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25/09/2016

Les populistes du M5S remportent les municipales italiennes

Justice & Affaires intérieures

Les populistes du M5S remportent les municipales italiennes

Virginia Raggi votes Reuters

Le Parti démocrate du chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, a été battu à plates coutures à Rome et à Turin par les anti-système du Mouvement 5 Étoiles, dimanche à l’issue du second tour des élections municipales.

Ce résultat représente une percée majeure pour le Mouvement 5 Étoiles (Movimento 5 Stelle – M5S) de l’humoriste Beppe Grillo. Il met aussi en position difficile le président du Conseil qui a lié son avenir politique aux réformes constitutionnelles qu’il veut faire adopter par référendum au mois d’octobre.

À Rome, Virginia Raggi, candidate du M5S, l’emporte haut la main avec 67% des suffrages exprimés, face au candidat de centre gauche Roberto Giachetti et entre dans l’Histoire en devenant la première femme maire de la capitale.

L’intérim était assuré depuis fin 2015 par le préfet Francesco Paolo Tronca, le maire de centre gauche, Ignazio Marino, ayant démissionné après avoir été mis en cause dans une affaire liée à ses notes de frais.

« C’est une nouvelle ère qui commence avec nous », a s’est félicitée Virginia Raggi. « Nous travaillerons à redonner égalité et transparence aux institutions de la ville. »

Les grands noms du Parti démocrate (PD) se sont faits discrets dimanche sur les plateaux de télévision, mais la direction du mouvement annonce dans un communiqué qu’elle examinera vendredi les « implications nationales » du scrutin.

« Les résultats du second tour à Rome et à Turin sont un échec clair et injustifié pour les candidats du PD », ajoute-t-elle.

Le PD reste toutefois aux commandes à Milan, la capitale financière, ainsi qu’à Bologne, où ses candidats ont devancé leurs adversaires traditionnels de centre droit.

Matteo Renzi avait exclu de démissionner dans tous les cas de figure, mais a promis de se retirer de la vie politique si ses réformes, qui prévoient notamment la réduction des pouvoirs du Sénat, sont rejetées par les électeurs au mois d’octobre. Le chef du gouvernement les juges nécessaires à la stabilité politique.

Les défaites du Parti démocrate à Rome et à Turin, pourtant traditionnellement acquise au PD, laissent toutefois planer le doute sur sa capacité à les faire adopter. L’opposition y est hostile et son mouvement lui-même est divisé.

En position de force

Arrivé au pouvoir en 2014 après avoir promis de revitaliser l’Italie, le chef du gouvernement a du mal à relancer la croissance économique et la création d’emplois après des années de stagnation. Il a aussi été affecté par des affaires à répétition dans le secteur bancaire.

Le PD avait anticipé sa défaite à Rome après les critiques acerbes sur sa gestion de la ville, mais la perte de Turin, bastion traditionnel du centre gauche et berceau du groupe automobile Fiat, constitue un choc.

Le maire sortant, Piero Fassino, un poids lourd du parti, a été balayé par la candidate du M5S, Chiara Appendino, 31 ans, élue avec 55 % des suffrages alors qu’elle accusait 11 points de retard à l’issue du premier tour.

Créé il y a sept ans, le M5S ne détenait jusqu’à présent qu’une poignée de communes de taille moyenne. S’il arrive à gérer efficacement Rome et Turin, le parti anti-système sera en position de force pour les élections législatives de 2018.

L’impétueux Beppe Grillo, 67 ans, s’est retiré de la ligne de front politique ces 18 derniers mois pour laisser la place à une génération de jeunes dirigeants qui ont donné du M5S une image plus modérée et lui ont permis de toucher un public plus vaste.

Le M5S continue à dénoncer la corruption endémique de la vie publique, son fonds de commerce, mais s’est démarqué de son image de parti purement contestataire et ses propositions sont désormais prises au sérieux, estiment les observateurs.

Le parti souhaite mettre en place le revenu universel, renforcer les sanctions contre la criminalité en col blanc et la fraude fiscale, fermer ou privatiser un certain nombre de sociétés du secteur public et réduire la fiscalité des petites entreprises.

Quelque 8,6 millions de personnes, soit un cinquième de l’électorat, étaient concernées par ce second tour qui se déroulait dans les 126 communes où aucun candidat n’avait remporté plus de 50% des voix au premier tour, le 5 juin.

À Naples, le maire sortant sans étiquette, Luigi de Magistris, l’a facilement emporté face au candidat de droite. Celui du PD avait été battu dès le premier tour.

Le centre droit ne remporte aucune des cinq plus grandes villes d’Italie dont la mairie était à pourvoir, mais il a réussi à prendre Trieste au centre gauche.

Le taux de participation est tombé à 50,5%. Il était d’environ 60% il y a deux semaines.

>> Lire aussi : Le parti M5S de Beppe Grillo veut diriger le gouvernement italien (2013)