EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

06/12/2016

Les juifs absents de la nouvelle commission contre l’antisémitisme en Allemagne

Justice & Affaires intérieures

Les juifs absents de la nouvelle commission contre l’antisémitisme en Allemagne

Des milliers de personnes se sont rassemblées à Berlin en janvier pour manifester contre l'antisémitisme.

[Hendrik Wieduwilt/Flickr]

Des associations critiquent la composition de la nouvelle commission sur l’antisémitisme du ministère de l’Intérieur allemand, qui n’inclut aucun juif. Face à ces réactions, le ministère s’est dit « plutôt confiant » sur sa capacité à rendre ce groupe plus inclusif. Un article d’EurActiv Allemagne.  

Des universitaires juifs réputés et des experts de l’antisémitisme ont fermement condamné la composition de la nouvelle commission sur l’antisémitisme du ministère de l’Intérieur allemand.

Le groupe d’experts qui constitue cette commission n’inclut aucun membre juif, ce qui a poussé le centre Moses Mendelssohn, le Comité juif américain et la fondation Amadeu Antonio à vouloir réunir une commission d’experts alternative, composée de juifs et de non-juifs allemands et étrangers.

Jusqu’à présent, huit universitaires et professeurs ont été nommés par le ministre de l’Intérieur allemand pour faire partie du groupe de travail sur l’antisémitisme. Ils se sont réunis pour la première fois le 19 janvier. 

 « Scandale »

Julius Schoeps, fondateur du centre Moses Mendelssohn d’études juives européennes à Potsdam, parle d’un « scandale ». « Les membres du Bundestag et le ministre de l’Intérieur doivent se demander pourquoi des chercheurs influents sur l’antisémitisme allemand sont délaissés de cette commission et pourquoi l’expertise et les conseils d’universitaires, d’organisations et de communautés juifs n’ont apparemment aucune valeur à leurs yeux », a commenté Julius Schoeps.

« Personne n’aurait envisagé d’organiser une conférence sur l’islamophobie sans musulmans, ou une table ronde sur la discrimination faite aux femmes sans femmes », a souligné Anetta Kahane, présidente de la fondation Amadeu Antonio.

Un porte-parole du ministère de l’Intérieur a expliqué, le 11 février à Berlin, que l’appartenance religieuse n’avait pas servi de critère de sélection du groupe d’experts. L’idée n’était pas d’exclure les associations juives, a-t-il rappelé.

« Nous prenons maintenant bonne note de l’intérêt des associations à rejoindre le groupe d’experts », a indiqué le porte-parole.

Les souhaits des associations juives seront évalués « avec plaisir et sans trop d’expectatives, en ouvrant un dialogue entre le Bundestag et les associations », a-t-il assuré.

Il sera surement possible d’étendre notre groupe d’experts pour inclure un représentant de ce milieu, a indiqué le porte-parole.

« La volonté d’intégrer un représentant de la communauté juive dans le groupe d’experts contre l’antisémitisme est tout à fait justifiée », a déclaré Volker Beck, du parti des Verts, au journal Süddeutsche Zeitung.

« En tant que membres du Bundestag, nous avons négligé cette volonté. Cette erreur doit maintenant être rectifiée », a ajouté Volker Beck.

Une déclaration qui n’a pas suffi à Julius Schoeps. « On ne peut pas recouvrir un tel problème avec un peu de maquillage », s’est-il indigné. Selon lui, le groupe d’experts doit maintenant être « complètement dissous et recréé ».

Néanmoins, il ne peut pas imaginer que, du côté juif, « quelqu’un veuille encore rejoindre la commission » a-t-il déclaré à Süddeutsche Zeitung.

Angela Merkel : Les attaques antisémites en Allemagne sont « une honte »

Fin janvier, la chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré que les menaces proférées à l’encontre des juifs en Allemagne étaient une honte et que c’était le devoir de l’État de les protéger.

Quand l’on pense à l’holocauste dont l’Allemagne est responsable, il est « incroyable » que plus de 100 000 juifs se sentent de nouveau chez eux en Allemagne, a affirmé la chancelière.

Angela Merkel a prononcé un discours lors de la commémoration du 70e anniversaire de la libération des camps de concentration d’Auschwitz.

« Dans notre pays, les juifs qui craignent les insultes ou même des attaques sont très nombreux, et malheureusement pas sans raison », s’est-elle indignée.

« C’est une honte que des gens soient attaqués en Allemagne parce qu’ils sont juifs ou parce qu’ils soutiennent l’État d’Israël », a-t-elle continué. Le fait que les synagogues et les institutions juives doivent être protégées par la police plane sur l’Allemagne comme une ombre.

À notre époque, nous pouvons dire qu’il y a deux démons, le terrorisme islamiste et l’antisémitisme, a-t-elle déclaré, faisant ainsi référence aux attaques contre Charlie Hebdo et le supermarché juif à Paris.

Sans mentionner directement les manifestations anti-islamistes de Pegida à Dresde et ailleurs, Angela Merkel a souligné : « nous devons constamment être sur nos gardes pour protéger notre liberté, notre démocratie et notre État de droit. Nous devons lutter contre ceux qui alimentent les préjugés et invoquent les démons, les vieux comme les nouveaux ».

>> Lire : L’AfD et les islamophobes de Pegida entament un rapprochement en Allemagne

Cinquante ans après avoir renoué leurs relations diplomatiques, 36 % d’Allemands ont une opinion positive et encore 48 % ont une opinion négative d’Israël. C’est ce que révèle une étude publiée par la fondation Bertelsmann, fin janvier.

En Allemagne, parmi les 18-29 ans, 54 % ont une vision négative d’Israël, indique l’étude. Les Allemands (62 %) sont particulièrement critiques envers le gouvernement israélien. Ainsi, l’opinion que se font les Allemands d’Israël est plus méprisante que l’opinion que se font les Juifs israéliens de l’Allemagne.

Selon l’étude, la perception du conflit israélo-palestinien exerce une forte influence sur l’image qu’ont les Allemands d’Israël.74 % des Israéliens et 61 % des Allemands s’accordent à dire que l’Allemagne a une responsabilité particulière due à son histoire.

Reste à savoir comment les politiques allemands devraient assumer cette responsabilité. Cette interrogation est source de divisions. En effet, 84 % des Israéliens attendent un soutien politique de la part du gouvernement allemand dans le conflit du Moyen-Orient, alors qu’un Allemand sur deux rejette cette approche. 82 % des Israéliens sont en faveur d’une livraison d’armes de la part de l’Allemagne dans leur pays alors que 68 % des Allemands s’y opposent.

Contexte

En janvier, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de plusieurs villes allemandes pour protester contre les agissements de l'armée israélienne dans la bande de Gaza.

À Hanovre, Göttingen et Essen, des manifestants se sont attaqués à des contre-manifestants pro-israéliens et ont chanté des slogans.

Le Conseil central des juifs d'Allemagne s'est déclaré « choqué » de « l'explosion de colère et d'un antisémitisme potentiellement dangereux ».

Devant l'ambassade d'Israël à Berlin, des manifestants, principalement des jeunes issus de l'immigration, ont scandé à plusieurs reprises : « Juifs, juifs, lâches cochons, sortez et battez-vous vous-même. »

« Rien, pas même la terrible confrontation militaire à Gaza, ne justifie ce genre de comportements en Europe », condamne le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, dans une déclaration commune avec son homologue français, Laurent Fabius, et la Haute Représentante de l'UE, Federica Mogherini.