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07/12/2016

Pegida se lance à la conquête de l’Europe

Justice & Affaires intérieures

Pegida se lance à la conquête de l’Europe

A PEGIDA protest in Germany - and to be seen around Europe in the coming year.

[Metropolico.org/Flickr]

Jusqu’ici, le groupe d’extrême droite Pegida se limitait à l’Allemagne, mais le mouvement xénophobe prépare maintenant des manifestations contre l’islamisation de l’Europe dans 14 pays. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

Le week-end dernier, Lutz Bachmann, fondateur du groupe basé à Dresde, a fait un discours à Roztoky, une petite ville tchèque proche de Prague, aux côtés de l’un des chefs de file du mouvement, Tatjana Festerling. Sur la table en face d’eux reposait une copie du TIME magazine, qui a récemment fait un article sur le groupe allemand.

L’objectif de cette rencontre était de coordonner des manifestations contre l’« islamisation de l’Europe » le 6 février. Des groupes anti-Islam sont venus d’Autriche, de Bulgarie, de République tchèque, d’Estonie, d’Italie, des Pays-Bas, de Pologne et de Slovaquie pour participer à l’événement. Tatjana Festerling a annoncé que des manifestations auraient lieu dans 14 pays différents. « La lutte contre l’islamisation de l’Europe est notre objectif commun », a-t-elle souligné.

>> Lire : La politique d’asile de l’Allemagne se contracte après les agressions de Cologne

« Nous ne laisserons pas l’Europe à nos ennemis », stipule le mémorandum signé par tous les participants à la conférence. Ceux-ci ont également clamé leur intention de se défendre contre l’Islam politique, les islamistes et leurs collaborateurs européens. Ils ont assuré être prêts à risquer leur vie pour défendre ces objectifs, « comme l’a fait la génération précédente ».

Les élites mondiales n’ont apporté aux sociétés que « chômage, corruption, chaos et un effondrement moral », poursuivent-ils. Sur son site, Tatjana Festerling soutient également que « les peuples d’Europe » ont « deux options : la soumission ou la rébellion ».

La rencontre en République tchèque a été organisée par le groupe xénophobe anti-UE Block against Islam. Son dirigeant, Martin Konvicka, a notamment qualifié la politique européenne sur les réfugiés de « stupide etr suciudaire ». Le parti tchèque Usvit – Coalition nationale participait également à la rencontre.

Usvit se situe à l’extrême droite du spectre politique tchèque. Lors des élections de 2014, le parti a remporté 14 sièges parlementaires. Son numéro 2, Jan Zilvar, aurait déclaré que l’Islam « menace nos valeurs et veut introduire le Coran. Je ne veux pas voir les musulmans faire exploser le château de Prague ».

>> Lire : L’Allemagne accueille deux fois plus de réfugiés que le groupe de Visegrad

Ce n’est pas une coïncidence que Pegida se rapproche des Tchèques. Les discours du président, Miloš Zeman, flirtent allégrement avec la rhétorique anti-Islam. Son prédécesseur, Václav Klaus, s’est par ailleurs engagé à donner un discours lors d’un événement organisé à Stuttgart par le parti allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD). La majorité des Tchèques sont opposés à l’accueil des réfugiés de guerre et une étude publiée la semaine dernière indique que seuls 2 % de la population étaient favorables à ce que les réfugiés restent dans leur pays de manière permanente.

>> Lire : L’AfD et les islamophobes de Pegida entament un rapprochement en Allemagne

« Leur tentative de faire de Dresde et de la Saxe le point de départ d’un mouvement paneuropéen doit, pour l’instant, être considéré comme un échec », expliquent Hans Vörlander et ses collègues, qui viennent de publier un livre sur Pegida. Le groupe semble pourtant redoubler d’efforts pour lancer un réseau européen en ce début 2016.

Début janvier, Lutz Bachmann s’est rendu dans le port belge d’Anvers pour une manifestation anti-Islam à l’invitation du parti flamand d’extrême droite, le Vlaams Belang. Quelques jours plus tard, il était l’invité du parti autrichien des libertés (FPÖ) et recevait les félicitations de son dirigeant, Heinz-Christian Strache.

Un événement rassemblera également l’extrême droite européenne à Bâle, en Suisse, le 3 février. Le fondateur du Front national français, Jean-Marie Le Pen, espère pouvoir participer à l’événement, durant lequel il partagerait la vedette avec le numéro 2 du parti national démocrate, Karl Richter, entre autres.

À 87 ans, Jean-Marie Le Pen, qui a été écarté de la scène politique par sa fille, s’est félicité de cette occasion de prendre la parole en public et espère que sa santé lui permettra de se rendre en Suisse. Frauke Petry,  la chef de file de l’AfD, aurait également été invitée, mais le parti a assuré qu’elle ne participerait pas à l’événement.

Pegida ne semble donc pas vouloir accepter le fait que la police de Bâle a interdit la manifestation.

Pour Günther Lachmann, qui a publié le détail des projets européens de Pegida mi-janvier dans Geolitico et Die Welt am Sonntag, « Pegida n’est plus un phénomène uniquement allemand ». Il estime que le groupe attire aujourd’hui « ceux qui ne se sentent pas représentés par les partis établis ».

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Contexte

PEGIDA est l’acronyme (en allemand) des Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident. Le groupe a été formé à Dresde en octobre 2014 et a organisé des manifestations importantes contre les musulmans, les réfugiés, certaines personnalités politiques et les médias. À plusieurs reprises, les manifestants s’en sont pris violemment aux journalistes.

Prochaines étapes

  • 6 février 2016 : PEGIDA projette des manifestations anti-Islam dans 14 pays.