Les Roumains appellent au « Pontexit » après la mise en examen du Premier ministre

Le Premier ministre roumain Victor Ponta a été mis en examen pour corruption. Il continue pourtant de s’accrocher au pouvoir, alors que les appels à sa démission (ou « Pontexit ») se multiplient.

Le Premier ministre roumain Victor Ponta s’accroche au pouvoir malgré sa mise en examen pour corruption et la multiplication des voix critiques dans son propre camp, alors que l’opposition de centre droit ne cesse de réclamer sa démission.

Le Parquet anticorruption (DNA) a annoncé disposer de données et de preuves justifiant la mise en examen de M. Ponta, le plus haut responsable politique roumain en poste à tomber dans ses filets.

Les procureurs l’accusent de faux, de blanchiment et de complicité d’évasion fiscale du temps où il était avocat.

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M. Ponta est notamment soupçonné d’avoir rédigé 17 factures attestant faussement avoir travaillé pour le cabinet d’avocats d’un proche, Dan Sova, quatre ans après avoir reçu l’équivalent de 55 000 euros de la part de ce dernier.

Afin de compenser, le cas échéant, le préjudice subi par l’État dans cette affaire, le DNA a mis sous séquestre une partie de ses biens.

Le chef du gouvernement est également accusé de conflit d’intérêts dans l’exercice de ses fonctions de Premier ministre mais le parlement dominé par la gauche a refusé de lever son immunité pour permettre la poursuite de l’enquête sur ce volet.

M. Ponta, 42 ans, qui clame son innocence, a à plusieurs reprises assuré qu’il démontrerait que les accusations le concernant ne sont pas fondées dès qu’il serait convoqué au DNA.

Lundi, il a pourtant refusé de répondre aux questions des procureurs, affirmant attendre les conclusions d’une expertise financière-comptable requise par la justice.

« Je reviendrai en août lorsque cette expertise sera prête », s’est-il borné de déclarer aux nombreux journalistes massés devant le siège du DNA.

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Les critiques s’intensifient

Dimanche soir, il avait créé la surprise en annonçant sur son compte Facebook sa décision de quitter la présidence du Parti social-démocrate afin de ne pas « nuire à l’image » de cette formation qu’il dirigeait depuis 2010.

Cette annonce a pris de court ses alliés, dont certains n’ont pas caché leur mécontentement.

« Il s’agit sans aucun doute d’une erreur de la part de Victor Ponta, il aurait dû en discuter auparavant avec son staff », a lancé l’ancien président social-démocrate Ion Iliescu.

Fragilisée par les déboires juridiques du Premier ministre, la coalition de gauche au pouvoir s’est réunie en milieu d’après-midi pour analyser différentes options.

M. Ponta a jusqu’ici rejeté les appels à la démission lancés par le chef de l’État, le conservateur Klaus Iohannis.

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« Je vais continuer à faire mon devoir, en tant que Premier ministre, envers le PSD et envers les millions de Roumains qui nous soutiennent », a-t-il écrit sur Facebook.

C’est toujours via Facebook que les Roumains et même les amis politiques de M. Ponta avaient appris à la mi-juin qu’il s’était rendu en Turquie pour subir une intervention chirurgicale à un genou.

Son départ était intervenu une semaine après l’ouverture de poursuites à son encontre. Mercredi, alors que ses collaborateurs s’inquiétaient de la prolongation de son séjour, le Premier ministre, qui se déplace à l’aide de béquilles, est rentré en Roumanie.

Son absence a toutefois mis en évidence une brèche dans la coalition au pouvoir. Un parti allié, l’UNPR, s’est ainsi prononcé fin juin en faveur d’un candidat proposé par le chef de l’État à la tête des renseignements extérieurs, alors que M. Ponta avait donné pour consigne de ne pas participer au vote.

Selon les analystes, ce défi pourrait marquer un premier pas vers la constitution d’une nouvelle majorité au Parlement, autour des conservateurs de M. Iohannis.

« M. Ponta ne fait qu’essayer de gagner du temps, alors qu’il devrait (…) démissionner », a déclaré la chef de file des conservateurs, Alina Gorghiu.

Contexte

Lorsque la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l'UE le 1er janvier 2007, des lacunes demeuraient en termes de réformes du système judiciaire et de lutte contre la corruption. Dans le cas de la Bulgarie, la lutte contre le crime organisé posait également problème.

Un mécanisme de coopération et de vérification (MCV) a été mis en place pour assister les deux pays dans le domaine judiciaire après leur adhésion à l'Union. Huit ans après leur adhésion, le MCV est toujours d'actualité.

Jusqu'à ce jour, la Commission a publié des rapports d'évaluation tous les six mois. Chaque rapport examine les progrès réalisés en termes de réformes judiciaires, de lutte contre la corruption et, dans le cas de la Bulgarie, de la lutte contre le crime organisé. Des rapports écrits sont publiés chaque année.