Les Polonais se rassemblent pour défendre les tribunaux

Manifestation contre les réformes de la justice mise en place par PiS. Sur la façade du tribunal, les manifestants ont projeté le slogan "C'est notre cour". [Grzegorz Żukowski/Flickr]

Bougies allumées à la main, des milliers de Polonais se sont rassemblés dimanche soir devant les tribunaux de leur pays pour défendre leur indépendance, menacée selon eux par trois lois, dont l’une sur la Cour suprême.

« Constitution, Constitution! », scandaient quelques milliers de personnes devant la Cour suprême à Varsovie. « Nous voulons le véto [présidentiel]. Tribunaux libres! Liberté, égalité, démocratie! »

« Nous sommes venus spécialement avec un groupe de 14 personnes de Wroclaw pour protester contre la prise de contrôle des tribunaux », a raconté à l’AFP Karolina Chorej, 29 ans, docteur en chimie. « Nous voulons appeler le président à utiliser son veto, même si nous n’y croyons pas trop. »

« C’est un moment historique pour notre pays », a renchéri son ami Michal Bialek, 30 ans, lui aussi chimiste. « Il faut se battre pour les tribunaux libres, pour la démocratie. »

Le parlement polonais approuve la loi controversée sur la Cour suprême

La chambre basse du parlement polonais a adopté le 20 juillet une loi controversée sur la Cour suprême, envenimant encore plus les relations avec Bruxelles, qui accuse le pays de saper les principes fondamentaux de l’État de droit.

Les manifestants, parmi lesquels un nombre croissant de jeunes par rapport aux protestations précédentes, lèvent haut leurs bougies allumées lorsque le texte du préambule de la Constitution est lu sur une scène installée devant la Cour suprême.

Ils agitent des drapeaux polonais et européens, ainsi que les roses blanches, symbole de ce mouvement civique né en réaction aux réformes qui viennent s’ajouter à celle, déjà ancienne, du tribunal constitutionnel. Il s’agit de trois textes récents, dont celui sur la Cour suprême, introduits par le parti conservateur Droit et Justice (PiS), dirigé par Jarosław Kaczyński.

Des manifestations similaires étaient tenues dimanche dans une centaine de villes de province, selon des médias proches de l’opposition, sans qu’on puisse connaître leur ampleur.

Depuis plusieurs jours, dans toute la Pologne des groupes de manifestants demandent au chef de l’État, Andrzej Duda, lui-même issu du PiS, d’opposer son véto à la réforme de la Cour suprême. Le chef de l’État a 21 jours pour promulguer la loi ou la refuser.

Les réformes de la justice polonaise dans le viseur de Bruxelles

Après s’être attaqués à la justice constitutionnelle, les conservateurs au pouvoir à Varsovie ont lancé une réforme de l’ensemble du système judiciaire, dénoncée par l’opposition comme un « coup d’État effréné ».

Certains aspects de cette loi votée très rapidement jeudi par la chambre basse et vendredi par le sénat sont jugés inconstitutionnels par l’opposition, des organisations, des magistrats, l’Union européenne et le département d’État américain.

Le PiS, majoritaire à la chambre basse et au sénat, défend ses réformes, indispensables à ses yeux pour rationaliser le système judiciaire et combattre la corruption.

La Commission européenne a sommé Varsovie de les « mettre en suspens », agitant la menace de possibles sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension de ses droits de vote du pays au sein de l’UE.

En Pologne, le PiS poursuit le musellement de la justice

Depuis 2015, les tentatives du gouvernement pour contrôler le pouvoir judiciaire se multiplient. Des milliers de Polonais sont descendus dans la rue pour dénoncer cette dérive. Un article d’Euractiv Pologne.