Les Européens se divisent sur la prise en charge des demandeurs d’asile

Dimitris Avramopoulos [European Commission]

Les Européens se sont entendus pour délester provisoirement la Grèce et l’Italie de la prise en charge de demandeurs d’asile, surtout Syriens et Érythréens, mais en n’offrant que 32.256 places, contre les 40.000 requises.

Les ministres de l’Intérieur des Etats membres se sont retrouvés le 20 juillet à Bruxelles pour tenter de s’entendre sur la répartition des demandeurs d’asile et délester la Grèce et l’Italie, dont les capacités d’accueil arrivent à saturation. 

« Je suis déçu, même si un pas important a été franchi », a tenté de synthétiser le commissaire européen à l’Immigration, Dimitris Avramopoulos, à l’issue de la réunion. 

Les ministres de l’Intérieur étaient censés consacrer la solidarité européenne face à l’afflux record de migrants et réfugiés aux frontières de l’Union et aux tragédies à répétition en Méditerranée.

« Plus d’effort sera nécessaire » de la part des États membres, a souligné le Luxembourgeois Jean Asselborn, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE. Il a fixé un nouveau rendez-vous, « fin novembre », pour atteindre au final l’objectif fixé par la Commission, soit 60.0000 personnes sous deux ans.

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Le premier mécanisme, dit de relocalisation, concerne 40.000 demandeurs d’asile, qui pourront aussi être Irakiens ou Somaliens, destinés à être pris en charge hors de Grèce et Italie, en rupture des règles européennes réservant cette responsabilité aux pays d’arrivée. Le second, dit de réinstallation, concerne 20.000 personnes bénéficiant déjà du statut de réfugiés, mais vivant dans des pays tiers.

Pour ce dernier volet, les offres ont été plus généreuses, à 22.504 places, grâce aux renforts de plusieurs pays tiers, Norvège et Suisse en tête.

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Mais face aux résistances très vite manifestées au sein de l’UE, la Commission avait dû accepter que cette répartition ne soit pas contraignante, ouvrant la voie aux rabais. Jean Asselborn a ainsi pointé des contributions « décevantes, voire embarrassantes ».

L’Espagne récalcitrante

Premiers visés, la Hongrie et l’Autriche, qui n’ont offert aucune place de relocalisation. La Slovaquie, la Slovénie, les Pays baltes et l’Espagne ont aussi rechigné.

Le ministre espagnol, Jorge Fernandez Diaz, a affirmé « l’opposition radicale » de l’Espagne au principe de relocalisation. Son pays a offert 1.300 places de relocalisations contre 4.288 demandées.

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Madrid, a mis en avant le ministre, « traite le problème à l’origine », en coopérant avec les pays d’origine et de transit et luttant contre les réseaux de passeurs. Le pays livre aussi un « effort considérable » pour stopper les flux dans ses enclaves africaines de Ceuta et Melilla.

« Nous devons convaincre nos citoyens », d’autant que le pays « est aussi sous pression de l’Est, avec les réfugiés affluant d’Ukraine », a plaidé le ministre letton, Rihards Kozlovskis.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait pour sa part déploré que l’Europe « ne soit pas à la hauteur » en la matière. A titre de comparaison, la Turquie accueille deux millions de réfugiés syriens.

L’Allemagne et la France, dont les ministres ne sont pas venus à Bruxelles, ont-elles tenu le contrat fixé par la Commission, offrant respectivement 12.100 et 9.100 places de relocalisation et réinstallation.

Les premiers demandeurs d’asile concernés seront transférés hors de Grèce et Italie à partir d’octobre, a précisé M. Asselborn.

En échange de cette aide, la Grèce et l’Italie se sont formellement engagées à identifier et prendre les empreintes digitales des migrants irréguliers affluant sur leur territoire, afin de permettre le traçage et l’expulsion de ceux non éligibles à l’asile.

Appel d’air à l’immigration

L’UE n’entend pas « créer un appel d’air à l’immigration irrégulière, mais mettre fin à la relocalisation sauvage actuellement en vigueur », avec la dispersion incontrôlée des arrivants indésirables, soulignait la présidence luxembourgeoise.

Les ministres ont aussi convenu d’accélérer les expulsions, et se sont réservé la possibilité de suspendre le mécanisme de relocalisation si Athènes et Rome ne tenaient pas leurs obligations.

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La sélection des arrivants doit s’opérer dans des zones d’attente, dits « hot spots », avec le concours des agences européennes de surveillance des frontières, Frontex, de soutien à l’asile, Eosa, et de police, Europol.

Des renforts sont aussi étudiés pour la Grèce, où la pression migratoire s’est redirigée depuis le renforcement de la surveillance navale au large de l’île de Lampedusa, après les naufrages meurtriers d’avril.

Contexte

Depuis 1999, l'UE œuvre à la création d'un régime d'asile européen commun et à l'amélioration de son cadre législatif actuel en matière d'immigration.

De nouvelles règles européennes ont été approuvées. Elles définissent des normes communes et des critères de coopération afin de garantir le traitement équitable des demandeurs d'asile dans le cadre d'un système ouvert et juste, et ce peu importe le pays dans lequel ils formulent leur demande.

Les États membres de l'UE ont toutefois rejeté une proposition de la Commission européenne, qui souhaitait appliquer le principe de solidarité, pour que les demandeurs d'asile des pays les plus touchés par l'arrivée de migrants soient redirigés vers d'autres États membres.

Le nombre d'immigrants clandestins entrant en Europe a presque triplé en 2014, atteignant 276 000 personnes, selon Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières. L'écrasante majorité d'entre eux, près de 220 000, arrivent via la Méditerranée, un passage extrêmement dangereux.

La situation chaotique en Libye a entrainé une hausse des bateaux quittant les ports libyens sans surveillance à destination de l'Europe. Ces bateaux transportent des réfugiés fuyant les conflits et la pauvreté des pays du Moyen-Orient et d'Afrique.

En 2013, après des centaines de noyés lors d'un accident au large de l'île de Lampedusa, le gouvernement italien a lancé l'opération de recherche et de sauvetage Mare Nostrum.

L'Italie n'est toutefois pas parvenue à convaincre des partenaires européens de l'aider à financer l'opération, qui coûtait jusqu'à 9 millions d'euros par mois. Certains pays estiment en effet que Mare Nostrum avait pour conséquence involontaire d'encourager les immigrants à tenter la traversée de la Méditerranée. Rome a donc été contrainte de réduire l'ampleur de l'opération.

L'Union européenne a donc mis en place la mission de contrôle des frontières Triton, aujourd'hui associée à Frontex. Jusqu'au sommet du 23 avril, Triton bénéficiait cependant d'un budget et d'un mandat réduit, et a été vivement critiqué, notamment par des groupes humanitaires et l'Italie, qui le juge inadapté à l'ampleur de la crise.

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Conseil de l'Union européenne