Les Polonaises manifestent pour défendre le droit à l’avortement

Les Polonaises dans la rue contre la suppression du droit à l'avortement. [ Trybex / Shutterstock]

Plusieurs milliers de femmes vêtues de noir ont manifesté lundi dans toute la Pologne pour protester contre le projet du gouvernement d’interdire de fait tout accès à l’avortement. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

« Je ne suis pas allée travailler aujourd’hui », a déclaré Gabriela, une spécialiste des études de marché de 41 ans, à Varsovie. « Ils violent nos droits civiques et j’ai voulu soutenir toutes les femmes qui pourraient en souffrir, qui pourraient être privées d’aide médicale et obligées d’avoir un enfant handicapé (…) Et je le fais pour ma fille », a-t-elle ajouté.

Plusieurs centaines d’IVG légales sont pratiquées chaque année en Pologne, selon les statistiques officielles, mais des militants pro-avortement estiment le nombre d’interventions illégales à plusieurs dizaines de milliers, de nombreuses femmes se rendant en Allemagne ou en Slovaquie pour avorter.

Vers une législation encore plus dure

Le projet de loi en cours d’examen au Parlement reviendrait à durcir la législation en vigueur, qui est déjà la plus restrictive d’Europe puisqu’elle n’autorise l’interruption volontaire de grossesse qu’en cas de viol, d’inceste, de menace pour la santé de la mère ou de risque de handicap permanent pour l’enfant.

Le parti conservateur Droit et Justice (PiS) au pouvoir ne s’est pas encore clairement exprimé sur le texte, défendu par le groupe de pression Ordo Iuris, mais la perspective de nouvelles restrictions à l’IVG a ouvert un débat animé dans le pays, où l’église catholique jouit encore d’une influence importante.

Le projet de loi ne prévoit d’autoriser l’IVG que dans le cas où la vie de la mère serait menacée et il pourrait mener en prison les médecins et les mères reconnus coupables de ce qu’il appelle la« mort d’un enfant conçu ».

Liberté de son corps contre droit à la vie

« Nous voulons des médecins, pas des missionnaires ! », scandaient les femmes en noir rassemblées devant le siège du PiS, en appelant à la démission de Jaroslaw Kaczynski, son chef de file.

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Sur certaines pancartes, on pouvait lire : « Un gouvernement, ce n’est pas comme une grossesse : on peut l’interrompre. »

Le projet de loi place le PiS face à un dilemme : ne pas le voter serait prendre le risque de se mettre l’église catholique à dos, mais l’adopter pourrait nuire à sa popularité. Des responsables du PiS ont évoqué dans la presse la possibilité d’un nouveau texte autorisant l’avortement en cas de viol, d’inceste ou de menace pour la santé de la mère, mais pas en cas de handicap de l’enfant à naître.

« Le droit à la vie ou, comme le prétendent certains, le droit à l’avortement, constitue un défi moral majeur pour notre civilisation, pour la civilisation occidentale », a dit le ministre des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, à la radio RMF. « Qu’elles s’amusent » , a-t-il ajouté à propos des manifestantes. « Elles peuvent continuer si elles pensent que la Pologne n’a pas de problème plus important. »

>> Lire : État de droit : la Pologne refuse de céder

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