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06/12/2016

Le projet de mur « anti-migrant » en Autriche ravive les tensions avec l’Italie

Justice & Affaires intérieures

Le projet de mur « anti-migrant » en Autriche ravive les tensions avec l’Italie

Des eurodéputés appellent Jean-Claude Juncker à s’opposer à la construction d’une barrière entre l’Autriche et l’Italie. Une « grave erreur », selon Gianni Pittella, chef de file des socialistes au Parlement européen.

Le 27 avril, l’Autriche a annoncé son intention d’ériger un mur à sa frontière avec l’Italie, une connexion stratégique entre le nord et le sud du continent. Les deux pays sont engagés depuis des mois dans un bras de fer sur la gestion de la crise des réfugiés.

Si la construction de frontières physiques entre les États de l’espace Schengen est considérée comme dangereuse pour l’UE, la Commission n’a pas dénoncé cette pratique d’un point de vue juridique. Des barrières ont d’ailleurs déjà été construites à Spielfeld, à la frontière slovène, sans que l’exécutif européen se donne la peine de réagir outre mesure.

>> Lire : Schengen menacé par la démultiplication des contrôles aux frontières

« Le groupe S&D considère que l’érection d’une clôture préventive à la frontière austro-italienne, au col du Brenner, est une grave erreur, qui contredit franchement les règles et les valeurs européennes. Nous appelons donc la Commission européenne à déterminer si la décision du gouvernement autrichien est conforme aux règles de l’UE et du système Schengen. L’Europe doit être un espace d’intégration, de diversité culturelle, de respect et de droits de l’Homme », a assuré Gianni Pittella.

Contrôles aux frontières

Un nombre toujours croissant de réfugiés africains traversent la Méditerranée pour atteindre l’Italie et l’UE. Vienne estime que l’Italie devrait arrêter ces migrants et les empêcher de continuer vers le nord de l’Europe. Sans quoi, l’Autriche menace d’introduire des contrôles à la frontière du col du Brenner.

Les autorités autrichiennes ont cependant déjà commencé leurs préparations, ce qui irrite passablement l’Italie. La décision de l’Autriche est « éhontément contraire aux règles européennes, et contredit également l’Histoire, la logique et l’avenir », a soutenu Matteo Renzi, le Premier ministre italien.

>> Lire : La fermeture des frontières autrichiennes inquiète ses voisins 

La police de la région du Tyrol autrichien, au sud de l’Italie, a en effet présenté les plans d’installation d’infrastructures au col du Brenner, afin de pouvoir inspecter les véhicules et enregistrer les migrants, au cas où des contrôles officiels sont réinstaurés. La construction a commencé il y a deux semaines, mais l’ampleur du projet n’était pas connue.

« Une barrière de sécurité de 370 mètres est prévue », a confirmé un porte-parole de la police régionale. Elle fait partie d’un système visant à canaliser les migrants lors de leur traversée de la profonde vallée du col du Brenner.

La construction de la clôture dépendra cependant de l’issue des négociations qui se sont déroulées le 28 avril à Rome entre le ministre autrichien de l’Intérieur, Wolfgang Sobotka, et son homologue italien, a assuré le porte-parole.

Position dure

L’Autriche a adopté une position de plus en plus dure sur la gestion des centaines de milliers de demandeurs d’asile arrivant en Europe, dont la plupart fuient les conflits et la pauvreté au Moyen-Orient et ailleurs.

En septembre dernier, l’Autriche a ouvert ses frontières, tout comme l’Allemagne. Depuis, Vienne a cependant changé d’avis et annonce ne pas pouvoir faire face au nombre croissant d’arrivants. Les autorités ont donc mis en place des mesures qui ont bloqué l’itinéraire principal des migrants, qui atteignaient le nord de l’Europe via la Grèce et les Balkans.

L’Italie et l’Autriche font toutes deux partie de l’espace sans frontière européen, mais la libre-circulation a récemment été mise en danger par la réintroduction de contrôles aux frontières de plusieurs pays.

La coalition gouvernementale autrichienne, composée du Parti social-démocrate et du Parti populaire, conservateur, est dans une mauvaise passe, étant donné que le premier tour de l’élection présidentielle, le 22 avril, a donné comme grand favori le candidat du parti anti-immigration, le Parti pour la liberté.

>> Lire : L’extrême droite autrichienne en tête au premier tour de la présidentielle

Le col du Brenner est la route la plus utilisée des poids lourds dans les Alpes et l’instauration de contrôle ralentirait significativement le trafic dans ce couloir important vers l’Allemagne, premier partenaire commercial de l’Italie.

« La construction des infrastructures sera achevée d’ici fin mai, avec ou sans la barrière », a assuré le porte-parole de la police, qui n’a pas précisé quand les contrôles seraient instaurés.

Une loi sur l’asile draconienne

Le 26 avril, le parlement autrichien a adopté l’une des lois sur l’asile les plus dures d’Europe, dans le contexte inquiétant de la montée en puissance de l’extrême-droite.

La proposition de loi, très controversée, passée à 98 voix contre 67, autorise le gouvernement à déclarer l’état d’urgence si le nombre de migrants augmente soudainement et à rejeter la plupart des demandeurs d’asile directement à la frontière, y compris ceux qui viennent de pays déchirés par la guerre, comme la Syrie.

La législation, dernière d’une série de mesures sévère à l’encontre des migrants, a été dénoncée par les groupes de défense des droits de l’Homme, les dirigeants religieux et les partis d’opposition, qui assurent qu’elle viole les conventions internationales sur les droits de l’Homme.

Tant que « les autres États membres de l’Union européenne ne font pas leur travail » pour empêcher une partie des arrivée, l’Autriche n’a pas d’autre choix, se défend le ministre de l’Intérieur autrichien. « Nous ne pouvons pas nous charger de toute la misère du monde », rétorque le ministre.