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11/12/2016

Polémique entre Bruxelles et Ankara sur l’un des kamikazes

Justice & Affaires intérieures

Polémique entre Bruxelles et Ankara sur l’un des kamikazes

De gauche à droite : Khalid El Bakraoui, Ibrahim El Bakraoui et Najim Laachraoui. Photo distribuée par les autorités belges.

[Police fédérale belge]

Une controverse est apparue lorsque le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré  que l’un des kamikazes de Bruxelles avait été arrêté en juin 2015 près de la frontière syrienne, expulsé par la Turquie, et que la Belgique l’avait ensuite libéré.

Trois kamikazes ont été identifiés mercredi par les autorités belges dans les attentats qui ont fait au moins 31 morts et 300 blessés à l’aéroport et dans le métro de Bruxelles tandis qu’un quatrième homme toujours en fuite reste recherché par les forces de sécurité.

Deux des kamikazes, les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, se sont fait exploser mardi à une heure d’intervalle, le premier à l’aéroport, le second à la station de métro Maelbeek, a déclaré le procureur fédéral belge, Frédéric Van Leeuw.

Le troisième kamikaze, qui s’est fait exploser à l’aéroport, a été identifié comme étant Najim Laarchaoui, ont indiqué des sources policières à l’AFP, confirmant des informations du journal flamand De Standaard.

>> Lire : En direct : alerte à Bruxelles

Controverse

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré le 23 mars que l’un des kamikazes de Bruxelles avait été arrêté et expulsé par la Turquie en, et que la Belgique l’avait ensuite libéré. Il a ajouté que les Pays-Bas avaient également été impliqués parce que l’individu avait initialement demandé à être expulsé vers ce pays avant de se retrouver en Belgique.

« Bien que nous les ayons informées que cet individu était un combattant terroriste étranger, les autorités belges n’ont pas été en mesure d’identifier ses liens avec le terrorisme », a déploré M. Erdogan.

Un haut responsable turc a précisé qu’il s’agissait d’Ibrahim El Bakraoui.

Le ministre belge de la Justice Koen Geens s’est inscrit en faux contre la version turque. « A ce moment, il n’était pas connu chez nous pour terrorisme », a-t-il affirmé sur la télévision belge néerlandophone VRT.

Antécédents

Najim Laarchaoui était recherché depuis que son ADN avait été trouvé dans plusieurs habitations louées par les commandos des attentats qui ont fait 130 morts et 350 blessés le 13 novembre à Paris. Ainsi que sur du matériel explosif utilisé lors de ces attaques, également revendiquées par l’État islamique.

Un quatrième homme – qui figure avec Ibrahim El Bakraoui et Laarchaoui sur une photo de vidéo-surveillance en train de pousser des bagages à l’aéroport – est en fuite et activement recherché. Il n’a pas été identifié par les enquêteurs.

« Son sac contenait la charge la plus importante », selon le procureur. Cette charge a explosé plus tard que prévu, « après l’arrivée du service de déminage », ce qui a sans doute évité un bilan encore plus lourd.

Liés aux commandos de Paris, les frères Ibrahim et Khalid, respectivement 29 et 27 ans, ont un passé de criminels endurcis.

Khalid El Bakraoui aurait loué sous un faux nom une planque à Charleroi d’où sont partis une partie des commandos du 13 novembre, et un appartement de la commune bruxelloise de Forest, où une perquisition le 15 mars avait permis de retrouver la trace de Salah Abdeslam. Ce dernier, suspect-clé des attentats de Paris, a été capturé le vendredi 18 mars dans sa commune bruxelloise de Molenbeek après quatre mois de cavale.

Atelier de fabrication de bombes

Selon les informations données par le procureur, Ibrahim et les deux autres assaillants de l’aéroport ont préparé leur attentat depuis un appartement de Schaerbeek, une autre commune de Bruxelles. Outre un drapeau de l’EI, la fouille de cet appartement a permis de découvrir un atelier de fabrication de bombes : « 15 kilos d’explosifs de type TATP, 150 litres d’acétone, 30 litres d’eau oxygénée (deux des produits qui servent à fabriquer le TATP, ndlr), des détonateurs et une valise remplie de clous et de vis », selon le procureur.

>> Lire : « Un courant d’air chaud et du tonnerre » qui ont transfiguré le quartier européen, à Bruxelles

Réunion extraordinaire

La présidence néerlandaise de l’UE a convoqué pour 16h à Bruxelles une réunion extraordinaire des ministres de l’Intérieur et de la Justice des pays de l’Union sur les attentats et leurs suites. Des représentants d’institutions de l’UE y participeront également.

La réunion, lors de laquelle les partenaires européens de la Belgique lui exprimeront leur solidarité, doit permettre de dresser un état des lieux de la lutte anti-terroriste et de l’application de la législation européenne dans des domaines liés au terrorisme.

Cette réunion intervient alors que se développe une polémique sur le niveau de responsabilité des services de sécurité dans ces attentats, survenus malgré une pression policière très forte exercée sur les réseaux djihadistes depuis les attentats de Paris.

Le Premier ministre français, Manuel Valls, qui a déposé une gerbe à la station Maelbeek, s’est efforcé d’apaiser les interrogations sur l’efficacité des enquêteurs belges, assurant « n’avoir jamais ressenti la moindre naïveté et le moindre angélisme de nos amis belges ».

>>Lire : Jean-Claude Juncker évoque une union de la sécurité

Mais l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton, favorite dans la course à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine, a vivement critiqué les pays de l’UE, leur reprochant la désorganisation et les retards de leur réponse aux menaces djihadistes.