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04/12/2016

La présidence maltaise questionne le concept « d’Europe à taille unique »

Justice & Affaires intérieures

La présidence maltaise questionne le concept « d’Europe à taille unique »

La Valette entend réunir les États membres.

(Tony Zelenoff/Shutterstock)

Le responsable parlementaire de la présidence maltaise, Ian Borg, estime qu’une UE à géométrie variable s’adapterait mieux aux besoins divers des États membres et permettrait de restaurer la confiance des citoyens.

« Il est temps de remettre en question l’idée d’une Europe à taille unique », a déclaré Ian Borg, secrétaire parlementaire pour la présidence maltaise du Conseil, qui commence le 1er janvier. Le responsable a présenté les priorités de cette présidence lors d’un événement à Bruxelles.

Pour la première fois depuis son accession à l’union, en 2004, Malte sera aux commandes de la présidence européenne de janvier à juin 2017, une période qui comprendra notamment les élections néerlandaises et françaises, et l’invocation de l’article 50 par Londres.

Réagir aux inquiétudes et aux inégalités ressenties par les Européens qui estiment que la réponse à l’immigration, à la sécurité et à l’instabilité économique  serait plus efficace au niveau national sera l’une des priorités de la présidence maltaise.

>> Lire : La présidence maltaise se prépare à affronter la tempête

Maintenir l’équilibre

Si l’UE est parvenue jusqu’ici à respecter ses principes fondamentaux, explique Ian Borg, qui mentionne un demi-siècle de paix, de sécurité et de prospérité, il est à présent nécessaire d’insuffler une nouvelle vision et une nouvelle flexibilité à l’union, afin d’assurer que le projet européen résistera aux pressions inédites qui l’assaillent.

Le 3 février, Malte accueillera un sommet pour poursuivre la discussion entamée à Bratislava et ouvrir la voie à la construction d’une nouvelle vision pour l’union à l’approche du soixantième anniversaire du Traité de Rome, en mars.

« Cette initiative devrait donner un nouvel élan et fournir une plateforme sur laquelle reconstruire la confiance dans le projet européen d’une manière viable et durable », a indiqué Ian Borg, qui insiste sur l’équilibre hautement instable entre le besoin de flexibilité et une rigidité intransigeante qui nuit au processus d’intégration.

Créer des ponts

Les déclarations faites par Joseph Muscat, Premier ministre maltais, après sa rencontre avec Jean-Claude Juncker, vont dans la même direction. Le Premier ministre a en effet annoncé que son gouvernement ne visait pas la gloire pour cette présidence et se concentrerait sur la concrétisation des mesures nécessaires.

« Nous sommes des constructeurs de ponts naturels et nous voulons tenter d’atteindre des compromis qui nous permettront d’avancer à l’avenir », a-t-il déclaré, soulignant que ces six mois ne se limiteraient pas aux sujets du Brexit et de la crise migratoire.

« Il y a beaucoup de travail à faire pour améliorer les conditions de vie de nos peuples. Nous devons nous assurer que ce que nous annonçons est plus compréhensible pour les citoyens, où qu’ils soient, de Vilnius à La Valette », a-t-il ajouté.

Ian Borg a pour sa part insisté sur le fait que le déficit de crédibilité auprès des citoyens était souvent lié à une mauvaise application des décisions. « Nous devons avoir le courage de nous évaluer et de réformer, ou de supprimer ce qui doit l’être pour améliorer les principes et réflexions stagnantes. »

Le responsable n’est cependant pas en faveur d’une réforme de fond en comble de l’UE. Rouvrir des traités qui ont nécessité des années de travail serait de la folie, estime-t-il, et constituerait la perte d’une énergie qui serait mieux utilisée ailleurs.

La crise économique, la perspective d’un Brexit, la crise migratoire, l’insécurité et le terrorisme ont « traumatisé » l’Europe, assure le Maltais. Toutefois, « ces crises ne doivent pas nous détourner du programme et du projet européens, mais, au contraire, nous offrir une occasion de bâtir une union plus compétitive et plus sociale. »

Outre l’inclusion sociale, l’immigration, la sécurité, les politiques maritimes et le marché unique, le pays méditerranéen entend se concentrer sur la politique de voisinage. En ce qui concerne le Brexit, le représentant maltais a envoyé un message clair à Londres, insistant sur le fait que les quatre grandes libertés européennes ne pouvaient pas être dissociées.

« Nous devrions adopter une approche pragmatique vis-à-vis des négociations, ce qui entrainerait des solutions justes, claires et rapides », estime-t-il.

Après avec rencontré le Premier ministre, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a déclaré être convaincu que la présidence du petit pays serait une réussite, parce que La Valette ne comptait pas mettre en avant les sujets qui lui importent le plus au niveau national pour se concentrer sur des thématiques plus larges. Il n’espère pas de résultats, il les attend, a-t-il assuré.