Les États membres renvoient le dossier des gardes-frontières à la présidence néerlandaise

Les dirigeants européens discutent lors du sommet des 17 et 18 décembre [Conseil]

Incapables de se décider sur la mise en place d’un « corps européen de gardes-frontières et de garde-côtes », les dirigeants européens ont chargé la prochaine présidence néerlandaise d’avancer sur ce sujet.

Les dirigeants européens ont peu progressé sur la mise en place de politiques communes, pourtant nécessaires pour faire face à une crise de la migration sans précédent. L’objectif le plus attendu de ce sommet était la création d’un « corps européen de gardes-frontières et de garde-côtes », proposé par la Commission le 15 décembre, qui pourrait intervenir sans le consentement du pays hôte.

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Selon les conclusions du Conseil, les 28 États membres devront adopter une position commune sur le « corps européen de gardes-frontières et de garde-côtes » durant la présidence néerlandaise, c’est-à-dire au premier semestre 2016.

« Nous ne parvenons pas à protéger nos frontières extérieures », a reconnu Donald Tusk, le président du Conseil, devant la presse, à la fin de la première journée du sommet. Donald Tusk a affirmé que la décision la plus importante prise par les dirigeants était de protéger l’espace Schengen, qui risque de se démanteler.

« Clause invasion »

À en juger par les déclarations faites par les dirigeants européens avant le sommet, la France, l’Allemagne et la Bulgarie approuvent la proposition de la Commission, mais plusieurs autres pays refusent d’abandonner leur souveraineté et d’accepter ce qu’un diplomate a appelé « la clause d’invasion ».

Le Premier ministre Stefan Löfven et son homologue danois, Lars Løkke Rasmussen, ont tous deux déclaré avant le sommet que le contrôle des frontières était une responsabilité nationale. Même si le Danemark possède une clause d’exemption pour le volet justice et affaires intérieures de l’UE, le Premier ministre a affirmé qu’il s’opposerait à un système où l’UE lui dit comment gérer et protéger ses frontières.

Les dirigeants européens ne savent toujours pas non plus qui payera les 3 milliards d’euros promis à la Turquie lors du sommet du 29 novembre.

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À l’origine, la Commission devait sortir de sa poche 500 millions d’euros et les pays européens les 2,5 milliards d’euros restants. Le partage des charges se faisant, comme d’habitude, par rapport au revenu national brut. Néanmoins, avant le sommet, des diplomates ont mentionné une contribution plus élevée du budget européen. Les chefs d’État ont mandaté leurs ambassadeurs pour négocier une solution.

Les dirigeants ont décidé de s’attaquer aux failles liées aux « hotspots », à la relocalisation et au retour des réfugiés. Sur 160 000 migrants devant être relocalisés depuis septembre, seuls 200 ont été envoyés dans d’autres pays jusqu’à présent.

Les dirigeants européens ont également demandé à la Commission de « présenter rapidement » une révision du système d’asile de l’UE, qui n’a pas fonctionné dans des conditions d’arrivées constantes et massives de réfugiés. Pendant ce temps, les règles existantes doivent être mises en œuvre.

Un « programme volontaire d’admission à titre humanitaire » doit être mis en place. Il s’appuiera sur les décisions de pays aux points de vue convergents, dont certains acceptent d’accueillir des migrants directement de Turquie.

La chancelière allemande, Angela Merkel, s’est déclarée optimiste suite à un mini-sommet organisé le matin même avec le Premier ministre turc, Ahmet Davuto?lu et plusieurs dirigeants européens.

Pourtant, le premier rapport de mise en œuvre suite au sommet UE-Turquie, révèle que le nombre de migrants arrivant en Grèce depuis la Turquie est presque resté inchangé depuis mi-novembre. Le nombre moyen d’arrivée est de 3 000 personnes par jour.

Le Premier ministre tchèque, Bohusla Sobotka, a affirmé que de nombreux États membres ne considéraient pas le plan d’action UE-Turquie, approuvé le 29 novembre, comme une réussite.

Bohusla Sobotka a déclaré avoir reçu des avis positifs suite à son initiative de créer un groupe appelé « les amis de Schengen ». Il s’est dit ravi que sa délégation soit parvenue à dissiper l’idée reçue selon laquelle les Pays d’Europe centrale et orientale sont des fauteurs de trouble sur les questions d’immigration.

À la fin du premier jour du sommet, le président français, François Hollande, a déclaré que la Turquie recevrait de l’argent seulement si les critères exigés étaient respectés.

De son côté, la chancelière allemande, Angela Merkel, a estimé que l’UE devait apprendre et adopter de nouveaux mécanismes pour la gestion de la crise des réfugiés, même si cela prenait un peu de temps. « Nous ne pouvons pas laisser l’Italie et à la Grèce seules [face à la crise]. Nous devons nous entraider. Cela fait quatre ou cinq mois que nous avons ce problème. Pour d’autres sujets très importants, il nous a fallu des années », a-t-elle précisé. 

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