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01/10/2016

Merkel appelle timidement Orbán à respecter l’opposition en Hongrie

Justice & Affaires intérieures

Merkel appelle timidement Orbán à respecter l’opposition en Hongrie

La chancelière allemande Angela Merkel s'entretient avec le premier ministre hongrois Viktor Orbán (à droite) à un congrès du PPE en 2012.

[European People's Party/Flickr]

Lors d’une visite à Budapest,  Angela Merkel, a exhorté du bout des lèvres Viktor Orbán à respecter les droits de l’opposition politique et de la société civile. Insuffisant, selon certains experts, qui accusent la chancelière de copinage avec un « État mafieux ». Un article d’EurActiv Allemagne.  

« J’ai rappelé au premier ministre hongrois que même s’il détient une large majorité, ce qui est son cas, il est important dans une démocratie d’apprécier le rôle de l’opposition, de la société civile et des médias », a déclaré Angela Merkel le 2 février après une réunion de trois heures avec Viktor Orbán.

Les sociétés se développent en se concurrençant pour emprunter la meilleure voie, a continué la chef de file du parti des chrétiens-démocrates. « Je crois que c’est un important modèle à suivre pour la Hongrie. »

Lors de la réunion entre les deux chefs de gouvernement, la police anti-terroriste hongroise tentait d’endiguer une manifestation en face de l’université Andrássy de langue allemande. Cette information a été publiée sur Facebook par les organisateurs, MostMi. Angela Merkel a prononcé un discours plus tard dans l’après-midi adressé aux étudiants de l’université Andrássy.

Amnesty International : « la chance aux sorcières des ONG doit cesser »

Pendant des mois, Viktor Orbán a été critiqué pour son comportement vis-à-vis des forces de l’opposition. Grâce à l’écrasante majorité de son parti Fidesz au parlement, les politiques de droite ont pu introduire des amendements afin d’accroître le contrôle du gouvernement sur le système judiciaire et les médias.

Dans un rapport publié le 2 février, l’organisation des droits de l’Homme, Amnesty International, passe au crible l’approche politique de l’État hongrois envers les ONG.

Their backs to the wall: civil society under pressure in Hungary (Dos au mur: la société civile, sous pression en Hongrie) décrit des fouilles de bureaux et de maisons, des saisies et des évaluations économiques à caractère politique, qui débouchent souvent sur l’emprisonnement d’employés ou la dissolution d’une entreprise.

« L’assaut permanent des autorités hongroises sur les ONG a tout d’une chasse aux sorcières. L’Union européenne de devrait pas permettre que des pratiques russes contre la société civile soient importées dans des pays membres de l’UE. Lors de sa visite, Angela Merkel doit saisir l’occasion de faire pression sur le gouvernement hongrois afin de protéger les droits de l’homme », a déclaré le secrétaire général d’Amnesty International Allemagne, Selmin Çal??kan, avant la rencontre entre Viktor Orbán et Angela Merkel.

Angela Merkel en quête du pouvoir plutôt que des droits de l’Homme

Selon l’analyste hongrois Markus Schicker, « Merkel s’est contentée d’un discours vide. Elle a dit la même chose qu’il y a quatre ans. Ce genre de charabia doit cesser », a-t-il déclaré à EurActiv Allemagne.

Il a appelé Angela Merkel à faire usage de sa position de force en Europe et au sein de l’influent Parti populaire européen (PPE) pour introduire des instruments concrets de lutte contre les violations des droits fondamentaux dans les États membres.

L’analyste hongrois propose un système de contrôle et de sanctions grâce auquel l’UE pourrait accuser la Hongrie de violation des articles 1 et 2 du Traité de Lisbonne.

Outre la situation des droits de l’Homme en Hongrie, Markus Schicker a critiqué « l’escalade de la kleptocratie » dans le pays. Viktor Orbán a mis en place un État mafieux corrompu dans lequel les fonds de l’UE sont détournés par des réseaux privés.

Lors de cette rencontre, Angela Merkel aurait au moins pu demander à ce que les droits fondamentaux européens soient respectés, par les Hongrois également, regrette-t-il. Au lieu de ça, et pour des intérêts politiques, la chancelière allemande regarde tranquillement Viktor Orbán transgresser la loi européenne, s’est indigné Markus Schicker. « Et tout cela, alors même que le CDU de Merkel et le parti Fidesz d’Orbán sont partenaires dau sein du PPE ».

Des milliers d’Hongrois ont manifesté contre les politiques du premier ministre Viktor Orbán le 1 février devant le parlement de Budapest. Les manifestants ont appelé à une « nouvelle République de Hongrie » ainsi qu’au respect des droits fondamentaux européens. Ils ont également demandé à leur pays de tourner le dos à la Russie. Au vu des libertés démocratiques qui sont  bafouées et de la corruption qui se répand en Hongrie, les manifestants ont réclamé la démission de Viktor Orbán.

>> Lire : Viktor Orban conforte son pouvoir en Hongrie

Après la rencontre entre les deux dirigeants, Viktor Orbán n’a pas commenté les critiques faites à son style de gouvernance. Il a toutefois souligné le rôle crucial des relations économiques entre l’Allemagne et la Hongrie. Grâce, notamment, à l’activité des entreprises allemandes, Viktor Orbán a déclaré que le taux d’emploi était au plus haut depuis des décennies.

Selon le premier ministre, les entreprises allemandes ont créé 300 000 emplois dans le pays. L’année dernière, les exportations de la Hongrie vers l’Allemagne ont atteint un record de 21 milliards d’euros. « Tout ce que je peux dire à la chancelière  est : merci à l’Allemagne. »

Contexte

Les politiques du premier ministre hongrois, Viktor Orbán, à la tête du parti Fidesz (affilié au PPE), l'ont placé à plusieurs reprises en porte à faux avec l'Union européenne et les investisseurs étrangers.

Fidesz est affilié au Parti populaire européen (PPE), le parti de centre-droite qui a le plus grand nombre de sièges au Parlement européen.

Ces quatre dernières années, il a notamment nationalisé les fonds de pension privés, instauré des « impôts de crise » sur les grandes entreprises et un allègement des taux hypothécaires qui a coûté cher aux banques, pour la plupart étrangères.

Ces politiques ont contribué à la fin de la récession en Hongrie, mais certains économistes estiment que Viktor Orbán a poussé les investisseurs, dont le pays a besoin à long terme, à abandonner le pays.