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24/07/2016

Les jeunes djihadistes européens préoccupent Bruxelles

Justice & Affaires intérieures

Les jeunes djihadistes européens préoccupent Bruxelles

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La Commission européenne a demandé aux États membres d'intensifier leurs efforts dans la lutte contre la radicalisation et l'extrémisme.  Un programme européen de 20 millions d'euros va être mis en place pour combattre ce fléau, qui touche particulièrement les jeunes.

Cecilia Malmström, la commissaire aux Affaires intérieures, a prononcé une déclaration le 15 janvier. Elle appelle les États membres à redoubler d'efforts en vue d’éviter que de nouveaux citoyens commettent des actes de terrorisme à l'intérieur ou à l'extérieur des frontières de l'UE.

Selon la commissaire, les lois actuelles « sont importantes, mais pas suffisantes ». Elle affirme qu'il faut saisir le problème dans son ensemble pour le combattre.

Certains gouvernements proposent diverses solutions au niveau national. Certains mettent en place des formations pour les travailleurs sociaux qui sont en première ligne dans la lutte contre les groupes radicaux. D'autres mesures visent à proposer des « stratégies de sortie » aux membres de ces groupes terroristes. La lutte contre la propagande terroriste sur Internet et le recrutement de victimes des violences terroristes dans le cadre de leurs activités de sensibilisation sont également prévus.

L'exécutif européen compte réserver 20 millions d'euros pour mettre en place un « pôle européen de connaissance ». Le pôle sera opérationnel en 2015 et contribuera à la détermination et à la diffusion des bonnes pratiques parmi les États membres.

Les « combattants étrangers » : une tendance inquiétante

Ces dernières années, les actes de terrorisme comme celui perpétré par Anders Behring Breivik en Norvège, ou encore celui commis par Mohamed Merah en France, ont choqué les Européens. La lutte européenne s'organise contre le terrorisme d'extrême droite comme celui d'extrême gauche.

Depuis 2011, les experts européens et des acteurs issus de la société civile coopèrent dans le cadre du projet du réseau européen de sensibilisation à la radicalisation (RAN), dont le budget s'élève à 8 millions d'euros. Les travailleurs sociaux, la police de proximité et d'autres travailleurs de quartier, appelés« intervenants de première ligne », se retrouvent pour partager les bonnes pratiques en vue d'empêcher les phénomènes de radicalisation et d'extrémisme.

Les pays européens s’inquiètent tout particulièrement du nombre croissant de « combattants étrangers ». La plupart sont des jeunes citoyens qui rejoignent Al-Qaïda. Une fois recrutés au sein de cellules situées en Europe, ils partent à l'étranger grossir les rangs des forces combattantes dans divers conflits.

« La situation est particulièrement urgente au Royaume-Uni, » affirme Peter Knoope, directeur du centre international pour la lutte contre le terrorisme et co-président d'un des groupes de travail du réseau RAN. « Cependant, les combattants étrangers viennent de tous les pays européens, et [le phénomène] est devenu un problème à l’échelle européenne. »

La Commission estime à 1 200 le nombre de citoyens européens partis à l’étranger pour participer à des guerres civiles. Selon la Commission, les combattants se rendent de plus en plus en Syrie. Mais le phénomène se manifeste également dans des pays tels que le Soudan et la Somalie.

« En partie à cause de l'attention portée par les médias, la guerre civile syrienne attire les jeunes recrues, » explique Peter Knoope. « L'émotion suscitée par les conflits peut facilement entraîner les jeunes à s'engager. »

Des familles désespérées

La question de ces « combattants étrangers » a fait irruption dans de nombreux pays en Europe. Les cas de musulmans radicalisés partis combattre en Syrie ont fait la une de nombreux journaux au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas ou au Danemark.

Jejoen Bontinck en est un exemple. Ce jeune Belge était parti combattre en Syrie pendant huit mois avant de rentrer en Belgique en octobre dernier. Son père, Dimitri Bontinck, a abordé en toute franchise le cas de son fils et a demandé que l'on porte assistance aux combattants étrangers et à leurs familles.

« Jejoen tente de se réinsérer dans la société, mais il est confronté à de nombreux obstacles, » a affirmé Dimitri Bontinck à EurActiv. « La Belgique, ainsi que d'autres pays, ne possède pas de dispositifs pour s’occuper de ces jeunes, alors que des pays comme les Pays-Bas soutiennent les travailleurs sociaux et mettent en œuvre d'autres mesures. »

« Je me suis entretenu avec d'autres familles qui doivent faire face à une situation familière similaire ; elles sont perdues. Les hommes politiques doivent prendre leur responsabilité », a-t-il asséné. La couverture médiatique sur le sujet est suffisante, mais il faut vraiment que la sphère politique agisse, selon le père du jeune garçon.

Contexte

Ces dernières années, les pays européens doivent faire face à un nombre croissant de jeunes recrutés par des mouvements idéologiques radicaux. Certains de ces citoyens s’engagent à commettre des actes terroristes au sein des États membres. D’autres rejoignent des groupes de combat dans des pays en guerre à l’extérieur de l'UE, on les appelle des« combattants étrangers ».

L'UE avait adopté une stratégie en 2005 afin de combattre la radicalisation et les recrutements au sein de groupes terroristes. La Commission a lancé le réseau européen de sensibilisation à la radicalisation (RAN) en septembre 2011. Ce réseau permet aux chercheurs européens, aux intervenants et aux ONG d'échanger des informations en vue d’endiguer au mieux le phénomène de radicalisation.

La communication de la Commission du 15 janvier 2014 vient s’inscrire dans ce processus. Elle entérine concrètement les progrès à réaliser dans l'organisation de la prévention contre ce fléau.  En janvier 2013, Cecilia Malmström, commissaire aux Affaires intérieures, avait publié un communiqué de presse, dans lequel elle mettait en garde les États membres envers une montée de la radicalisation au sein de l'UE

Prochaines étapes

  • 30 janvier 2014 :  « Conférence des villes » européennes sur la prévention de la radicalisation et de la violence extrémiste à La Haye
  • 2015 : Lancement du « pôle européen de connaissance » pour mettre en commun les expériences des différents pays européens et partager les bonnes pratiques

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