Merkel provoque une controverse sur les réfugiés en Bulgarie

Angela Merkel [Commission] [European Council]

Le Premier ministre bulgare a démenti avoir demandé l’établissement d’un « hotspot » dans le pays, comme annoncé par la chancelière allemande, après les violentes critiques suscitées en Bulgarie par cette annonce. 

Lors de la conférence de presse suivant le sommet extraordinaire sur la crise des réfugiés, Angela Merkel, la chancelière allemande, a fait un commentaire qui n’est pas passé inaperçu en Bulgarie. Elle a en effet sous-entendu que le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, avait demandé l’établissement de « hotspots », un centre de réception des réfugiés, dans le pays. Une information vivement démentie par le principal intéressé.

Les partis d’opposition socialiste et nationaliste (Ataka) ont réagi en attaquant virulemment le Premier ministre. Les socialistes déplorent qu’une annonce si importante soit faite de Bruxelles, sans aucune consultation préalable en Bulgarie. Ataka, le parti nationaliste et xénophobe, a qualifié l’établissement d’un « hotspot » de « tragédie ». Le Front patriotique, une formation politique nationaliste pourtant favorable au gouvernement, trouve également cette idée « folle » et menace de déclencher un référendum sur le sujet.

Cette controverse a poussé Boyko Borissov à faire une déclaration officielle à rallonge lors d’un événement le 24 septembre. Le Premier ministre dément avoir requis l’installation d’un centre de réception pendant le sommet européen. Il explique avoir demandé que la Bulgarie soit traitée en égale au sein de l’UE et avoir encore répété que le pays avait déjà rempli toutes les conditions pour devenir membre de l’espace Schengen. Il dénonce aussi l’attitude de l’UE, qui attend que Sofia endosse le rôle de frontière externe de l’UE sans pour autant lui offrir d’aide financière. « L’Union européenne devrait prendre en compte notre souhait d’entrer dans l’espace Schengen », a souligné le Premier ministre.

Boyko Borissov a aussi parlé d’une lettre intéressante qu’il a reçue de son homologue turc, Ahmet Davuto?lu, et a invité tous les Bulgares à la lire. La lettre a été publiée sur le site du gouvernement. Le Premier ministre turc y avertit la Bulgarie que plus de 7 millions de Syriens pourraient prendre le chemin de l’Europe si la crise n’est pas prise en main par la communauté internationale. Il demande également à ce que cette lettre soit présentée aux autres chefs d’État et de gouvernement lors du sommet extraordinaire du 23 septembre.

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Le Premier ministre bulgare a insisté sur la nécessité de prendre des mesures préventives et regretté que l’attention des dirigeants de l’UE se concentre uniquement sur la Grèce et l’Italie.

« L’attention était centrée sur la Grèce et l’Italie, mais j’ai sorti une carte de la Bulgarie et expliqué que nous devrions parler géographie. Notre frontière terrestre avec la Turquie n’est pas négligeable, l’UE devrait tenir compte de notre souhait de protéger l’espace Schengen, alors que nous n’en sommes pas membres. Devons-nous attendre que 300 000 réfugiés arrivent en Bulgarie pour que soit convoqué un sommet extraordinaire pour notre pays aussi ? […] À l’UE, nous ne nous rassemblons que pour décider combien de milliards et combien de réfugiés devraient être alloués à quels pays. Nous ne parvenons jamais à anticiper les événements », a-t-il dénoncé.

Il a également abordé la nécessité de trouver une solution au conflit syrien en collaboration avec la Russie et les États-Unis et proposé la création de zones franches dans le pays.

Boyko Borissov a conclu en critiquant violemment la procédure d’infraction lancée par la Commission à l’encontre de la Bulgarie sur le traitement des réfugiés. Un retraité bulgare reçoit en moyenne 150 euros par mois, soit 5 euros par jour. La Bulgarie nourrit les demandeurs d’asile et fournit un effort humanitaire important, assure-t-il. Il a donc demandé au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, d’annuler la procédure.

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Contexte

Les dirigeants européens se sont accordés sur les grandes lignes d'un plan sur deux ans qui permettrait à l'UE de mieux gérer le nombre jamais vu d'immigrants fuyant le Moyen-Orient et l'Afrique.

La concrétisation d'un système de réinstallation ou de relocalisation de quelque 60 000 réfugiés est cependant très problématique à l'heure où les partis anti-immigration jouissent d'une montée en popularité en Europe. De nombreux États, dont la France et l'Allemagne, ne s'opposent pas à l'idée de partager le fardeau de l'immigration, mais ne sont pas satisfaits du système de quota proposé par la Commission.

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Au mois de juin, lors d'un sommet sur la question s'est prolongé jusque tard dans la nuit, les dirigeants européens, peu enclins à accueillir plus de migrants, se sont accrochés à ce sujet jusque tard dans la nuit. Ces désaccords reflètent bien les profondes rivalités nationales que l'Union devrait pouvoir transcender. Le Conseil devrait toutefois parvenir à un système de quotas bien défini d'ici la fin du mois de décembre

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La crise des réfugiés s'est cependant encore aggravée. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, espère convaincre les États membres d'accepter un système de redistribution de 160 000 réfugiés au sein de l'UE.

Pour ce faire, il faudrait modifier ou suspendre le règlement de Dublin, qui oblige les réfugiés à introduire leur demande d'asile dans le premier pays européen où ils mettent les pieds. Ce règlement a été vivement critiqué et est accusé de saper la solidarité entre États membres. L'Allemagne a d'ailleurs décidé de le suspendre pour les immigrants arrivant de Syrie.

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Ce changement de politique à l'égard des réfugiés ne sera cependant pas aisé et nécessitera que les dirigeants européens changent d'avis, puisqu'ils ont refusé un plan de redistribution de 40 000 personnes en mai dernier. Les ministres de l'Intérieur on cependant accepté la relocalisation de 160 000 personnes le 22 septembre.

L'urgence de la situation forcera aussi l'UE à revoir sa liste des pays d'origine dits « sûrs » et sa politique en matière de redistribution des réfugiés, deux sujets sur lesquels l'UE est embourbée depuis plusieurs années.

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