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11/12/2016

Schengen menacé par la démultiplication des contrôles aux frontières

Justice & Affaires intérieures

Schengen menacé par la démultiplication des contrôles aux frontières

Lars Løkke Rasmussen

[News Oresund/Flickr]

Le Premier ministre, Lars Løkke Rasmussen, a annoncé l’instauration de contrôles à la frontière entre le Danemark et l’Allemagne.

La décision de mettre en place des contrôles à la frontière allemande suit l’instauration par la Suède de contrôles d’identité stricts à sa frontière avec le Danemark. Le Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen, a expliqué que la mesure suédoise risquait d’entrainer une augmentation du nombre d’immigrants illégaux qui se retrouveront coincés à Copenhague.

« Quoi que l’on pense des contrôles instaurés par la Suède, la décision a été prise », a déclaré Lars Løkke Rasmussen. « Ce n’est pas un moment qui me fait plaisir du tout. » Il a expliqué que les contrôles à la frontière entre le Danemark et l’Allemagne ne seront pas systématiques et ne seront appliqués que pendant dix jours, même si la mesure pourrait être prolongée.

>> Lire : La Suède tente de décourager les candidats à l’émigration

Le Premier ministre a expliqué que la chancelière allemande, Angela Merkel, et le commissaire européen à l’immigration, Dimitris Avramopoulos, ont été prévenus de la nouvelle mesure, conformément au règlement de Schengen, qui abolit les contrôles aux frontières.

Le pays craint en effet les conséquences du rétablissement des contrôles à la frontière entre le Danemark et la Suède. Les réfugiés ayant pour but la Suède qui seront arrêtés à cette frontière se retrouveront en effet au Danemark.

Lars Løkke Rasmussen espère donc que les contrôles à la frontière allemande découragent les demandeurs d’asile de se rendre au Danemark. Entre 100 et 300 candidats à l’asile quittent l’Allemagne chaque jour pour se rendre au Danemark, selon le ministère de l’Intérieur allemand.

Le 4 janvier, les autorités danoises et suédoises ont suivi de près la circulation sur le pont Øresund, qui relie les deux pays et que quelque 30 000 personnes traversent tous les jours.

Si plusieurs passagers n’ont pas pu monter dans un train vers la Suède à l’aéroport de Copenhague, la télévision danoise DR souligne que quatre Suédois n’ont également pas pu embarquer sur un ferry reliant Elsinore (au Danemark) à Helsingborg (en Suède), à un jet de pierre de là.

La Suède a fait volte-face dans sa politique étrangère en novembre, quand le gouvernement a annoncé qu’il n’accorderait plus que des cartes de séjour temporaires aux demandeurs d’asile et s’en tiendrait aux normes minimales des lois européennes et internationales en matière de réfugiés.

>> Lire : La Suède durcit sa politique d’asile

En 2015, la Suède a répondu favorablement à 163 000 demandes d’asile, selon les chiffres officiels. C’est donc le pays de l’UE qui accueille le plus de demandeurs d’asile par habitant. Le Danemark en a accueilli 18 505 demandeurs d’asile, la Norvège 30 101 et la Finlande 30 625.

L’Allemagne au secours de Schengen ?

Le Danemark est le sixième membre de Schengen à avoir rétabli des contrôles au sein de l’espace Schengen ces derniers mois, après la Norvège, la Suède, l’Allemagne, la France et l’Autriche.

Les principes de Schengen et de libre circulation au sein de l’Union européenne sont « en danger », a estimé lundi un représentant du gouvernement allemand, après la décision du Danemark.

« La libre circulation est un bien précieux. Schengen est très important, mais le système est en danger », a déclaré le porte-parole du ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, Martin Schäfer, avant d’ajouter que « quoi qu’il arrive en Europe, c’est toujours mieux si cela se passe de manière concertée. Il est important d’agir ensemble afin de faire en sorte que Schengen fonctionne et que nous puissions maintenir pleinement le principe de libre circulation. »

La solution au problème des réfugiés qui affluent vers l’Europe « ne pourra pas être trouvée à la frontière d’un pays A et d’un pays B », a renchéri le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, appelant lui aussi à « une solution européenne commune ».

Néanmoins, la décision du Danemark, tout comme les nouvelles dispositions suédoises sont conformes aux accords de Schengen, qui permettent de rétablir des contrôles aux frontières en cas exceptionnel, a rappelé un porte-parole du ministère de l’Intérieur lors de ce point de presse régulier du gouvernement allemand.

L’Allemagne elle-même a réinstallé des contrôles à sa frontière avec l’Autriche en septembre face aux flux de réfugiés en direction du nord de l’Europe depuis la Turquie et via la route des Balkans.

Contexte

Au grand dam de la Hongrie et d'autres anciennes républiques soviétiques, qui se sont opposées au plan, l'Union européenne a décidé de répartir 120 000 réfugiés parmi ses États membres. Cela ne représente qu'une petite portion des 700 000 réfugiés qui, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), devraient atteindre les frontières de l'Europe cette année, en provenance d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient.

L'UE courtise également la Turquie avec des promesses d'argent, d'exemption de visa et de nouveaux chapitres dans les négociations d'adhésion pour qu'Ankara essaye de juguler l'afflux de réfugiés sur son territoire.

Prochaines étapes

  • 13 janvier 2016 : Le Danemark décidera si les contrôles aux frontières doivent être maintenus.