soutien centrale organise des exercices d’entrainement réguliers depuis des années, a-t-il assuré à EurActiv Allemagne.

>> Lire : La France veut des mesures européennes de lutte contre le terrorisme

Une menace bien réelle

Un rapport récent du groupe de réflexion du Parlement européen évalue la probabilité d’un attentat de Daech aux armes CBRN sur le sol européen.

L’organisation « a de très importants moyens financiers, est parvenu à recruter des diplômés universitaires qualifiés et a accès a des matériels CBRN en Iraq, en Syrie et peut-être en Libye. Elle a également un nombre de sympathisants inconnus en Europe. Cela augmente la probabilité d’un attentat CBRN sur le sol européen », conclut ce rapport. L’étude rappelle cependant qu’un tel attentat représente toujours « un défi technique et logistique considérable ».

Les auteurs du rapport soulignent également que les citoyens européens « n’envisagent pas sérieusement cette possibilité » et que l’impact d’un tel attentat serait donc « encore plus déstabilisant ».

Ce rapport constitue un des nombreux avertissements émis par des spécialistes ces derniers mois. Ils estiment qu’il existe « un vrai risque » que Daech utilise des armes chimiques, biologiques, radiologiques ou même nucléaires lors d’attentats en Europe.

Le groupe terroriste aurait déjà utilisé ces armes chimiques en Iraq et en Syrie. En plus des armes irakiennes, syriennes et peut-être libyennes sur lesquelles Daech a pu mettre la main, certains des combattants qui ont rejoint les rangs de l’organisation ont les compétences nécessaires en termes d’ingénierie et de technique, mais sont également en possession de documents expliquant comment se servir d’une épidémie sanitaire, comme une épidémie de peste, comme arme véritable.

Vers une approche plus proactive

La Commission européenne a pour sa part entamé des travaux sur un nouveau plan d’action qui permettra à l’Europe de faire face à la menace grâce aux contributions des États membres. Ce plan d’action sera rendu public l’an prochain.

Dans une communication sur la détection et d’atténuation des risques CBRN et aux explosifs, la Commission a déclaré que les services secrets, « ont de bonnes raisons de penser que la menace liée aux CBRN et aux explosifs reste élevée et évolue ». La Commission a également rappelé que des centaines de vols de ce type de substances ont lieu chaque année.

L’exécutif européen préconise donc l’adoption d’un « approche plus proactive » afin de mieux faire face à la menace des armes non conventionnelles.

Les spécialistes du Parlement soulignent également que malgré les efforts déjà fournis par les institutions européennes, il existe encore bien des vides à remplir, surtout en ce qui concerne le partage de l’information entre États membres.

Dans le cadre de sa stratégie d’atténuation des risques, la Commission donne la priorité à l’examen de nouvelles substances dangereuses et aux moyens mis en place pour contourner les contrôles de sécurité, ainsi que des nouvelles cibles possibles, comme les infrastructures cruciales, les lieux publics et les moyens de transports.

>> Lire aussi : Lutte contre le terrorisme : le rôle des villes

Contexte

En novembre 2010, le Conseil des ministres a adopté un programme de renforcement de la sécurité chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN) sur cinq ans dans d’Union européenne.

Ce plan prévoit que les États membres :

  • établissent trois listes de matériels CBRN à haut risque ;
  • identifient les bonnes pratiques en termes de formation et d’entrainement ;
  • développement des orientations européennes sur les exigences minimum de sécurité ;
  • développent des scénarios pour la détection des matériels CBRN ;
  • améliorent les plans de réaction d’urgence.

En décembre 2012, le Conseil a souligné la nécessité de déterminer les domaines dans lesquels la sécurité était insuffisante et d’intensifier les efforts communs pour la protection de la production, du stockage, de la manipulation et du transport des matériels CBRN et explosifs à haut risque. Aucune législation n’a cependant vu le jour.

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